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Le dollar numérique déclaré hors-la-loi

François Remy|27 mai 2024

Le dollar numérique déclaré hors-la-loi

Les États-Unis veulent interdire à la Fed d’émettre sa propre monnaie numérique. (Photo: 123RF)

LES CLÉS DE LA CRYPTO est une rubrique qui décode patiemment l’univers de la cryptomonnaie et ses secousses boursières, industrielles et médiatiques. François Remy se donne pour mission d’identifier les entrepreneurs prometteurs, de décoder les progrès techniques et d’anticiper les impacts industriel et sociétal de cette monnaie numérique.

(Illustration: Camille Charbonneau)

LES CLÉS DE LA CRYPTO. Pas si vite cowboy ! Le projet de loi adopté jeudi dernier au Congrès américain interdit certes à la banque centrale des États-Unis d’émettre sa propre monnaie numérique. Mais cette offensive partisane des républicains, qui surfe sur la nouvelle stratégie crypto du candidat Trump, créerait un précédent mondial politiquement controversé.

«L’idée d’une monnaie numérique de banque centrale est plus qu’alarmante, elle est carrément antiaméricaine». Cette envolée lyrique, on la doit au whip de la majorité républicaine, Tom Emmer. Il s’en est fendu sur la plateforme X en partageant son passage sur Fox News, dans la foulée du vote intervenu à la Chambre des représentants américaine.

Un amendement lourd de conséquences à la loi sur la Réserve fédérale (Fed), qui régit le système bancaire des États-Unis, puisqu’il interdit à l’institution d’utiliser toute monnaie numérique de banque centrale (MNBC) pour mettre en œuvre la politique monétaire. Un vote partisan, nettement moins assis que celui de la veille sur la loi FIT21 (Financial Innovation and Technology for the 21st Century Act) établissant un cadre réglementaire pour le marché du bitcoin.

Seuls trois parlementaires démocrates se sont joints à cette fronde anti-dollar numérique emmenée par le «Grand vieux parti», contre une soixante-dizaine ralliant le projet d’infrastructure crypto.

 

Outil de contrôle des foules?

«Cette législation importante empêche les bureaucrates non élus de mettre en place un outil de surveillance financière visant à saper fondamentalement nos valeurs américaines», a déclaré le porte-drapeau Tom Emmer à Fox News, plaidant pour que la politique des États-Unis en matière de monnaie numérique reste entre les mains du peuple américain. «Afin que tout développement de la monnaie numérique reflète nos valeurs de confidentialité, de souveraineté individuelle et de compétitivité sur le marché libre. C’est ce dont la future économie numérique mondiale a besoin.»

Néanmoins, ce projet législatif «anti-MNBC» (CBDC Anti-Surveillance State Act) a encore un long chemin à parcourir avant de devenir loi. Et rien n’indique d’ailleurs que cet aboutissement se concrétise. D’abord parce que le projet devrait être voté au Sénat, tout en sachant que la moitié du Congrès n’y a pas le relais politique nécessaire. Ensuite, parce qu’il pourrait très bien faire l’objet d’un véto présidentiel.

Car cette loi anti-dollar numérique créerait une rupture sans précédent dans la capacité du gouvernement fédéral à réglementer l’écosystème des cryptomonnaies.

 

Simple stratégie (de communication) politique

Si les États-Unis voient leur banque centrale légalement privée de dollar numérique, la puissance économique mondiale deviendrait le premier pays, voire le seul, au monde à bannir les MNBC. Posture abrupte qui, a signalé l’opposition démocrate, risquerait de stopper la recherche et l’innovation fintech dans le secteur public.

Pour l’heure, le rare contre-exemple de MNBC de taille assez critique que pour être considéré n’est autre que le rival géopolitique du billet vert, le yuan. La Chine pousse de larges programmes pilotes, à grand renfort « d’argent gratuit » et de propagande monétaire sur les médias d’état. Pourtant l’adoption forcée ne se généralise que laborieusement. Les consommateurs chinois réservant la faveur de leurs usages aux alternatives d’argent numérique portées par les géants du web.

En tout cas, en cette année de scrutin présidentiel américain, la crypto a gagné son statut d’ordre du jour au programme politique. Un certain candidat se montre d’ailleurs de plus en plus défenseur.

«Je m’assurerai que le futur de la crypto et du bitcoin soit bâti aux États-Unis. Je soutiendrai le droit à l’autodétention. Aux cinquante millions de détenteurs de cryptos de la nation, je dis ceci: je garderai Elizabeth Warren (sénatrice démocrate et ferme opposante aux actifs numériques, ndla) et ses hommes de main loin de vos bitcoins, et je ne permettrai jamais la création d’une monnaie numérique de banque centrale», a annoncé Donald Trump lors d’un rassemblement libertarien à Washington cette fin de semaine.

Reste à savoir s’il s’agit d’un projet d’innovation politico-financière ou de promesses électoralistes aussi sérieuses que l’érection d’un mur anti-immigration avec le Mexique.

 

 

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