Enfin incompétent!

Publié le 05/05/2022 à 00:01

Auteur : Gilles Tétu

L’incompétence est souvent vue comme une tare. Nous oublions que c’est par l’incompétence que nous transitons pour devenir plus compétents. Plusieurs gestionnaires vus en coaching me font part de leur impression d’incompétence, et pourtant ils font partie de décideurs compétents. Il est fréquent de les voir souffrir du «syndrome de l’imposteur» ou «d’anxiété de performance». La peur de l’échec est omniprésente, et leur confiance en eux est parfois défaillante.

À leur défense, il n’est pas rare qu’ils aient été promus rapidement dû à pénurie de gestionnaires. Pourtant, ils ont une capacité d’adaptation importante, une facilité d’utilisation des technologies de l’information bien développée, sans compter qu’ils sont brillants et qu’ils veulent réussir. Ce dernier point pourrait justement devenir leur talon d’Achille.

Qu’est-ce qui occasionne cet état personnel de perception d’incompétence? Certains facteurs peuvent être en cause :

1. Le besoin de reconnaissance, celui d’être aimé ainsi que le besoin d‘approbation sont des déterminants importants. En effet, ils ont besoin de savoir qu’ils font les choses adéquatement. À défaut de recevoir de la rétroaction positive, les idées négatives prennent le dessus. À ce sujet, le regard des autres prend souvent trop de place.

2. L’esprit humain a été construit pour identifier les dangers dans certaines situations. Il est conditionné à se souvenir de ces éléments qui peuvent lui être dommageables, lui permettant ainsi d’assurer sa survie. Même si nous faisons beaucoup plus de bonnes choses que de mauvaises, nous portons plus d’attention aux erreurs qu’aux réussites.

3. Un autre aspect vient du fait que nous sommes habitués à apprendre rapidement, si bien que lorsque nous prenons un peu plus de temps, nous avons l’impression d’être médiocre ou en dessous des attentes. De plus, l’estime de soi est souvent dépendante de nos performances. Pourtant nos aptitudes varient de façon majeure en fonction des qualités et des forces de chacun. Tout le monde ne sait pas tout faire tout le temps parfaitement. En gestion, nous ne pouvons pas viser le 100% de perfection. Il est préférable de viser entre 70% et 80 %, ce qui, dans la majorité des cas, est très bien. Pour passer de 80 à 100 % de qualité, le gestionnaire doit dépenser 80 % d’énergie additionnelle. Cela ne représente pas un bon investissement de temps selon le ratio coût/bénéfice.

4. En outre, l’acceptation de soi ou de ses idées par les autres ne doit pas se faire à tout prix. Il faut parfois accepter que notre idée ne soit pas appuyée. L’important n’est pas d’être meilleur que l’autre, mais d’assumer son unicité et les forces qui nous caractérisent.

5. Les gestionnaires ont tendance à se définir par ce qu’ils accomplissent, alors qu’il est préférable de distinguer ce qu’on fait de ce qu’on est. Si on néglige cette distinction, il devient trop facile de déterminer sa valeur en fonction de nos échecs. Quand je reprenais mes enfants, je le faisais en leur disant, «je n’aime pas ce que tu as fait, mais toi je t’aime». Conséquemment, au travail, si je me fais dire que je n’ai pas bien fait une chose, cela ne veut pas dire que je ne suis pas une personne bien.

Comment s’en sortir ?

- Tout d’abord, accepter le doute. Le doute est essentiel à l’apprentissage selon Einstein. Si je ne doute pas, je ne peux pas être apte à accueillir de nouvelles idées.

- Identifier ses succès, les souligner et les célébrer.

- Se donner de plus petites mesures de succès, ou de plus courts objectifs dans le temps afin d’avoir la perception de réussir plus souvent.

- Éviter de se comparer avec les autres et profiter de nos forces.

- Valider avec le supérieur, à l’occasion, si ce que nous faisons est satisfaisant.

- Faire de son mieux au lieu de vouloir atteindre la perfection.

- Se permettre de relaxer et de s’amuser permet d’utiliser d’autres sphères de notre cerveau et ainsi devenir plus fort

- Conserver une pensée négative ne favorise aucune amélioration. Plutôt se questionner sur l’erreur pour en faire une expérience d’apprentissage. De plus, le fait de considérer ce que vous faites non pas en binaire (bon ou mauvais), mais sur un continuum (de 0 à 10 par exemple), vous permettra de nuancer la situation.

- Utiliser les services d’un coach pour voir les choses autrement. En effet, le coaching permet d’explorer ses angles morts et d’évaluer de nouvelles avenues.

Finalement, pour devenir compétent, il nous faut passer par une phase de doute ou d’incompétence. Cela crée l’ouverture nécessaire pour se questionner et apprendre, pour enfin… devenir plus compétent !

« Traitez les gens comme s’ils étaient ce qu’ils doivent être, et aidez-les à devenir ce qu’ils sont capables d’être. » - Goethe

Si vous avez des commentaires, merci de me les faire parvenir à : gilles.tetu.tgco@telus.net 

Gilles Tétu est président de TGCO Inc., coach professionnel certifié PCC(ICF), enseignant à l’Université Laval, conférencier au Québec et à l’international, auteur en gestion et consultant. Il a été cadre supérieur et DG dans le réseau de la santé. Ses sujets d’enseignement au deuxième cycle sont la négociation interpersonnelle, la communication et le coaching de gestion. Il donne des formations sur «90 jours pour réussir» aux cadres du réseau de la santé. Il fait aussi du coaching individuel et de groupe.

ICF Québec est un chapitre de l’organisme de certification International Coach Federation. Sa mission est de favoriser la certification des coachs par ICF, d’encourager des normes éthiques élevées, de promouvoir le coaching au Québec et d’offrir aux coachs des lieux d’échange et de perfectionnement professionnel continu.

Bibliographie 

- Chassangre K. Callahan S. Se libérer du syndrome de l’imposteur, interéditions, 2021 

- Performance anxiety, 2019. https://www.goodtherapy.org  

- Franscisci N. Le candidat à cicatrices, Les Affaires, avril 2022 

- Smith K. 10 tips to manage anxiety at work & survive until 5pm, 2020. -  https://www.psycom.net › 

- Bajaj-Mahajan A. How to manage performance anxiety at work, 2020. https://www.themuse.com 

- Thiébaux A. Syndrome de l’imposteur : c’est quoi, test, en soufrez-vous? 2020. https://sante.journaldesfemmes.fr/ 

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