Se lancer en affaires comme on part en expédition

Publié le 18/06/2015 à 08:00

Se lancer en affaires comme on part en expédition

Publié le 18/06/2015 à 08:00

Change ton parcours. Le letimotiv de l'entreprise Abitibi & Co, fabricant de canots et de kayaks en fibre de verre, explique aussi le cheminement de Guillaume Leblanc, jeune entrepreneur de 30 ans originaire de Rouyn-Noranda, en Abitibi-Témiscamingue. Cette vaste région, parcourue de milliers de lacs et de rivières, est habitée par de nombreux passionnés des grands espaces et de sports nautiques comme lui.


« Comme ancien ingénieur mécanique pour l'entrepreneur minier Promec, j'aimais optimiser des outils de travail. Par ailleurs, j'aime aussi que les choses se déroulent à ma façon, et comme employé, ça ne peut être toujours le cas. »


Guillaume Leblanc savait donc que tôt ou tard, il se lancerait en affaires. « Ce qui me drive, c'est le sentiment de découverte qu'on a en expédition, qui porte à repousser ses limites. Il fallait que mon entreprise m'amène là. »


Le parcours débute en Ontario


L'opportunité s'est présentée en 2009. L'entreprise ontarienne Mid-Canada Fiberglass (MCF), située à New Liskeard, jouissait d'une belle réputation. Son usine de 100 000 pieds carrés fabriquait les kayaks de marque IMPEX, connus jusqu'en Scandinavie, et les canots Scott et Bluewater.


La moitié des ventes de ces embarcations haut-de-gamme se faisaient aux États-Unis. Puis, la récession frappe, et MCF perd la quasi totalité de ce marché de niche. L'entreprise familiale ne se remettra jamais de ce coup dur.


« De mon côté je m'étais acheté un kayak IMPEX et j'aimais beaucoup le produit », poursuit Guillaume Leblanc. « J'étais alors à la recherche d'un défi entrepreneurial et j'ai contacté la présidente de MCF, Rhonda Wood, pour lui proposer de l'aider à faire grossir la compagnie, sans toutefois connaître ses difficultés. Deux heures avant notre rencontre à leurs bureaux, le syndic lui a annoncé la faillite de l'entreprise que son père avait fondée 50 ans auparavant. »


Les événements se précipitent alors. Le syndic de faillite annonce la liquidation des biens de MCF et Guillaume Leblanc se met au travail. Il se présente à la Caisse Desjardins de Rouyn-Noranda, sans plan d'affaires.


« Ils ont cru en mon projet. Je leur ai démontré que je disposais de certaines économies, que je connaissais le marché, le potentiel de l'entreprise et où je souhaitais l'amener. Tout en me pressant de présenter un plan d'affaires pour une deuxième phase de financement, la conseillère en entreprise de la Caisse m'a prêté le montant dont j'avais besoin pour l'achat des moules et des marques de commerce que MCF liquidait, ce que j'ai fait en novembre 2013. »


Une fois son plan d'affaires dressé, Guillaume Leblanc lance une offre d’achat sur une deuxième compagnie, située à Rouyn-Noranda, Fibre de verre Abitibi, pour y installer sa production. « L'entreprise n'était pas à vendre. Toutefois, je ne voulais pas créer de compétition locale et ils disposaient des installations et de l'expertise dont j'avais besoin. Les propriétaires se sont finalement laissés tenter par mon offre. »


Pour financer cette transaction et lancer sa production, Guillaume Leblanc s'entoure de trois investisseurs privés locaux, du SADC, du CLD et de la Chambre de commerce de Val-d'Or, et contracte un deuxième prêt de la Caisse Desjardins. 


Racheter une entreprise en faillite


Un an jour pour jour après la finalisation du rachat de MCF, soit en janvier 2015, Abitibi & Co lance officiellement sa production. Les marques IMPEX, Scott et Bluewater reviennent alors chez les détaillants, après une absence sur le marché qui aurait pu s'avérer dommageable si celui-ci s'était fait récupérer par un compétiteur.


Le rachat d'un produit associé à une faillite ou au manque de constance d'une marque peut être une épine dans le pied d'un repreneur, explique Marc-André Messier, conseiller au Centre de transfert d'entreprises.


 « Bien souvent, la chose à faire quand un tel défi marketing se présente est de regagner le marché sous un autre nom, ou alors de mettre l'emphase sur une valeur ajoutée depuis la reprise, comme la qualité du produit ou alors la capacité d'innovation malgré les difficultés passées. » 


Reconstruire le réseau de détaillants


La disparition soudaine de MCF a créé un manque dans le marché des canots et kayaks haut-de-gamme qu'aucune marque concurrente ne parvient à combler. Un avantage qui profite à Guillaume Leblanc. « Les consommateurs auraient pu passer à autre chose, mais la rareté a grandement servi notre retour en force. C'est plutôt le réseau de détaillants qu'il nous a fallu reconstruire. Toutefois, la demande non-satisfaite a incité une douzaine de détaillants-clé à nous accorder leur confiance malgré une production en redémarrage. La solidité de notre gamme de produits, la nouvelle image de marque et notre philosophie les a convaincus. »


Les résultats des ventes des six premiers mois dépassent les attentes. Beaucoup de gens sont enthousiastes de l'arrivée d'une entreprise tertiaire prometteuse dans une région axée sur la matière première. Abitibi & Co, située dans le secteur Granada de Rouyn-Noranda, compte désormais 17 employés, est présente dans 12 magasins et collabore uniquement avec des fournisseurs canadiens.


« Rallier les bonnes équipes autour d'une philosophie, c'est ma force. Je me suis créé un travail fidèle à mes aspirations professionnelles, qui m'amène à offrir des produits à l'image de mes passions. L'élan vers l'aventure et la nature est au coeur d'Abitibi & Co. C'est mon terrain de jeu, quand je ne pagaie pas! »


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