Une bulle immobilière près de chez vous

Publié le 25/04/2017 à 11:06

Une bulle immobilière près de chez vous

Publié le 25/04/2017 à 11:06

Des spécimens ont été aperçus récemment à Mont-Royal. Oui, des courtiers immobiliers ont pu l’observer. «Ils étaient longs comme ça!» La rumeur veut que quelques individus aient frayé leur chemin jusqu’à Outremont et à Westmount…


C’est de mauvais augure. L’espèce ne tardera pas à s’étendre vers Notre-Dame-de-Grâce, puis Ville-Marie, et remontra vers le Plateau, et ensuite Villeray, Rosemont…


Elle est facilement reconnaissable. Voici la description: «Courte tête, queue fourchue, dos brun, ventre blanc. Elles mangent jusqu'à 20% de leur poids par jour, et nos zones humides sont des endroits de prédilection pour l'espèce, d'autant plus qu'elle n'a ni prédateur, ni compétiteur, ni maladie dans notre environnement.» Ce n’est pas dit ici, mais elle a aussi beaucoup d’argent.


Je vous parle bien entendu de la carpe… heu… je veux dire l’investisseur asiatique.


Vite! Des murs! Et électriques! Une taxe de 15% aussi!


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Je plaisante, quoique j’en soupçonne de confondre les deux.


De récentes statistiques sur les prix de l’immobilier dans la grande région de Toronto ont fait souffler un léger vent de panique sur le pays. On a appris qu'en février, les prix avaient grimpé de près de 30% par rapport à l’année dernière. On pointe du doigt le flot d’investisseurs étrangers, notamment chinois, qui, après avoir déferlé sur Vancouver, a été peu à peu détourné vers l’est par des taxes sur l’investissement immobilier. Celles-ci agiraient comme un canal qu’on aurait creusé pour endiguer le marché. Par ici les poissons!


Bon nombre d’investisseurs se seraient alors tournés vers Toronto. C’est du moins la théorie la plus répandue, avec le résultat qu’on connaît.


Le boom des prix immobiliers dans la Ville Reine est d’autant plus déroutant qu’il contredit ces prévisions «d’atterrissage en douceur» dont on nous gave depuis des années. Il met aussi en relief l’inefficacité des mesures d’Ottawa mises de l’avant au cours des dernières années expressément pour refroidir l’immobilier à Vancouver et à Toronto. Après tout, le resserrement des règles hypothécaires n’ont pas d'emprise sur les acheteurs qui peuvent se passer des prêteurs.


L’Ontario a donc adopté un ensemble de mesures semblables à celles appliquées par la Colombie-Britannique en 2015 (qui a imité à bien des égards l’Australie). L’investisseur étranger sera-t-il repoussé un peu plus vers l’est encore, en l’occurrence Montréal? L’hypothèse a été évoquée la semaine dernière, d’autant plus que des investisseurs ne répondant pas au nom de «Roger» ni de «Marcel» ont été vus en train de magasiné des maisons dans certains quartiers cossus de l’île.


Mais de l’aveu même du gouvernement ontarien, le rôle des investisseurs étrangers dans la flambée des prix à Toronto est impossible à évaluer. On ne sait pas vraiment qui achète, qui surenchérit, qui spécule.


En fait, on ne comprend pas vraiment ce qui se passe là-bas, et pour cause: une bulle immobilière est apparue à Toronto. Et quand une bulle se manifeste, il n’y a plus rien à comprendre. Ce sont les émotions qui dictent la dynamique du marché, et non plus, comme on dit dans le jargon, les «fondamentaux». Ça n’a en effet plus à voir avec la tenue de l’économie, l’arrivée de nouvelles entreprises, la hausse des salaires ou l’augmentation de la population. Déjà que le marché était en surchauffe… Comment expliquer une hausse de 30% et justifier le prix de 1,5 million de dollars pour une maison détachée, même à Toronto?


Les prix ont beau avoir atteint des niveaux insoutenables, la croyance que la valeur des maisons continuera de croître semble s’être installée dans les esprits. Les acheteurs s’empressent sur le marché de peur de payer plus cher dans trois mois. Les conditions sont réunies pour réveiller les spéculateurs et favoriser la multiplication des flips.


La santé de l’économie, l’afflux d’immigrants et d’investisseurs étrangers ont sans doute contribué à chauffer l’immobilier de Toronto au cours des 10 dernières années. La température est montée suffisamment haut pour faire basculer le marché vers un autre moteur de croissance: l’avidité. La métropole canadienne compte assez d’investisseurs locaux pour en profiter, et ils sont probablement mieux placés que les étrangers pour renifler les occasions d’affaires.


Québec n’a certainement pas tort de penser que Montréal soit à l’abri d’un pareil scénario. En ce moment, notre métropole a moins à craindre l’invasion d’investisseurs immobiliers étrangers que la bulle éclate chez nos voisins ontariens.


Mais pour le principe, je suis favorable à toute mesure qui freinerait la spéculation sur le marché résidentiel.


Ce serait un message pour rappeler que l’immobilier a d'abord pour fonction de loger du monde.


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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