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Le ciel s’assombrit

Pierre Cléroux|Mis à jour le 11 avril 2024

Le ciel s’assombrit

Il faut s’attendre à quelques trimestres négatifs d’ici la fin de l’année, qui devraient résulter par une croissance nulle au Québec, et de 0,5% au Canada. (Photo: 123RF)

OPINION. Baisse du revenu disponible, effritement du taux d’épargne, stagnation de l’emploi, essoufflement du marché de l’habitation, déclin des exportations: à n’en pas douter, l’économie québécoise montre plusieurs signes avant-coureurs de ralentissement. Mais si le ciel s’assombrit, l’économie ne risque pas pour autant de s’effondrer et d’entrer en récession. Il faut toutefois s’attendre à quelques trimestres négatifs d’ici la fin de l’année, qui devraient résulter par une croissance nulle au Québec, et de 0,5% au Canada.

L’année s’était bien amorcée, avec une augmentation du PIB québécois de 0,4% pour les trois premiers mois et une croissance trimestrielle annualisée de 1,7%. L’économie a continué d’être stimulée principalement par les dépenses des ménages, autant pour des biens de consommation que des services, qui ont augmenté de 1,5%. Et ce, malgré les nombreuses hausses de taux d’intérêt décrétées par la Banque du Canada depuis plus d’un an.

 

Toute bonne chose a une fin

Ce n’était en effet qu’une question de temps avant que l’effet de ces hausses ne se fasse finalement ressentir. Et voilà que la banque centrale décidait en juillet de majorer à nouveau son taux directeur de 25 points de base, pour le porter à 5%, après lui avoir donné le même tour de vis en juin. Ces augmentations, qui mettaient fin à une brève pause amorcée en mars, devraient mettre davantage le holà aux dépenses des ménages et sur l’activité économique. 

D’autant que les salaires n’augmentent plus au même rythme que l’an dernier. La rémunération a en effet grimpé de 4,5% au premier trimestre de 2023, comparativement à 9,6% en 2022 et à 10,3% l’année précédente. Le revenu disponible a du même coup commencé à diminuer, de 4,2%, au cours du premier trimestre.

Sans surprise, des secteurs tournent déjà au ralenti. C’est le cas notamment du secteur de la construction résidentielle dont les investissements, qui étaient en hausse depuis plusieurs trimestres, ont commencé à décliner. Les exportations ont aussi perdu leur élan, ce qui touche plusieurs pans de l’industrie manufacturière québécoise.

 

Une dernière hausse de taux?

Même si le marché du travail reste serré et que les pénuries de main-d’œuvre persistent, le Québec a perdu 8400 emplois en juin et son taux de chômage a grimpé de 4% en mai à 4,4% en juin. De fait, on constate une stagnation de l’emploi depuis le début de l’année et, même s’il ne faut pas s’attendre à une vague de licenciements massifs, le ralentissement de l’activité économique devrait engendrer des pertes d’emploi. 

À chaque hausse de taux, la Banque du Canada jongle avec le risque de faire basculer l’économie en récession. La hausse décrétée en juillet vient raviver ses inquiétudes, mais elle ne provoquera pas pour autant une chute drastique de l’économie québécoise. D’autant qu’il s’agit probablement d’une dernière hausse. L’inflation continue en effet de chuter, affichant en juin un taux de 2,8%. Même si l’indice de certains produits demeure élevé (les prix dans les épiceries ont augmenté de 9,4%), l’indice global est maintenant à l’intérieur de la fourchette de 1 à 3% visée par la Banque du Canada.