Temps libre: un nouveau laboratoire urbain pour les entreprises

Publié le 04/10/2016 à 14:19

Temps libre: un nouveau laboratoire urbain pour les entreprises

Publié le 04/10/2016 à 14:19

Événement sur l'immobilier atypique tenu à Temps libre, dans le Mile End

« Nous sommes le bureau des projets sans bureau », dit Vincent Chapdelaine, cofondateur et président de la coopérative immobilière Temps libre qui ouvrira officiellement ses portes le 14 octobre prochain. Temps libre c’est un local de 8000 pieds carrés, sur la rue Casgrain dans le Mile End, combinant 6500 pieds carrés d’espace de travail partagé et 1500 pieds carrés d’espace public disponible pour des conférences, des rencontres citoyennes, de la formation, etc. « Nous accueillons les idées lorsqu’elles deviennent des projets. Lorsque leurs porteurs veulent les opérationnaliser », poursuit Vincent Chapdelaine.


Ces 1500 pieds carrés sont mis à la disposition de la population gratuitement, à condition que l’événement organisé soit ouvert à tous et qu’il ne vise pas la vente d’un produit ou d’un service. Sinon, il faut payer des frais de location. Les cofondateurs de Temps libre sont Esplanade, Exeko, les Amis du Champs des possibles, Espaces temps et Territoires.


Le concept de troisième lieu


Temps libre est ce que le professeur de sociologie urbaine floridien Ray Oldenburg a baptisé un «troisième lieu» dans son ouvrage culte des années 80, «The Third Place». Le troisième lieu n’est ni la maison ni le travail. «Un troisième lieu est neutre. Il n’y a pas de hiérarchie, comme au travail. Ni de relations privées, comme à la maison. Et il est ouvert à tous », explique Vincent Chapdelaine. Les bibliothèques, par exemple, sont en train de devenir des troisièmes lieux. Comme on les fréquente de moins en moins pour emprunter des livres imprimés, plusieurs locaux des bibliothèques sont mis à la disposition de la population pour des activités culturelles, de formation ou d’information.


Pourquoi les entreprises devraient-elles s’intéresser aux troisièmes lieux comme Temps libre?


« C’est un laboratoire pour comprendre la communauté. Nous nous intéressons à tout ce qui touche la transformation des villes et des territoires. Les entreprises font partie du territoire, leurs clients et leurs fournisseurs aussi. Si les entreprises comprennent mieux les transformations de la société, elles pourront mieux s’adapter et y répondre», estime Gaëlle Généreux, dg de Temps libre. «Les entreprises peuvent assister à nos activités. Mais elles peuvent nous demander d’organiser des rencontres spécifiques sur des enjeux qu’elles souhaitent tester. Nous pouvons lancer des discussions citoyennes pour elles. »


Le cas de l’université Concordia


L’université Concordia, par exemple, a loué des bureaux dans l’espace de travail partagé. «Concordia compte offrir des cours dans notre espace public, poursuit Gaëlle. Ceux-ci seront destinés à la population, mais aussi à ses étudiants, pour les sortir des murs de l’université. Pour qu’ils prennent part à la vie montréalaise.» Lorsqu’il se trouve à Temps libre, le personnel de Concordia développe une autre perspective sur son travail puisque c’est un lieu neutre. Les codes du campus ne s’appliquent pas. «Concordia n’est que le début, affirme Vincent Chapdelaine. Nous comptons développer des partenariats avec d’autres universités, des fondations ainsi qu’avec les organismes qui servent les PME. »


Même si l’ouverture officielle a lieu de 14 octobre, l’espace public Temps libre accueille des activités depuis quelques semaines déjà. Des délégations étrangères aussi. « Nous voulons faire partie du parcours entrepreneurial montréalais, dit Vincent Chapdelaine. Nous nous inscrivons dans le circuit des ressources destinées à l’innovation et à l’entrepreneuriat. »


Le modèle d’affaires de Temps libre


Les revenus tirés des 6500 pieds carrés de l’espace de travail partagé permettent d’offrir les 1500 pieds d’espace public gratuitement. Certains revenus sont aussi tirés de la location sporadique de l’espace public. Radio-Canada et l’ONF, par exemple, y ont tenu des retraites stratégiques. Des revenus de location, 5% est converti en parts privilégiées pour constituer un capital afin que cette coopérative devenir éventuellement propriétaire des lieux qu’elle loue.


Prochaine étape: la croissance


Dans d’autres quartiers et, pourquoi pas, d’autres villes! «Nous viserons chaque fois un modèle de cofinancement pour assurer la pérennité de notre espace public gratuit. Ce ne sera pas toujours à travers des espaces de travail partagés, comme dans le cas de Temps libre Mile End. Imaginons que notre prochain espace se trouve dans un désert alimentaire (un quartier où il est difficile de se procurer des aliments frais, de qualité et abordables). Alors, notre source de revenus sera peut-être un marché fermier», explique Gaëlle Généreux.


Le rêve


«Qu’il existe des milliers d’espaces Temps Libre à travers le monde!», répond Gaëlle. « Mais ce ne sera pas nécessairement nous qui allons les ouvrir…»


 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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