Des PME laissent de l'argent sur la table

Publié le 20/03/2024 à 13:35

Des PME laissent de l'argent sur la table

Publié le 20/03/2024 à 13:35

Dans son budget 2024-2025, le gouvernement du Québec note que seulement 14 % des PME font une demande de crédits d’impôt à Revenu Québec (RQ). (Photo: 123RF)

FINANCEMENT. Plusieurs PME québécoises négligent — parfois sans le savoir — une importante source de financement qui leur permettrait pourtant de faire face aux coûts d’emprunt élevés et aux salaires des employés qui plombent leurs finances : les aides gouvernementales. Les Affaires décortique comment profiter de ces dernières.

L’avertissement a d’abord été lancé en début d’année par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), dans un rapport s’intéressant à l’utilisation des crédits d’impôt par les PME québécoises. On y apprenait que moins du tiers des entrepreneurs sondés ont une connaissance générale des crédits d’impôt offerts par le gouvernement du Québec. 

Le sondage révèle que dans la moitié des cas, ce sont les dirigeants qui recueillent les renseignements nécessaires et demandent les crédits d’impôt (60 % font affaire avec une ressource externe, comme un comptable). Ils déplorent cependant la complexité des demandes et disent manquer de temps, ce qui est particulièrement inquiétant dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, souligne la FCEI.

« On se retrouve ici dans un cercle vicieux : plus les petites entreprises manquent d’employés, moins leur dirigeant a de temps pour éplucher l’aide gouvernementale, car il est mobilisé sur le plancher à éteindre des feux, soulignait François Vincent, vice-président pour le Québec à la FCEI, au moment de la publication du rapport. Notre sondage confirme que l’aide du gouvernement du Québec visant les PME frappe le mur de la pénurie de main-d’œuvre. » 

Le gouvernement du Québec est conscient du problème. Dans son budget 2024-2025, il note que seulement 14 % des PME font une demande de crédits d’impôt à Revenu Québec (RQ), « notamment en raison de la méconnaissance des mesures qui s’offrent à elles et des processus pour soumettre une demande ». Un projet pilote mis en place à l’automne 2023 a permis d’informer 1000 PME au sujet des crédits d’impôt dont elles pourraient bénéficier, mais RQ veut porter ce nombre à au moins 50 000 d’ici 2026-2027.

 

Les subventions aussi

Ce qui est vrai pour les crédits d’impôt s’applique aussi aux subventions, s’entendent trois experts qui aident des entreprises à naviguer dans l’univers des aides gouvernementales : plusieurs entrepreneurs ont du mal à s’y retrouver et se sentent dépassés par l’ampleur de la tâche.

« Les propriétaires de PME sont épuisés et les subventions ont parfois mauvaise presse, constate Francis Desrochers, président et cofondateur d’helloDarwin (anciennement B2BQuotes), une entreprise québécoise qui offre depuis environ deux ans des services d’accompagnement pour l’obtention d’aides gouvernementales. Les clients ne les connaissent pas et finissent par obtenir une marge de crédit ou un prêt avec des taux d’intérêt très élevés. »

« C’est vraiment un labyrinthe, confirme Élie Karam, président d’Avinova, une autre entreprise québécoise qui se spécialise dans l’obtention d’incitatifs financiers au bénéfice des entrepreneurs. C’est difficile de comprendre les critères d’admissibilité de chaque programme. » C’est d’ailleurs en constatant la méconnaissance des entrepreneurs face aux aides disponibles qu’il a décidé de lancer Avinova en 2017. « Il existait plus de 2000 incitatifs financiers pour les entreprises, mais elles ne les réclamaient pas », dit-il.

 

Trouver l’information 

Dans son rapport publié en janvier dernier, la FCEI rapporte les commentaires de certains entrepreneurs qui déplorent notamment le manque d’informations claires et concises au sujet des crédits d’impôt disponibles. Le gouvernement fédéral a développé un outil de recherche destiné aux entreprises, mais celui-ci « n’est pas complet », estime Élie Karam. Le gouvernement du Québec offre de son côté un répertoire des aides financières et des crédits d’impôt disponibles. 

« Les programmes sont tous expliqués quelque part, mais l’information n’est pas regroupée. Chaque ministère affiche l’information du programme qu’il gère sur son propre site Web, affirme Patrick d’Astous, un associé d’EY Canada qui aide des entreprises innovantes à toucher des crédits d’impôt ou des subventions. Les façons d’obtenir l’argent et les demandes d’informations ne sont pas les mêmes d’un programme à un autre. C’est ce qui rend les démarches compliquées. » 

Après avoir vu des dizaines d’entreprises cogner à sa porte (surtout des entreprises technologiques), le spécialiste d’EY a pu dégager deux profils types. D’abord, l’entrepreneur qui pense qu’il obtiendra assurément une aide gouvernementale liée à l’innovation… parce qu’il a un projet qu’il juge innovant. « C’est faux, dit-il. Chaque programme a ses critères bien précis. » Puis, celui qui a essuyé un premier refus et qui croit qu’il ne sera jamais admissible aux programmes convoités. « C’est faux aussi », lance-t-il, puisqu’il est possible qu’un nouveau projet coche toutes les cases, contrairement au précédent.

« La morale, conclut Patrick d’Astous, c’est que si tu es entrepreneur et que tu as un projet innovant qui, stratégiquement, va aider ton entreprise à aller plus loin, il ne faut pas passer à côté de sources de financement simplement parce que tu n’as pas le temps ou que tu as peur de ne pas l’avoir. Aller chercher du financement avec des investisseurs, c’est bien plus compliqué. »

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