Entrevue : René Vézina recueille les confidences de Serge Godin

Publié le 19/02/2011 à 00:00, mis à jour le 03/05/2011 à 17:06

Entrevue : René Vézina recueille les confidences de Serge Godin

Publié le 19/02/2011 à 00:00, mis à jour le 03/05/2011 à 17:06

Par René Vézina

En 35 ans, le fondateur de CGI a créé un empire technologique présent dans 125 pays en misant sur le travail d'équipe, le partage du pouvoir et la participation des employés au rêve du groupe informatique mondial.


R.V. - Un jour, vous m'avez dit : " Mon capital prend l'ascenseur tous les matins. " Qu'entendez-vous par là ?


S.G. - Nous sommes une entreprise de service qui compte aujourd'hui 31 000 personnes partout dans le monde. Nos revenus proviennent de gens qui facturent leur temps chez les clients. Il faut qu'ils reviennent travailler le matin. C'est dans ce sens-là que je vous avais dit que nos actifs prenaient l'ascenseur tous les jours : il fallait se doter de politiques très intéressantes, de manière à ce nos employés aient un sentiment d'appartenance très fort. Aujourd'hui, 87 % de nos employés sont actionnaires de CGI. C'est une façon de nous assurer de leur fidélité.


R.V. - Est-ce que vous êtes fier de cette proportion ?


S.G. - Bien sûr ! Je pense que c'est un record qui s'explique par notre politique qui prévoit que la société verse un montant équivalent à celui mis par nos employés pour acheter des actions de CGI. Si l'action est à 20 $, la personne paie 10 $. Et il n'y a aucune pénalité si elle acquiert des actions et les revend le lendemain. Les gens sont libres de faire ce qu'ils veulent. La preuve en a été faite : dans 99 % des cas, ils conservent leurs actions, et on en est très heureux. La proportion varie selon les pays. Par exemple, dans certains pays d'Europe où le capitalisme est plus nouveau comme système économique, on a atteint 50 ou 55 %. En Inde, 98 % de nos employés sont actionnaires. Ici, au Canada, c'est 95 %.





R.V. - Quel est votre rôle maintenant chez CGI ? Vous voyez-vous comme le capitaine de ce bateau, le motivateur ?


S.G. - Je pourrais être vu comme le capitaine au quotidien. Je pense que le seul leadership qui soit valable et durable est un leadership partagé. Cela vient probablement de mes origines. Je suis né au beau milieu d'une famille de neuf enfants. J'imagine que, dans cette situation, on développe des qualités pour arriver à des consensus...


R.V. - Et le sens du partage !


S.G. - Exactement. Quand j'ai lancé l'entreprise en juin 1976, j'étais seul. Il n'y avait pas grand-chose à partager. Le deuxième employé a été André Imbeau, qui s'est joint à moi le 18 octobre. À la fin de la première année, on était 6, puis 25 à la fin de la deuxième et, graduellement, nous avons grossi.


R.V. - En 1976, vous aviez 26 ans. Ce n'est pas vieux pour décider de se lancer en affaires. Comment s'est produit le déclic ?


S.G. - On m'a souvent posé cette question. À bien y penser, cela vient de mon environnement familial. Mon père a toujours été en affaires. Quand j'étais jeune, ma mère m'envoyait avec lui, probablement parce que j'étais le plus turbulent de la famille...


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