L'Amérique d'abord rapporte pour l'instant en Bourse

Publié le 04/06/2018 à 16:08

L'Amérique d'abord rapporte pour l'instant en Bourse

Publié le 04/06/2018 à 16:08

N’en déplaisent à ses partenaires commerciaux «l’Amérique d’abord» de Donald Trump, dont les mesures fiscales commencent à se faire sentir, redonne un peu de tonus à la Bourse américaine.


Avec un rendement total de 2,4%, le S&P 500 vient de connaître son meilleur mois depuis janvier et son meilleur mois de mai depuis 2009. 


Un ratio qui compare le S&P 500 à l'indice mondial MSCI atteint aussi un record, note Bloomberg.


Alors que certains voyaient dans la récente remontée du dollar et des obligations américaines un signe que les investisseurs nerveux se réfugiaient temporairement aux États-Unis parce que la planète économique tournait au ralenti, voilà que de plus en plus de voix constatent que l’économie américaine prend du mieux et attire de nouveau l’attention.


Go Home fait un retour


Une poignée de stratèges manifestent tout à coup un peu plus optimisme envers la possibilité que la Bourse américaine connaisse un autre élan.


Chez Credit Suisse, le stratège Jonathan Golub, coiffe même sa mise à jour de juin du sous-titre « Avons-nous sous-estimé les politiques de Trump? avec un graphique des plus récentes données économiques en page couverture.


Quant à l’économiste Ed Yardeni, il énumère une série d’arguments pour privilégier à nouveau les placements à saveur américaine (Go Home) plutôt que les secteurs et les titres plus arrimés à la croissance mondiale (Go Global) qu’il avait recommandé entre la fin de 2016 jusqu’à maintenant.


Les records historiques en série du Russell 2000 - l’indice américain associé aux titres à faible capitalisation moins internationaux - suggèrent que les paris américains gagnent en popularité.


Cet indice, qui s’apprécie depuis trois mois, a bondi de 7,3% depuis le début de l’année, soit trois fois plus que le gain du S&P 500.


Mai a été le meilleur mois pour les titres à faible capitalisation depuis septembre 2017.


Un autre de ses arguments: l’indice précurseur GDPNow de la Réserve fédérale d’Atlanta annonce une accélération à 4,8% au deuxième trimestre grâce aux dépenses des entreprises et des consommateurs.


Si cette prévision souvent révisée tenait, ce serait tout unredécollage pour l’économie américaine dont la croissance réelle (après inflation) tourne autour de 2% depuis la mi 2010, dans ce que les observateurs ont baptisé the «New Normal», écrit-il.


M. Yardeni cite aussi la création d’emplois ainsi que les records établis pour les heures travaillées et pour une mesure de la rémunération du secteur privé pour appuyer sa thèse.


Revenus et profits au rendez-vous


Bien que le stratège en chef Bank of America Merrill Lynch prêche la prudence à court terme, la stratège quantitative de la même institution croit que les perspectives des revenus et des profits pointent vers d’autres gains en Bourse.


Dans un rapport intitulé «Ce n’est pas comme ça que les marchés haussiers prennent fin», Savita Subramanian, souligne que le taux de révision à la hausse des bénéfices prévus reste dans le premier 7% de sa distribution historique, même s’il s’est modéré depuis le sommet du ratio en février.


«Au niveau percentile actuel, le ratio de révision des bénéfices est nettement au-dessus de sa moyenne à long terme de 0,87», précise-t-elle.


À court terme, un fort rang percentile est un meilleur signal pour la Bourse que ne l’est le niveau du ratio comme tel, explique la férue de statistiques.


La Bourse procure un rendement annualisé de 11% en moyenne dans les deux mois qui suivent un ratio de révision élevé.


Les États-Unis sont aussi la seule nation, à part le Japon, qui connaît une révision à la hausse des bénéfices, ce qui attire des capitaux, ajoute la stratège.


Signe que la baisse des impôts des entreprises n’est pas la seule bougie d’allumage, Mme Subramanian note que le taux de révision des revenus trône à un sommet de 14 ans.


Ce ratio de 1,69, qui compare la proportion des révisions à la hausse par rapport aux révisions à la baisse, dépasse celui de 1,52 pour les profits.


«Ce type de performance s’observe habituellement lors de la phase d’expansion à mi-chemin du cycle économique», dit-elle.


Plus d'actions, moins d'encaisse


Plus près de nous, Hugo Ste-Marie directeur de la stratégie quantitative de Banque Scotia, croit aussi que les aspects fondamentaux restent favorables pour les actions en dépit des manchettes alarmistes.


«Ce n’est pas le moment d’être insouciants, mais l’appétit du risque est bien en vie comme en témoignent les records des indices à faible capitalisation Russell 2000 et S&P 600», écrit-il, dans son premier rapport de stratégie depuis qu’il a remplacé le stratège de longue date Vincent Delisle.


Outre les forts indicateurs américains d’activité économique ISM, M. Ste-Marie cite aussi la persistance des prévisions à la hausse des profits et la remontée modérée de l’inflation et des taux à long terme parmi les facteurs bénéfiques pour les actions américaines, à court terme.


Le modèle tactique de la banque recommande d’accorder un peu plus de place aux actions en portefeuille à court terme, au détriment des obligations gouvernementales et de l’encaisse.


Le signal marque un renversement rapide puisqu’un mois plus tôt le modèle recommandait d’augmenter l’encaisse en portefeuille.


«L’encaisse et les placements en obligations sont susceptibles de prendre plus de place en portefeuille au cours des prochains mois, mais pour l’instant la trajectoire des indicateurs économiques, des profits et des taux militent pour un prolongement du cycle haussier», écrit-il.


Il est toutefois trop tôt pour affirmer avec assurance que les records du Russell 2000 sont un signal fiable d’autres gains.


Son appréciation pourrait tout simplement refléter une simple rotation à court terme de la part des investisseurs qui cherchent à éviter les perdants potentiels de la menace d’une guerre commerciale.


La valeur précurseure des périodes de performance supérieure de cet indice sont peu concluantes, a récemment rappelé Leuthold Group.


 

À propos de ce blogue

La Sentinelle de la Bourse se veut un blogue pour les investisseurs qui s¹intéressent aux rouages de la Bourse et aux marchés financiers. Son objectif : surveiller et débusquer des repères financiers pertinents pour prendre le pouls des Bourses et ainsi mieux aiguiller les décisions de placement de l¹investisseur.

Dominique Beauchamp
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