Soigner tous les tout-petits, peu importe leur statut d’immigration

Publié le 21/05/2019 à 10:00

Privés d’assurance maladie, certains enfants migrants voient leur avenir au Québec compromis, révèle un récent rapport publié par l’Observatoire des tout-petits. Paul Lepage, président et chef de la direction d’Intelerad, explique pourquoi cet enjeu devrait préoccuper les entreprises.

Selon l’Observatoire des tout-petits, de nombreux enfants habitant au Québec n’ont pas accès à l’assurance maladie en raison de leur statut d’immigration, même s’ils sont nés ici. Comme leurs parents n’ont pas les moyens de payer pour les soins de santé, ces tout-petits en sont souvent privés, et courent le risque de développer des problèmes à long terme. Qu’en pensez-vous ?
Je travaille depuis 17 ans dans le domaine de la santé, et je connais les problèmes du système actuel. En tant que personne vivant dans un pays où l’on souhaite avoir un système de santé universel, c’est évident que les femmes enceintes et les tout-petits migrants ont besoin d’être suivis. J’ai deux enfants, Karl et Claudie, diabétiques de type 1 depuis leur tout jeune âge. Mon fils et moi sommes des survivants du cancer. Je peux difficilement imaginer que ces personnes vulnérables ne puissent avoir accès aux mêmes soins de santé que nous avons reçus.

Un rapport du Protecteur du citoyen publié en 2018 établit qu’un enfant sans assurance maladie peut avoir du mal à s’intégrer dans sa communauté, et donc à contribuer pleinement à la société. Quels enjeux cette situation présente-t-elle pour le monde des affaires ?

Les organisations font face à une pénurie de main-d’œuvre. Elles ont besoin de compétences. Les migrants, de leur côté, ont besoin de travailler pour s’intégrer. Les enfants migrants font partie de la relève qui aidera le Québec à faire face au vieillissement de la population.

Il est possible d’agir pour améliorer l’accès aux soins de santé pour ces familles, en modifiant par exemple le cadre légal québécois. Comment les dirigeants d’entreprises peuvent-ils influencer cette transformation ?
Ils peuvent faire bouger les choses en travaillant étroitement avec les gouvernements, les leaders politiques et les organisations à but non lucratif. Au Québec, nous sommes accueillants et nous souhaitons que notre système fonctionne sans que personne ne soit exclu. Les nouvelles générations sont encore plus sensibles aux valeurs d’entraide. Les leaders de demain sont déjà dans nos entreprises, et ils comprennent l’importance de redonner à la société, en soutenant des causes où l’entreprise peut avoir un impact positif.

L’intégration professionnelle et sociale des parents immigrants et la réduction de l’insécurité alimentaire de ces familles peuvent aussi favoriser la santé des tout-petits. Selon vous, les entreprises et les dirigeants québécois peuvent-ils faire une différence en cette matière ?
Nous pouvons le faire en posant des gestes concrets, car il ne faut pas s’attendre à ce que l’État fasse tout. Il est possible de soutenir des organismes, comme Médecins du Monde, qui fait un travail formidable sur le terrain. Lorsque j’étais président de TELUS Santé, nous avons contribué à mettre sur pied leur clinique mobile qui va à la rencontre des exclus de notre système de santé. Ils ont aussi une clinique dédiée à l’accueil des migrants en statut précaire. Les gens d’affaires doivent se mobiliser pour aider ces ONG à en faire plus, en leur offrant du soutien financier et, parfois, leur savoir-faire technologique.

L’organisation que vous dirigez, Intelerad, s’implique activement dans l’amélioration des soins de santé. Comment ses activités peuvent-elles améliorer la situation des tout-petits ?
Intelerad fournit des logiciels d’imagerie médicale et de gestion des flux de travail aux radiologues des établissements de santé. Nous mettons tout en œuvre pour améliorer ces outils afin que les médecins puissent faire un meilleur diagnostic, plus rapidement. En cas de problème de santé chez l’enfant, la rapidité du diagnostic et la possibilité d’avoir accès à l’ensemble du dossier sont critiques. C’est particulièrement vrai pour le cancer, cause dans laquelle nous sommes très impliqués.

Quelles pistes d’action suggérez-vous en tant que père, en tant que citoyen et en tant que leader ?
La santé est ce qu’on a de plus précieux dans la vie. Environ 40 % des gens vivent avec une maladie chronique, et cette statistique s’applique aussi aux migrants. Il faut donc trouver une façon de les intégrer au système, et en particulier les tout-petits, en donnant une réelle visibilité à cet enjeu.

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