« Si mes enfants ne prennent pas ma relève, ce n'est pas grave ! » - Peter Simons, La Maison Simons

Publié le 09/04/2011 à 00:00, mis à jour le 21/04/2011 à 13:58

« Si mes enfants ne prennent pas ma relève, ce n'est pas grave ! » - Peter Simons, La Maison Simons

Publié le 09/04/2011 à 00:00, mis à jour le 21/04/2011 à 13:58

Par Dominique Froment

[Photo : Gilles Delisle]

À l'heure où le défi de la relève entrepreneuriale se pose de façon cruciale, on ne pouvait pas passer à côté de Peter Simons, membre de la cinquième génération de marchands de vêtements. Le président et chef de la direction de ce qui constitue l'une des plus anciennes entreprises familiales à capital fermé du Canada (1840) n'est pas du genre à étaler ses états d'âme, mais il a accepté de nous parler de sa riche tradition familiale.


« Oui, la relève de l'entreprise me fait peur, parce que 97 % des entreprises familiales disparaissent avant la troisième génération. Comme nous en serons à la sixième génération, les probabilités seront contre nous », lance Peter Simons.


« En plus, cette génération pourra venir de deux familles : celle de mon frère et la mienne. Le niveau de difficulté sera donc plus élevé que pour mon père, dont la relève familiale ne pouvait venir que de ses propres enfants. »


Peter Simons et son frère Richard, directeur des achats, se partagent la propriété de La Maison Simons. Ils ont cinq enfants, âgés de 8 à 14 ans. Leurs deux soeurs ne participent pas à l'entreprise familiale.


Peter Simons dit que la relève lui fait peur, mais en même temps, il affirme que si aucun des cinq enfants ne lui succédait, ça ne lui briserait pas le coeur. « Je veux donner à mes enfants le goût de travailler, mais pas nécessairement dans l'entreprise familiale. J'aurais plus de peine s'ils ne terminaient pas leurs études que s'ils ne prenaient pas ma relève.


« Je veux leur donner le goût d'avoir des passions et d'être de bonnes personnes, poursuit le géant de 1,95 mètre. Mon obsession, c'est l'éducation et les valeurs, pas que mes enfants prennent ma relève. »


La survie de l'entreprise, une priorité


M. Simons explique que son père, Donald, ne lui a jamais mis de pression pour prendre la relève de l'entreprise et qu'il n'en imposera pas à ses enfants non plus. « Mon père est très lucide. Très tôt, il a dit à mon frère et à moi qu'un jour il devrait trouver une personne pour assurer la survie de l'entreprise et que, si ce n'était pas nous, tant pis ! Mon frère et moi pensons de la même façon : notre priorité, c'est la survie de l'entreprise ; si c'est un de nos enfants, super ! Sinon, ce n'est pas grave ! »


Peter Simons est parti de la maison à 16 ans et est revenu travailler avec son père à 21 ans. « Je me sentais complètement libre de faire autre chose. » Plus tard, quand il a voulu prendre une année sabbatique pour retourner aux études, son père lui a lancé : « Je n'attendrai pas un an ; si tu pars, je vends. » Et il l'aurait fait, assure son fils.


M. Simons et son frère ont gravi les échelons un à un. Quand le temps est venu pour leur père de choisir entre Peter et Richard à la présidence, il a choisi l'aîné, tout naturellement. « Mais si mon frère veut le titre de président demain, pas de problème ! »


Donald Simons a préparé sa relève pendant 30 ans et son fils prépare la sienne depuis quelques années déjà. « Je ne peux pas faire le coup à nos 2 000 employés de ne pas planifier la survie de l'entreprise ; ce serait un manque de respect flagrant. »


M. Simons explique la longue vie de La Maison Simons par une règle d'or : la famille au service de l'entreprise, et non l'inverse.


« Je vais la répéter des centaines de fois à mes enfants. »


Mais pour cela, il faut avoir certaines valeurs familiales. « Si tu préfères l'argent à ton frère, c'est ton problème. Mais tu ne peux pas cracher au visage de ton père en te chicanant avec ton frère pour la présidence de l'entreprise qu'il a mis 55 ans à bâtir. »


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