Changer souvent d'emploi, une bonne ou une mauvaise idée?

Publié le 01/10/2018 à 06:06

Changer souvent d'emploi, une bonne ou une mauvaise idée?

Publié le 01/10/2018 à 06:06

Certains sont de véritables «rebondisseurs professionnels»... Photo: DR

Il y a un terme qu’on voit apparaître de plus en plus souvent, ici et là, c’est celui de «job hopper». À ma connaissance, il n’a pas encore de traduction officielle, si bien qu’on pourrait imaginer quelque chose comme «rebondisseur professionnel» puisqu’il évoque la manie de certains à rebondir sans cesse sur le plan professionnel, en passant d’un employeur à l’autre à la vitesse de l’éclair.


Qui d’entre vous est vraiment un rebondisseur professionnel? Sachant qu’au Canada un salarié reste, en moyenne, 4 ans et demi à un même emploi, selon de récentes données du cabinet-conseil en ressources humaines Randstad, vous pouvez vous considérer comme tel à partir du moment où vos deux ou trois derniers emplois ont eu une durée inférieure à celle-ci. Si, par exemple, vous avez changé d’employeur à peu près tous les trois ans durant la dernière décennie, eh bien, oui, vous êtes un rebondisseur professionnel.


Maintenant, une question se pose, évidente : est-ce une bonne stratégie pour votre carrière que de changer aussi souvent d’emploi? Il se trouve que j’ai la réponse à cette interrogation, et elle risque d’en surprendre plus d’un. Regardons ça ensemble…


Le site d’emplois Indeed vient de mener un sondage à ce sujet à l’échelle du Canada. Il en ressort que les employeurs et les employés ont des visions totalement différentes du phénomène:


> Les employeurs détestent


– 27% des employeurs canadiens disent avoir une perception clairement négative des candidats ayant un historique d’expériences professionnelles brèves.


– 73% d’entre eux ont déjà fait le choix de ne pas recevoir en entretien d’embauche un candidat considéré comme un rebondisseur professionnel.


– 94% d’entre eux disent qu’il leur est déjà arrivé d’embaucher un rebondisseur professionnel et de s’en être mordu les doigts, car le départ rapide de celui-ci a eu un impact négatif sur leurs affaires (baisse subite de la productivité de l’équipe dans laquelle ils évoluaient,…).


> Les employés adorent


– 24% des employés ne voient pas ce comportement professionnel comme un signe de déloyauté envers l’employeur.


– 54% des employés estiment que les changements fréquents d’emploi démontrent une grande habileté à s’adapter à de nouveaux milieux de travail et à se sentir à l’aise dans le changement.


– 59% d’entre eux pensent que le fait de souvent rebondir permet d’acquérir de nouvelles compétences, lesquelles sont tout bénéfice pour leurs prochains employeurs.


– 20% de ceux qui rebondissent souvent reconnaissent, toutefois, que leur comportement leur a sûrement déjà nui, en ce sens qu’ils n’ont pas réussi à décrocher un emploi qui les tentait et pour lequel ils se sentaient qualifiés, en raison de «l’a priori négatif de l’employeur» à leur égard.


C’est clair, il y a une nette incompréhension entre les uns et les autres. Une incompréhension qui se résume par deux chiffres : les employeurs canadiens pensent que les nouveaux employés devraient passer au minimum 16 mois dans leur entreprise avant d’aller voir ailleurs alors que les employés pensent, eux, que 11 mois représentent une durée tout à fait acceptable.


Comment réconcilier ces deux visions, surtout en cette période de plein emploi, où les tentations sont fortes pour les employés d’aller d’un emploi à un autre, histoire, entre autres, d’améliorer à chaque bond leur niveau de vie?


Les experts d’Indeed ont creusé dans leurs données pour en dégager cinq recommandations visant à améliorer la rétention des employés :


1. Offrez un salaire vraiment compétitif


«52% des chercheurs d’emploi affirment qu’un salaire plus élevé est LA raison pour laquelle ils veulent trouver un nouvel employeur, notent-ils. Dans un marché du travail restreint, les employés ont de plus en plus de choix qui s’offrent à eux, alors prenez conscience des salaires offerts actuellement dans votre industrie et dans votre région afin de devenir vraiment compétitif.»


2. Concentrez-vous sur la croissance et le développement


«30% des chercheurs d’emploi disent le faire parce qu’ils ne voient aucune possiblité d’avancement au sein de leur entreprise actuelle. Investissez, donc, dans vos employés, en leur offrant des programmes de formation et des opportunités de développement, notamment en leur présentant un plan de carrière réaliste.»


3. Offrez davantage de flexibilité


«Aujourd’hui plus que jamais, les candidats désirent des conditions de travail flexibles. C’est bien simple, 43% des chercheurs d’emploi affirment que les horaires de travail flexibles sont un des facteurs les plus importants lorsqu’ils visent une nouvelle opportunité de travail. D’où l’importance d’œuvrer en ce sens pour l’ensemble de vos employés (horaires vraiment flexibles, télétravail,…).»


4. Instaurez une saine culture d’entreprise


«55% des chercheurs d’emploi ont déjà décidé de ne pas postuler à un emploi parce qu’ils croyaient que le culture d’entreprise ne leur conviendrait pas. Par ailleurs, 57% affirment qu’une saine culture d’entreprise a un impact significatif sur leur décision d’accepter une offre d’emploi. Autrement dit, il est aujourd’hui crucial d’adopter de bonnes valeurs, puis de les distiller intelligemment aus sein de votre organisation, si vous souhaitez attirer et retenir à vous les talents de demain.»


5. Récompensez comme il se doit vos employés


«Les employés ont besoin de se sentir reconnus, pour ne pas dire valorisés, au sein de leur entreprise. D’ailleurs, 41% des chercheurs d’emploi disent que les politiques de primes – ou toute autre forme de récompense, que ce soit à la performance ou aux efforts fournis – sont importantes à leurs yeux lorsqu’ils examinent une opportunité d’emploi. Plus d’autre choix, donc, d’œuvrer en ce sens pour un employeur désireux de voir ses affaires croître à l’avenir.»


Voilà. Leaders, éliminer d’emblée les candidats réputés être des rebondisseurs professionnels n’est pas une bonne idée, surtout en cette période de rareté grandissante des talents. Mieux vaut, de toute évidence, chercher à les transformer en employés à la fois comblés et fidèles, car, au fond, la plupart d’entre eux ne demandent rien de mieux…


En passant, le journaliste et écrivain français Jérôme Garcin a dit dans Les Livres ont un visage : «Il n’y a pas de liberté dans infidélité, pas de sincérité sans désobéissance».


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À propos de ce blogue

EN TËTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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