Les mille et une victoires des Confections Stroma

Publié le 26/02/2015 à 06:00

Les mille et une victoires des Confections Stroma

Publié le 26/02/2015 à 06:00

Par Matthieu Charest

Les Confections Stroma, de Montréal, avaient toutes les raisons de disparaître. D’une part, le secteur de la fabrication de vêtements québécois s’est étiolé au fil des délocalisations massives vers l’Asie. D’autre part, la PME d’une cinquantaine d’employés a dû en découdre avec une série d’obstacles qui auraient pu la faire sombrer.


Après un départ chaotique, de 1979 à 1984, l’entreprise passe à un cheveu de fermer ses portes. « Nous avions accumulé près de 43 000 $ de dettes, explique la présidente et fondatrice de l’entreprise, Maria De Palma. La marge de crédit de l’entreprise était pleine. Je n’avais pas d’expérience pour gérer l’atelier. On ne savait même pas calculer nos gains et nos pertes. »


À tel point qu’en 1984 elle veut jeter l’éponge. « Je n’en pouvais plus », raconte-t-elle. À bout de souffle, elle utilise sa marge de crédit personnelle pour emmener la famille en Floride. « Je croyais que je n’aurais plus jamais les moyens d’y amener mes enfants », confie-t-elle.


Ce voyage leur a donné le temps de réfléchir. « Quand nous sommes revenus, nous avons approché des ingénieurs pour améliorer nos méthodes de travail », raconte son mari, Ralph De Palma. Ils installent alors un logiciel pour évaluer l’efficacité de leurs employés et de la production. Puis, ils conçoivent des fiches techniques détaillant les méthodes de conception et permettant de déterminer les coûts à l’avance.


Délocalisation et marché noir


Au milieu des années 1990, les quotas de production canadienne disparaissent et l’industrie est délocalisée vers l’Asie. « Ça a presque tué l’industrie, soutient M. De Palma. Le recrutement de la main-d’œuvre est devenu de plus en plus difficile et l’expertise s’est perdue. »


Au tournant du 21e siècle, les Confections Stroma frôlent la faillite. Encore une fois. « Pour survivre, on acceptait n’importe quels contrats, expliquent les époux. Ça ne payait rien. Mais on gardait toujours espoir que le lendemain, ça irait mieux. »


Peu à peu, la production québécoise, plus rapide, plus flexible et de meilleure qualité, a repris de la vigueur.


Depuis près de deux ans, l’entreprise s’est installée dans un tout nouvel atelier de 10 000 pieds carrés, dans le quartier Saint-Michel. Elle y a investi près de 130 000 $ pour se doter notamment de plateaux de productions hybrides. Elle peut désormais aider aussi bien les designers d’ici, comme la boutique Atelier b. ou Rad Hourani, qui produisent peu d’unités, que d’accepter d’importantes commandes pour d’autres clients, dont Le Château ou Tristan.


Et si le recrutement de la main-d’œuvre est toujours laborieux, la PME montréalaise a pris les grands moyens. Elle offre de la formation à l’interne, avec le soutien d’Emploi-Québec, et s’emploie à offrir de bonnes conditions de travail : les horaires sont flexibles et les employés ont droit à une prime dès qu’ils atteignent 80 % de leurs objectifs.


Une nouvelle génération


« Nous pensions que nous allions fermer boutique en prenant notre retraite, raconte Ralph De Palma. J’avais perdu espoir qu’un de mes fils prenne la relève. » Jusqu’au jour où l’un d’entre eux décide de s’impliquer : « J’ai compris que nous avions du potentiel  », affirme Roberto De Palma.


Diplômé en génie logiciel, le fils consacre d’abord ses efforts à alléger les tâches manuelles. Il implante des logiciels personnalisés : la gestion de la paye prend maintenant une demi-heure, alors qu’elle occupait de 10 à 12 heures auparavant.


« Maintenant, nous savons exactement à quel moment nous pourrons livrer une commande. Oui, c’est cher, et ce sont des coûts récurrents, mais c’est ça qui nous a sauvés », croit-il.


Il caresse maintenant le projet de parvenir à des ententes avec ses clients en signant des contrats qui lui permettraient de remplir son carnet de commandes plusieurs mois à l’avance. « Dans le prêt-à-porter, les variations dans les commandes sont très prononcées, ça change de mois en mois, explique-t-il. »


Afin de concrétiser ses projets, il a fait appel à Vestechpro, un centre de transfert en technologie de l’habillement. Au menu : revoir le système informatique et la chaîne de production. «  On veut réduire au maximum les entrées de données », explique Christine Harding, directrice R-D du centre affilié au Cégep Marie-Victorin. En prime, deux diplômés du Cégep s’apprêtent à se greffer à l’équipe des Confections Stroma. « On veut injecter du sang neuf et, surtout, consigner toute l’expertise de la présidente, Maria De Palma. Il ne faut surtout pas perdre ça, martèle la directrice. »


Avis d’experts


«Il y a deux ans, quand nous avons commencé à travailler avec les Confections Stroma, nous nous sommes battus à leurs côtés pour que l’entreprise reste ouverte. C’est notre dernière manufacture de robes au Québec ! Même si l’entreprise avait perdu plusieurs clients, les responsables ont refusé de baisser la qualité pour diminuer les prix. Nous avons donc ciblé leurs clients potentiels. Nous nous sommes concentrés sur de petites entreprises, comme Atelier b. ou Bodybag by Jude, qui ont de plus petites quantités à produire, mais qui recherchent une grande qualité.» — Christine Harding, directrice R-D de Vestechpro


«Je sens beaucoup d’optimisme chez les gens du textile. Ce sont des survivants, ils y croient. Mais les entreprises ont souvent de la difficulté à recruter des employés, c’est difficile de trouver de la relève. Pourtant, le salaire dépasse souvent 15 $ l’heure : c’est plus que dans beaucoup d’autres secteurs. Et à part les salaires, les conditions de travail, dont des horaires flexibles, permettent souvent une bonne qualité de vie.» — Danielle Jutras, directrice générale du Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie textile (CSMO Textile)


« L’industrie a changé. Il y a de moins en moins de grandes manufactures, ce sont plutôt des PME, de petits ateliers ou des designers qui les ont remplacées. Elles sont couramment à la recherche de couturières, il y a souvent une pénurie de main-d’œuvre. Au point où nous devons parfois inscrire les employeurs potentiels [de nos étudiantes] sur des listes d’attente. On en forme une cinquantaine par année, et le taux de placement est de 87 %. Il y a vraiment un manque de formation.»


— Katy Howick, intervenante sociale chez Petites-Mains, un OBNL qui accueille des immigrantes récentes pour les former aux métiers du textile.

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