Productivité : le retard du Québec affaiblit nos entreprises face à la concurrence étrangère

Publié le 18/03/2019 à 16:04

Productivité : le retard du Québec affaiblit nos entreprises face à la concurrence étrangère

Publié le 18/03/2019 à 16:04

Par François Normand

Des travailleurs dans une entreprise manufacturière (source: 123RF)

Le retard du Québec en matière de productivité mine la compétitivité des entreprises québécoises face à la concurrence étrangère sur les marchés d’exportation, mais également sur le marché québécois.

«La faible productivité du Québec fait en sorte que nos entreprises ont des coûts de production plus élevés», affirme à Les Affaires Robert Gagné, directeur du Centre sur la productivité et la prospérité à HEC Montréal, en marge de la divulgation ce lundi de la dixième édition de Productivité et prospérité au Québec – Bilan 2018.

La productivité mesure la quantité et la valeur de PIB produites dans une heure de travail par un employé. Elle n’a donc aucun lien avec la quantité d’heures travaillées dans une semaine.

Si le Québec a un retard par rapport aux pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’économiste Robert Gagné souligne que c’est avant tout un «problème canadien».

Bref, le Canada fait aussi piètre figure par rapport aux principaux pays industrialisés, surtout si on enlève la production de pétrole dans l’Ouest canadien, qui gonfle artificiellement la productivité.

En 2017, dans une heure de travail, un Québécois produisait en moyenne pour 60,15$CA (à parité du pouvoir d'achat) de PIB, comparativement à 66,95$ pour la moyenne canadienne (voir graphique 6, Productivité du travail en 2017).

La performance du Québec (et du Canada) est bien supérieure à la Corée du Sud à 45,77$, mais largement inférieure à celle de pays comme les États-Unis (82,03$), l’Allemagne (87,38$) ou la Belgique (93,43$).

Cela dit, la Corée du Sud fait des progrès considérables : entre 1981 et 2017, la productivité du travail y a progressé en moyenne de 5,4% par année, alors qu’elle n’a été que de 0,9% au Québec (1,2% dans l’ensemble du Canada).

En fait, depuis la récession mondiale de 2008, seules la Nouvelle-Zélande et la province de Terre-Neuve-et-Labrador ont fait moins bien que le Québec, souligne Robert Gagné.

Pourquoi le Québec a un retard

Trois facteurs expliquent cette situation :

  • les entreprises n’investissent pas assez dans les équipements, la machinerie et les nouvelles technologies.
  • les entreprises ne font pas assez de R-D et d’innovation.
  • les Québecois ont un niveau de diplomation (professionnel, baccalauréat, maîtrise, doctorat) inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE.

Par exemple, au niveau du baccalauréat ou d’un diplôme universitaire équivalent, la proportion de 25 à 34 ans détenant ce diplôme au Québec s’élève à 35% (36% au Canada) comparativement à 48,5% en Corée du Sud, par exemple.

Le Québec traîne aussi la patte au niveau des 25 à 34 ans qui détiennent une maîtrise ou un doctorat : 11% (10% au Canada) par rapport à 21% en Belgique ou 18% en France.

Le Québec est vraiment loin en ce qui a trait à la formation professionnelle. On y compte seulement 5,8% de la population âgée de 15 à 19 ans qui fréquente une école professionnelle comparativement à 28,8% aux Pays-Bas ou à 20,9% en Allemagne.

Pour accroître la productivité, le Québec doit donc investir en éducation, stimuler l’investissement et favoriser l’innovation.

Robert Gagné affirme que l’éducation est le nerf de la guerre. Or, ce n’est pas une priorité au Québec, comme en témoigne le décrochage scolaire chez les jeunes garçons et l’argent que le gouvernement investit en éducation.

Depuis 10 ans, les dépenses réelles en éducation n’ont augmenté que de 9%.

Au chapitre de l’investissement, Québec doit s’interroger sur la fiscalité des entreprises québécoises (incluant la taxe sur la masse salariale) et l’écosystème dans lequel elles évoluent, souligne Robert Gagné.

Règle générale, les entreprises réagissent aux mêmes signaux économiques, peu importe où elles se trouvent dans le monde. Dans ce contexte, il faut donc se demander pourquoi celles du Québec investissement si peu en capital et pourquoi elles innovent moins.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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