L'électricité québécoise peut-elle demeurer concurrentielle aux États-Unis?

Offert par Les Affaires


Édition du 09 Septembre 2020

L'électricité québécoise peut-elle demeurer concurrentielle aux États-Unis?

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Édition du 09 Septembre 2020

Par François Normand

(Photo: 123RF)

ÉNERGIE. Malgré la révolution du gaz de schiste aux États-Unis qui a fait fondre les prix du gaz naturel depuis la Grande Récession de 2007-2009, Hydro-Québec affirme que son énergie y demeure concurrentielle, et qu’elle devrait même l’être davantage dans les prochaines années en raison de la lutte aux changements climatiques.

« L’introduction d’une forme de taxation sur le carbone est envisagée dans plusieurs de nos marchés voisins, ce qui entraînerait une hausse du coût de l’électricité produite par le gaz naturel. Sans énergie de base propre, nos voisins devront continuer d’utiliser des énergies fossiles », souligne Simon Bergevin, directeur du parquet de transactions énergétiques d’Hydro-Québec.

Située au siège social de la société d’État à Montréal, cette salle des marchés vend et achète des blocs d’électricité sur le marché « spot » – où les livraisons se font en temps réel – dans le nord-est de l’Amérique du Nord, de l’État de New York à la Nouvelle-Angleterre en passant par l’Ontario.

Tous ne partagent pas l’analyse d’Hydro-Québec, à commencer par Jean-Thomas Bernard, économiste spécialiste en énergie et professeur à l’Université d’Ottawa, qui rappelle que la production d’électricité au gaz naturel (une énergie fossile) est la principale concurrence de l’énergie d’Hydro-Québec aux États-Unis.

Or, à ses yeux, le déclin du prix du gaz naturel et l’augmentation du coût marginal de production de la société d’État font en sorte que l’énergie québécoise « pourrait être de moins en moins concurrentielle sur le marché américain dans les années à venir ».

Un prix moyen inférieur à son coût marginal

En 2019, Hydro-Québec a effectivement vendu son énergie aux États-Unis à un prix moyen de 4,3 cents le kilowattheure (kWh), ce qui est très inférieur à son coût marginal, qui se chiffrait à 6,8 cents le kWh pour son dernier projet, la Romaine.

Or, sur le plan économique, cela n’a pas de sens pour la société d’État de vendre son énergie en deçà de son coût marginal, affirme Jean-Thomas Bernard. « On ne peut pas développer des projets à 6,8 cents pour vendre ensuite l’énergie à 3 ou à 4 cents », dit-il. Une logique qui s’applique du reste à l’ensemble des entreprises.

Hydro-Québec rétorque que ses ventes à l’exportation proviennent de l’ensemble de son parc de production, incluant les centrales de la Baie-James, dont le coût moyen de production s’élève à 2,05 cents le kWh.

« Ainsi, le calcul de notre rentabilité à partir du coût marginal de production est erroné, insiste Simon Bergevin. Dans notre réalité, où l’amortissement de certaines de nos centrales est terminé et où ces centrales ont une durée de vie de plus de cent ans, notre profitabilité est fondée sur le coût de production moyen. »

Certes, les ventes d’Hydro-Québec aux États-Unis ont chuté depuis le début de la pandémie de COVID-19, admet-il. Pour les six premiers mois de 2020, les exportations québécoises d’énergie électrique ont reculé de 29,9 % par rapport au premier semestre de 2019, montrent les données de l’Institut de la statistique du Québec.

En revanche, le directeur souligne que les exportations d’électricité en 2019 ont permis de réaliser des profits de 631 millions de dollars canadiens, ce qui représente 22 % du bénéfice net de la société d’État.

Accroissement des profits en vue?

Simon Bergevin estime même qu’Hydro-Québec pourrait accroître ses profits sur le marché américain dans les prochaines années, et ce, en raison de deux facteurs.

Premièrement, plusieurs marchés dans le nord-est ont des « cibles très agressives » de réduction de gaz à effet de serre (GES) dans les prochaines années.

« L’État de New York effectuera une transition totale de sa production d’énergie, qui deviendra 100 % verte d’ici 2040. Dans un tel contexte, la valeur de l’énergie de base propre va augmenter », affirme Simon Bergevin.

Deuxièmement, la société d’État mise davantage sur des contrats d’approvisionnement d’électricité à long terme aux États-Unis, ce qui lui assure de meilleurs prix. « Ils nous permettent de valoriser notre énergie à un prix supérieur en raison de la qualité propre et renouvelable de notre énergie », explique-t-il.

Par exemple, le Massachusetts a donné le feu vert, le 27 juin 2019, à des contrats à long terme pour importer l’énergie verte d’Hydro-Québec, et ce, pour une période de 20 ans au prix de 5,9 cents US le kWh (7,7 cents CA, en vertu du taux change à cette date).

Ce prix est supérieur à son coût marginal de production de 6,8 cents. Il est aussi presque quatre fois plus élevé que son coût moyen de production de 2,05 cents.

Les États du Maine et de New York sont deux autres marchés où Hydro-Québec pourrait bientôt vendre son énergie renouvelable en vertu de contrats à long terme. Le Maine a lancé en février un appel d’offres pour l’achat d’énergie renouvelable, tandis que New York a indiqué en mai son intention d’accélérer la construction de lignes électriques pour importer de l’énergie renouvelable du Canada.

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