Prix Novae: coupes menstruelles, crochets et copeaux!

Publié le 07/06/2018 à 11:28

Prix Novae: coupes menstruelles, crochets et copeaux!

Publié le 07/06/2018 à 11:28

Charlie-Anne Bonnet-Painchaud, dg de l'Éco Pointe-aux-Prairies, récipiendaire du prix Novae dans la catégorie "matières résiduelles" (Crédit: Sylviane Robini)

Je suis une fondeuse. Un de mes lieux préférés pour pratiquer le ski de fond, sur l’île de Montréal, est le parc nature du Cap Saint-Jacques. On y trouve, entre autres, une ferme écologique qui a longtemps fait le bonheur de mes fils.


Cette ferme est gérée par l’OBNL D-Trois-Pierres, qui offre à de jeunes adultes traversant une période difficile un milieu de vie et de travail favorisant leur insertion sociale et professionnelle. À cette ferme, ils apprennent un métier et ce, depuis la fin des années 80.


Trente ans plus tard, le concept D-Trois-Pierres fait des petits, dans une version urbaine cette fois. Le projet Quartier nourricier, au cœur du quartier Centre-Sud de Montréal, combine lui aussi agriculture et insertion sociale. Il vise la création d’un système alimentaire solidaire, écologique et local. Quartier nourricier inclut, entre autres, la construction d’une serre communautaire et l’amélioration des installations du Marché solidaire Frontenac. Ajoutez à cela la formation de 16 jeunes au métier d’horticulteur, des ateliers pour tous en agriculture urbaine et autonomie alimentaire et la création d’emplois saisonniers. D-Trois-Pierres est d’ailleurs partenaire de ce projet. La phase 2 de Quartier Nourricier, en cours, mettra davantage l’accent sur la participation des personnes exclues socialement.


Le 5 juin dernier, Quartier nourricier a reçu un prix Novae, dans la catégorie «alimentation». Les prix Novae récompensent les innovations d’affaires à forts impacts. On en est à la 5e édition. En tout, 11 prix ont été décernés.


Plusieurs de 30 finalistes ont un point commun, soit la reconnaissance et la volonté de dessiner des projets qui prennent en considérant plusieurs aspects d’un enjeu.


Prenez «La Consigne j’accroche», une initiative de la Société de développement social, du Regroupement des éco-quartiers et de la coopérative de solidarité Les Valoristes. Ce concept, qui provient de Vancouver, vise deux enjeux à la fois: la gestion des déchets (on sait que Montréal ne sait plus quoi fait de son recyclage) et la précarité économique.



L’idée est simple: on vous fournit un crochet que vous fixez, de façon visible, à proximité de votre domicile à l'aide des attaches fournies ou avec des vis. Vous collectez tous vos contenants consignés dans un sac réutilisable. Le jour de la collecte des matières recyclables, vous accrochez ce sac à votre crochet. Ceci permet aux valoristes de recueillir vos contenants sans avoir à passer à travers votre bac de recyclage. Les valoristes sont des personnes en situation de grande précarité, souvent aux prises avec des problèmes de santé pouvant nuire à leur employabilité, pour qui la collecte des consignes aide à payer les dépenses de base (nourriture, logement, soins, etc.) Au Québec, chaque année, nous jetons aux poubelles l'équivalent de 28 millions $ de consignes. Ce projet réduit notre empreinte écologique tout en permettant aux valoristes de se procurer un revenu d’appoint dans la dignité. C’est ce qui lui a mérité le prix dans la catégorie sensibilisation/mobilisation.


Le projet Vélorution St-Michel (finaliste catégorie transport), de Cyclo Nord-Sud, porte cette même vision holistique.


On emploie souvent le vélo comme solution aux enjeux d’environnement et de mobilité. Mais qu’en est-il des enjeux sociaux? Vélorution veut décloisonner notre image de l’utilisateur de vélo. Elle vise une autre clientèle que les étudiants, les écolos et les sportifs. Son public-cible ce sont les résidents de St-Michel, un quartier montréalais enclavé, mal desservi par les transports collectifs et où le revenu des ménages est inférieur à celui de quartiers où le vélo abonde. Vélorution veut casser cette image. Elle souhaite que les citoyens de St-Michel adoptent eux aussi le vélo comme moyen de transport quotidien. Pour y arriver, elle offre le prêt et la location de vélos. Elle dispense aussi des ateliers de sensibilisation et de sécurité et elle a ouvert un atelier mobile d’entretien.


«Le plus dur c’est de changer les mentalités. J’ai des enfants et des petits-enfants et je veux leur laisser un monde meilleur», dit André Prévost, président de EMC3 Technologie.


André Prévost, président de EMC3 Technologie, récipiendaire du prix Novae, catégorie éco-design (Crédit: Sylviane Robini)


Tout comme «La Consigne j’accroche» et Vélorution St-Michel, EMC3 Technologie veut induire de nouveaux comportements. Cette fois, il s’agit de remplacer le calcium répandu sur les routes et les espaces piétonniers en hiver par des copeaux de bois. Le produit se nomme Stop Gliss Bio. Cette antidérapant d'inspiration suisse, fabriqué par une firme québécoise, est composé de plaquettes de bois imprégnées d’une saumure. Cette dernière est à base de chlorure de magnésium, un composé reconnu pour son pH neutre, lequel exerce un faible pouvoir corrosif sur les structures métalliques. Le Stop Gliss Bio conserve ses propriétés antidérapantes pendant 7 jours, ce qui n’est pas le cas du calcium.


Malgré tout, ce n’est pas gagné. «Le sel c’est transparent. Les copeaux de bois, ça se voit. Alors, ça dérange. C’est moins joli», a commenté André Prévost lorsqu’il a décroché le prix dans la catégorie eco-désign.


Je terminerai par une autre histoire vraiment pas banale, celle du gagnant de le catégorie «matières résiduelles»: l’Éco de la Pointe-aux-Prairies, porteur du programme éco-quartier pour le territoire Rivières-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles.


La, très, jeune directrice de cet OBNL, l’urbaniste Charlie-Anne Bonnet-Painchaud, a choisi de s’attaquer à un tabou: la montagne de déchets créé par les produits d’hygiène féminine.


Imaginez la scène: le financement de cet éco-quartier provient de la municipalité, plus particulièrement du département des Travaux Publics. Charlie-Anne s’est donc présentée devant le comité des Travaux Publics, que l’on devine à majorité masculine, pour leur demander du financement pour un projet-pilote de remboursement de coupes menstruelles et de serviettes hygiéniques lavables! On se doute que ces messieurs n’avaient probablement jamais entendu parler de la coupe menstruelle, un produit remplaçant les tampons hygiéniques. Et qu’ils ne s’étaient jamais penchés sur la contamination des usines d’épuration d’eau par les nombreux tampons jetés dans les toilettes. Charlie-Anne s’est assurée de les sensibiliser à ces deux enjeux. Si bien qu’aujourd’hui, l’Éco de la Pointe-aux-Prairies rembourse 50% du prix des coupes menstruelles et des serviettes hygiéniques lavables des résidentes, jusqu’à un maximum de 50$. Il offre aussi un financement de 100$ pour les couches lavables. Précisons que l’Éco de la Pointe-aux-Prairies est le premier de l’île à implanter un tel programme. Il est inspiré de celui de la ville de Boisbriand.


Si vous voulez en savoir plus sur la stratégie de Charlie-Anne pour faire passer son projet, malgré le tabou qui l’entoure, elle m’a dit qu’elle se fera un plaisir de partager ses trucs.


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À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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