Déboires boursiers d'Uber et Lyft: la faute aux grandes banques ?

Publié le 14/05/2019 à 06:59

Déboires boursiers d'Uber et Lyft: la faute aux grandes banques ?

Publié le 14/05/2019 à 06:59

Par AFP

L'entrée à Wall Street d'Uber s'est transformée en cauchemar boursier malgré l'absence de bug technique comme ce fut le cas avec Facebook. Qu'est-ce qui n'a pas marché ? A qui la faute ?


120 milliards de dollars, 100 milliards: ces chiffres, supérieurs au PIB de Cuba (96,85 milliards) ou du Kenya (79,2 milliards), étaient avancés comme la probable capitalisation boursière d'Uber il y a encore quelques semaines.


Mais lundi, au deuxième jour de sa cotation à Wall Street, le leader mondial de la réservation en ligne de voitures avec chauffeur ne valait que 62,1 milliards de dollars.


Il a perdu 17,55% de sa valeur en deux séances, une déroute qui s'apparente aux déboires de son rival Lyft, qui a perdu un tiers de sa valeur (33%) en moins de deux mois de cotation. 


Bérézina


C'est la bérézina pour les grosses fortunes et grands investisseurs (fonds d'investissements, fonds de pension, sociétés de capital-investissement...) qui se sont rués sur Uber avant son entrée à Wall Street, séduits par ses promesses de devenir «l'Amazon des transports» avec une offensive dans la voiture autonome et la livraison des repas.


La banque d'affaires américaine Morgan Stanley, qui courtisait Uber afin de piloter son entrée en Bourse, a proposé dès 2016 à ses riches clients et salariés d'investir dans le groupe californien via un fonds baptisé New Riders LP, selon des sources bancaires.


Le ticket d'entrée minimum était de 250 000 dollars au prix de 48,77 dollars le titre, soit 11,67 dollars de plus que le cours de l'action Uber lundi. Il est difficile pour l'instant de savoir si ces grosses fortunes ont demandé des comptes à la firme.


Contactée par l'AFP, Morgan Stanley, qui a été retenue par Uber au même titre que Goldman Sachs et Bank of America Merrill Lynch, n'a pas souhaité commenter.


Traditionnellement, les entreprises souhaitant entrer en Bourse font appel aux banques qui les aident à lever de l'argent auprès d'investisseurs institutionnels, à trouver une valorisation correspondant à la santé de leur activité et aux promesses d'avenir et gèrent la transaction.


Outre les incertitudes sur le modèle économique, les pertes colossales et la volatilité des marchés financiers du fait du conflit commercial sino-américain, les mésaventures boursières d'Uber et Lyft s'expliquent aussi par les erreurs de banques, selon des sources bancaires.


Dans le cas d'Uber, les regards sont tournés vers Morgan Stanley, qui était la banque principale («lead underwriter»).


Il lui est reproché de ne pas avoir pris correctement le pouls des milieux financiers vis à vis du secteur des VTC en faisant miroiter une valorisation folle alors que ses deux partenaires (Goldman Sachs et Bank of America) plaidaient pour plus de réalisme, confient deux sources bancaires.


Soros fatal à Lyft


Le vent a tourné quand, échaudé par la douche froide réservée à Lyft, Uber a décidé de revoir à la baisse ses ambitions.


«Ca a créé un cycle de nouvelles négatives», dit une des sources sous couvert d'anonymat. Ainsi vendredi, les investisseurs, en l’occurrence des particuliers, ont boudé le titre.


Il y aurait également eu des couacs au moment de la cotation, dit une autre source bancaire, qui reproche à Morgan Stanley de ne pas avoir aidé au démarrage des échanges au moment où de premières indications suggéraient un début en hausse.


Morgan Stanley peut en outre intervenir pour stabiliser la dégringolade du titre, en utilisant les actions que lui a données en options («green shoe») Uber en sa qualité de banque principale. La firme ne l'avait toujours pas fait jusqu'à lundi soir, selon différentes sources bancaires.


L'établissement, qui a aussi piloté les IPO de Google et Facebook (marquée il y a pile sept ans par des incidents techniques), n'a pas souhaité commenter.


Les grandes banques se livrent une compétition pour conseiller les startups souhaitant entrer en Bourse. Les commissions qu'elles perçoivent pour ces transactions alimentent leurs bénéfices.


Les IPO sont aussi l'occasion d'attirer et de fidéliser de gros clients en leur offrant des opportunités d'investir dans des entreprises prometteuses.


Dans le cas de Lyft, il y a eu un grand intérêt de la part des investisseurs mais l'action a pâti du fait que des financiers ont parié sur son effondrement, une stratégie spéculative appelée «short selling» (vente à découvert).


Peu avant l'IPO, le financier et investisseur activiste Carl Icahn a vendu sa participation de 2,7% au raider George Soros. Ce dernier a acheté parallèlement des produits dérivés portant sur la chute du titre (hedge), ce qui est légal, indique une source bancaire.


La propagation des rumeurs sur cette transaction a incité de nombreux investisseurs à liquider leurs positions, précipitant la chute du titre Lyft, selon cette source.


Qui a conçu le contrat de M. Soros ? Interrogées par l'AFP, les grandes banques américaines se renvoient la balle.


JPMorgan Chase, qui était la banque principale, a essayé de stabiliser le cours mais les volumes d'échanges étaient très importants, ce qui n'a eu qu'un répit momentané, indique une autre source bancaire.


Contactée par l'AFP, la banque n'a pas souhaité commenter.


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