Cette embarrassante facture qui gâche votre première «date»

Publié le 14/02/2018 à 08:40, mis à jour le 14/02/2018 à 10:23

Cette embarrassante facture qui gâche votre première «date»

Publié le 14/02/2018 à 08:40, mis à jour le 14/02/2018 à 10:23

Par Stéphane Rolland

Photo:123rf

Après avoir pris une pause, Catherine est prête à repartir à la recherche de l’âme sœur. Son premier rendez-vous galant s’annonce prometteur. L’agréable soirée se déroule sans anicroche, jusqu’à ce que le serveur demande s’il apporte une seule addition…


«Il (le prétendant) m’a regardé dans les yeux en m’envoyant le signal que c’était à moi de répondre, raconte la jeune trentenaire. C’était vraiment malaisant. J’ai dit d’apporter deux factures, mais je me suis senti sous pression. J’ai eu l’impression que ce n’était pas fait d’un commun accord.»


Ces réactions malhabiles font partie des petits malaises qui parsèment nos vies. Pour Catherine, ils soulèvent toutefois un doute quant aux chances de succès de la relation. «Lorsque je repense à mes expériences passées, les gars qui ne payaient pas n’étaient jamais vraiment sérieux, se souvient-elle. Ils n’étaient pas intéressés ou cherchaient des aventures sans lendemain. Je vais lui donner une deuxième chance, mais ça soulève un doute.»


Ce moment d’hésitation devant le serveur, bien des célibataires à la recherche de l’âme soeur l'ont vécu lorsque vient l’embarrassante question à propos de l’addition.


Deux normes sociales «se chevauchent» encore sur le sujet, ce qui donne lieu à des malentendus, constate Hélène Belleau, professeure à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS). «Autrefois, l’homme était le principal pourvoyeur et on s’attendait à ce qu’il paie pour la femme qu’il "cruise"», rappelle-t-elle. C’était une manière de montrer son affection. Aujourd’hui, les femmes sont indépendantes économiquement et tiennent à le rester. Le besoin d’affirmer un statut d’égalité est désormais plus présent lors des premiers rendez-vous.»


Que veulent les Québécois(es) ?


Les mœurs changent, mais les violons sont loin d’être accordés. Aucune norme ne semble faire l’unanimité, selon un sondage effectué en ligne par Les Affaires. La position la plus répandue est qu’il revient à la personne qui émet l'invitation de payer. C’est ce que pensent 38% des hommes et des femmes. L’histoire ne dit pas qui est plus susceptible de faire les premiers pas…


Pour les autres options, la différence entre les préférences des hommes et des femmes n’est pas si marquée. Écrivant régulièrement sur la finance, mais rarement sur les affaires du cœur, l’auteur de ces lignes a quand même été surpris que ces messieurs et ces dames soient plus nombreux à préférer l’option qui va à l’encontre de leur intérêt économique.


En fait, 38% de nos lectrices pensent que les femmes doivent payer leur part, contre 25% qui jugent que ce devrait être à leur prétendant de le faire. En comparaison, 33% des lecteurs interrogés pensent qu’il revient aux hommes de prendre l’addition, contre 29% qui affirment que chacun doit payer sa part.


Évidemment, ce coup de sonde n’est pas scientifique. Le portrait n’est pas l’exacte réplique de ce qui se passe «sur le terrain». Il permet quand même de comprendre pourquoi bien des gens ne savent plus sur quel pied danser dans la valse de la séduction.


Des opinions variées


Catherine, qui nous racontait son histoire en début de texte, assume pleinement que son opinion soit plus traditionnelle. «Dans ma vie professionnelle, je suis une personne très décisionnelle. En sortant du bureau, j’ai le goût de ne pas avoir à décider tous les temps. Pour les deux ou trois premiers rendez-vous, j’aime ça que ça soit le gars qui prenne les devants.»


Tous ne partagent pas les mêmes désirs et les mêmes attentes, comme le montre notre sondage. Véronique se souvient d’une belle attention qui l’a pourtant rendue mal à l’aise. Partie à la salle de bain, elle se rend compte au retour que son soupirant a payé l’addition. «Je suis capable de payer pour mes consommations, affirme-t-elle. Je ne veux pas être redevable. J'ai l'impression que le gars va s'attendre à quelque chose. Si ça ne fonctionne pas de mon bord, j’ai peur qu’il pense que j’ai profité de lui.»


Même si les normes ont changé et qu’elle souhaite payer sa part, Véronique avoue que ses fréquentations récentes ont souvent insisté pour payer la note. «Je dois t’avouer que mon été 2017 ne m’a pas coûté cher!»


Chiara Piazzesi, directrice de l’unité de programme de premier cycle en sociologie à l’UQAM, pense que les mentalités changent et que les gens réfléchissent de plus en plus à la définition des rôles dans le couple. L’idée que l’homme doive afficher son statut de pourvoyeur pour séduire reste tout de même bien incrusté dans la psyché collective. «À la Saint-Valentin, j’ai l’impression que bien des couples vont recourir à des références plus traditionnelles, avance-t-elle. Le romantisme invite souvent à revenir à ces repères traditionnels. J’inviterais les gens à réfléchir aux rôles et aux codes genrés qu’ils reproduisent et qui les empêchent de vivre d’autres expériences.»


La pression pour les hommes d’afficher leur statut et ne de pas passer pour des «gratteux» a fini par lasser Richard, 55 ans, qui sentait qu’on profitait de sa générosité. «C'est vieux comme la terre cette mentalité que l'homme doit tout payer, déplore-t-il. J'ai quitté les sites de rencontres pour cette raison. Je préfère rester seul que de me sentir obligé de payer et, croyez-moi, j'en ai les moyens, sauf que ce ne doit pas être un automatisme. Je ne désire pas acheter personne. Ça me fait sincèrement le plus grands des plaisirs d'offrir un souper, mais jamais à quelqu'un qui s'attend à ce que je paie la facture d'avance.»


Régler la note avec élégance?


Tout n’a pas à être si compliqué, plaide Jocelyne Robert, sexologue et auteur du livre Le sexe en mal d’amour. «On a le droit d’en parler simplement, rassure-t-elle. Il faut dédramatiser. On peut se l’avouer qu’on est pris avec de vieux principes et qu’on ne sait pas quoi faire. Demandez à l’autre personne ce qui la rend à l’aise. Quand on se rencontre pour la première fois, on apprend à se connaître et en parler est une manière de le faire.»


Cette idée de simplicité revient dans les propos de Julie Blais Comeau, spécialiste de l’étiquette. «Il n’y a pas un regroupement secret de spécialistes de l’étiquette qui décident des règles, rigole-t-elle au bout du fil. L’étiquette évolue. À titre de spécialiste, on observe d’abord les mœurs et après on suggère une marche à suivre.»


Toutefois, un principe simple permet de s’y retrouver, selon elle. «Généralement, c’est la personne qui invite qui devrait payer, explique-t-elle. C’est encore vrai aujourd’hui. Ça peut très bien être une femme qui invite un homme et qui paie l’addition. Évidemment, la personne invitée doit toujours être prête à l’éventualité où elle paierait sa part.»


Pour éviter les impairs, mieux vaut mettre les choses claires dès le départ. Si la personne qui transmet l'invitation préfère séparer l’addition, mieux vaut le préciser avant le rendez-vous. «Dans ce cas, on fait l’invitation et on dit : “je propose qu’on paie chacun pour soi“ », suggère-t-elle. Tout simplement.


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