«J'ai compris que j'allais me retrouver sur l'une des scènes les plus prestigieuses du monde»

Publié le 09/03/2013 à 00:00

«J'ai compris que j'allais me retrouver sur l'une des scènes les plus prestigieuses du monde»

Publié le 09/03/2013 à 00:00

Par

L'entrevue

no 146

Martin Villeneuve

RÉALISATEUR ET PREMIER CONFÉRENCIER QUÉBÉCOIS À TED

Le 27 février dernier, en après-midi, le bédéiste et réalisateur québécois Martin Villeneuve, 34 ans, a donné une conférence de 13 minutes lors de l'événement TED (Technology, Entertainment, Design) de Long Beach, en Californie. Ex-employé de Sid Lee, il travaille pour Moment Factory depuis décembre 2012. Je l'ai joint à sa chambre d'hôtel, tout de suite après sa prestation.

Diane Bérard - L'événement TED existe depuis 1984. Il aura fallu 29 ans pour qu'un Québécois y soit conférencier. Comment vous a-t-on choisi ?

Martin Villeneuve - Cela s'est passé au Festival du film de Whistler, en décembre dernier. Chris Anderson, le grand patron de TED, est venu me rencontrer après la séance de questions-réponses avec les médias. Je savais qui il était, je suis un fan de TED depuis des années. Il a dit : «Aimerais-tu venir parler du processus créatif de ton film [Mars et Avril] à TED ?» J'ai répondu «Bien sûr !» sans comprendre ce qui venait de se passer. Quelques semaines plus tard, il m'a appelé pour me proposer une apparition deux mois plus tard, à la session de février. Là, j'ai compris que j'allais me retrouver sur l'une des scènes les plus prestigieuses du monde.

D.B. - Expliquez-nous en quoi consiste TED ?

M.V. - TED est l'acronyme de technology, entertainment et design. C'est un événement tenu quelques fois par année, qui réunit plusieurs univers : l'art, les affaires, la science, la techno, etc. Les participants paient 6 000 $ pour entendre les esprits les plus créatifs de la planète et échanger avec eux. Les conférences sont captées sur vidéo et offertes sur le site ted.com. L'effet viral de ces présentations est incroyable.

D.B. - Richard Saul Wurman, le créateur de TED, a imaginé ce concept parce qu'il en avait marre de s'ennuyer pendant les conférences. Avez-vous comblé les attentes ?

M.V. - Je crois que oui [rires]. Sauf pour le temps. On m'avait accordé 12 minutes [les conférences TED ont quatre formats : 3, 8, 12 et 18 minutes], j'en ai pris 13... Pour le reste, j'ai mis deux mois à me préparer. Je savais qu'en montant sur la scène je perdrais 50 % de mon cerveau, il fallait compenser par une préparation impeccable. Sans compter que les participants ont payé des milliers de dollars pour assister à TED, ils s'attendent à en avoir pour leur argent.

D.B. - De quoi avez-vous parlé ?

M.V. - J'ai expliqué comment des contraintes majeures sur les plans technique, financier et logistique ont stimulé le processus créatif de mon film Mars et Avril. Par exemple, ma décision d'utiliser hologramme pour le comédien Robert Lepage, parce que des conflits d'horaire ont limité sa disponibilité à la dernière minute.

D.B. - À 34 ans, vous n'aviez jamais donné de conférence de cette ampleur devant un public aussi prestigieux. Comment avez-vous géré votre stress ?

M.V. - TED est un événement prestigieux, c'est vrai. On y trouve la crème des cerveaux de la politique, de l'économie, de la science, de l'art, du design... Mais, côté stress, j'ai vécu bien pire avec mon film. J'ai mis sept ans à réaliser Mars et Avril. Il a fallu le refinancer au complet à la dernière minute. J'avais six mois pour trouver 1,2 million de dollars. J'ai réhypothéqué ma maison. On a dû me prescrire des somnifères pour que j'arrive à dormir. Alors, vous comprendrez que le stress associé à TED était bien relatif. Lorsque je suis monté sur la scène, j'étais calme.

D.B. - Être conférencier à TED, ça rapporte ?

M.V. - Vous voulez dire en plus des conversations avec des gens extraordinaires - comme des petits génies de 14 ans qui fabriquent des réacteurs nucléaires dans leur sous-sol ! -, de la nourriture exquise et des partys délirants ? Oui, ça rapporte intellectuellement - on a l'impression d'être au coeur d'une ruche d'idées - et professionnellement. Plusieurs participants ont demandé à voir mon film, dont on a projeté un extrait de trois minutes avant ma conférence. Et j'ai rencontré des gens de Lucasfilm, de Dreamworks et de Disney.

D.B. - Et vous avez serré la main de...

M.V. - Peter Gabriel et Bono, entre autres. J'ai croisé le fondateur de Google et Cameron Diaz. Et je n'avais pas l'air d'un groupie, j'étais un conférencier [rires].

D.B. - Depuis 2007, les conférences TED sont offertes en ligne et donc accessibles à tous. Parlez-nous de ce qu'on ne voit pas de cet événement.

M.V. - TED se déroule dans un complexe du type Palais des congrès. Les entreprises ont rapidement flairé la bonne affaire derrière cet événement. Elles ont compris qu'avec tous les gens influents qui s'y trouvent, c'est une formidable occasion d'affaires. Les espaces extérieurs sont donc peuplés de kiosques Apple, Oakley, etc. C'est la façon américaine de faire les choses.

D.B. - Vous êtes maintenant une icône de la créativité. Si une entreprise québécoise vous demande demain matin de donner un cours de créativité à ses cadres, comment vous y prendrez-vous ?

M.V. - Je serais bien embêté ! Ce serait comme demander à un musicien d'enseigner le trombone à coulisse à des novices en une heure. Personne n'aurait de telles attentes. La créativité, je ne crois pas que cela s'enseigne.

D.B. - L'événement C2-MTL réunit les créatifs et les gens d'affaires pour trouver des solutions créatives aux problèmes d'affaires. Que pensez-vous de cette formule ?

M.V. - Je crois davantage à l'échange entre les créatifs et les gens d'affaires qu'à des cours de créativité. Chacun son métier. Je ne sais pas comment montrer à quelqu'un comment être créatif, mais je peux entrer dans la tête d'un client pour comprendre ce dont il a besoin, décortiquer le problème qu'il doit résoudre et trouver une solution. Je l'ai fait maintes fois. Les gens d'affaires ont besoin des créatifs pour les accompagner, tout comme j'ai eu besoin de financiers pour m'aider à concrétiser mon film.

D.B. - Vous avez passé la première partie de votre carrière en publicité. Vous étiez particulièrement doué pour trouver des noms, vous avez nommé trois spectacles du Cirque du Soleil et rebaptisé l'agence Diesel par Sid Lee. Quel est votre truc ?

M.V. - Je me colle au produit ou au concept. Et je m'inspire de l'astrologie, de la mythologie, de l'astronomie et de l'univers des symboles.

D.B. - Racontez-nous comment vous avez trouvé certains noms.

M.V. - Le premier que j'ai trouvé, c'est Zumanity. À l'époque, j'étais directeur artistique chez Diesel, et le Cirque du Soleil était mon principal client. En réunion, René-Richard Cyr, le metteur en scène du spectacle, le décrivait comme un «zoo humain». J'ai dit «pourquoi pas Zumanity ?» Ça n'a pas été retenu. On a essayé des centaines d'autres noms avant d'y revenir. Pour KÀ, de Robert Lepage, je me suis inspiré du nom de code du projet, Duality. Dans l'ancienne Égypte, Ka était le double spirituel, celui qui accompagne le défunt après la mort. Quant à Corteo, cela signifie «procession» en italien. Je cherche souvent l'inspiration dans d'autres langues, mortes ou vivantes. Or, le metteur en scène de ce spectacle du Cirque était italien. Et c'est lui qui a décrit son spectacle comme une procession. Quant à Sid Lee, c'est une anagramme créée à partir de Diesel. La moitié de la direction a trouvé le nom génial et l'autre, pourri. Ce nom-là m'a rapporté, car ce fut un échange de services : en échange du nom, Sid Lee m'a donné un coup de main pour la promotion de Mars et Avril.

D.B. - On dit que, pour nourrir sa créativité, il faut s'intéresser à d'autres secteurs que le sien. Qu'est-ce qui vous intéresse, à part la pub et le cinéma ?

M.V. - L'univers et la place que nous y occupons. Comment fonctionne l'univers ? D'où venons-nous ? Où allons-nous après la mort ? Y a-t-il une vie extraterrestre ? J'aime aussi beaucoup la musique, même si je m'y connais peu et que je ne joue d'aucun instrument.

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