Recruter à l’ère de Tiktok


Édition du 06 Septembre 2023

Recruter à l’ère de Tiktok


Édition du 06 Septembre 2023

Par Catherine Charron

Mabko Construction se sert de TikTok et de Meta à la fois pour braquer les projecteurs sur ses services et pour promouvoir sa culture organisationnelle. (Photo: courtoisie)

RECRUTER À L'ÈRE DE TIKTOK. Campagne de recrutement sur TikTok, partage des coulisses de l’entreprise sur Instagram, dévoilement des bons coups du personnel sur LinkedIn : de plus en plus d’employeurs assument une présence forte sur les réseaux sociaux pour tisser des liens avec des candidats parfois passifs. Au bout de la ligne? Peut-être leurs futures recrues… Les Affaires fait le point sur l’évolution de la profession de recruteurs.

Pour parvenir à attirer des candidats qui se font toujours plus rares, les spécialistes du recrutement doivent dorénavant maîtriser bon nombre de compétences qui étaient autrefois l’apanage des spécialistes du marketing. Ceux qui ne s’attellent pas à la tâche pourraient bien se sentir rapidement dépassés, préviennent les experts consultés.

L’une des stratégies prometteuses que les recruteurs doivent emprunter aux experts de la commercialisation de produits et services en ligne, c’est le marketing d’attraction, communément appelé le inbound marketing.

Ainsi, les entreprises ou les recruteurs qui partagent les bons coups des employés, qui montrent les dessous de certains postes moins bien connus ou encore qui offrent un aperçu de la dernière activité de consolidation d’équipe plantent des graines dans la tête de candidats passifs qui naviguent sur les réseaux sociaux.

« Le jour où la personne sera “à boutte” de son emploi, elle va penser à nous en premier, car elle aura vu ce qu’on propose sur les réseaux sociaux. On aura tissé un lien », illustre Geneviève Dumas, stratège à sept24.

 

Adapter sa stratégie de contenu

Charlie Fernandez, président de Studio Réverbère, une agence de marketing spécialiste de l’environnement de Meta, estime que le recrutement correspond aujourd’hui à 30 % des mandats qui lui sont octroyés. « Les responsables des ressources humaines ont pendant longtemps eu de la difficulté à parler de marketing avec leurs homologues du volet commercial. Or, ils se soucient maintenant davantage de comment on articule des campagnes de recrutement sur les réseaux sociaux, qui vont plus loin que le “On est à la recherche de la perle rare”. C’est une bonne chose », affirme-t-il.

Même l’agence suit la tendance en adaptant depuis peu sa stratégie de contenu, puisque le tiers de ses publications est maintenant destiné à montrer les dessous de l’entreprise. Au cours des trois dernières années, cela ne figurait pourtant même pas à leur liste des priorités, souligne son patron.

Mabko Construction, une PME de Québec, l’a elle aussi bien compris. Depuis ses débuts, l’entrepreneur général se sert de TikTok et de Meta à la fois pour braquer les projecteurs sur ses services et pour promouvoir sa culture organisationnelle.

Jouant sur les stéréotypes souvent associés aux métiers de la construction, les employés semblent s’y amuser et mettent de l’avant la camaraderie qui les unit dans des vidéos qui reprennent des concepts populaires du moment.

Toutes les candidatures que l’entreprise reçoit proviennent uniquement des réseaux sociaux et du bouche-à-oreille, indique son chargé de projet et responsable de la création de contenu, Émile Pinel. « Les réseaux sociaux, c’est une façon d’hameçonner les candidats. Ensuite, quand quelqu’un est intéressé, on privilégie le contact humain, par un appel ou une rencontre. »

 

Vendre un produit de qualité

Afin de réellement profiter des attraits des réseaux sociaux pour attirer vers soi des candidats, encore faut-il présenter un produit de qualité, en l’occurrence une expérience employé séduisante. « Le Département de marketing ne peut l’inventer », précise Stéphanie Kennan, PDG de Bang Marketing.

Les recruteurs, devenus de réels vendeurs de la culture d’entreprise, s’assurent par la suite que le message circule et atteint les candidats potentiels. Ce message raisonnera davantage auprès d’eux s’il provient d’un employé et non d’une entreprise, rappelle le fondateur de Clark Influence, Nicolas Bon.

Les marques peuvent aussi faire bonne figure si elles savent faire preuve d’authenticité. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Mabko Construction s’en tire si bien sur les réseaux sociaux : l’esprit d’équipe y est fort et sa marque employeur est bel et bien attrayante.

« C’est facile de dire qu’on s’y sent comme dans une famille, mais je suis certain que vous auriez de la difficulté à trouver un employé qui dirait le contraire, assure Émile Pinel. C’est pour ça que les réseaux sociaux sont un atout pour nous. Ça se sent, cette authenticité. »

 

Le revers de l’abondance

Or, pour récolter les fruits du marketing d’attraction, les recruteurs doivent faire preuve de patience, cette stratégie n’étant pas tout à fait adaptée pour combler les besoins à court terme. « Ça me fait beaucoup penser aux difficultés qu’on a rencontrées à nos débuts pour convaincre les gens de l’attrait de l’inbound marketing pour attirer des clients. C’est la même logique. Les ressources humaines font un cheminement similaire », explique Stéphanie Kennan, de Bang Marketing.

Si les recruteurs doivent dorénavant maîtriser ces nouvelles compétences, c’est en partie parce que les équipes de marketing manquent de temps pour promouvoir à la fois les produits et les services ainsi que la marque employeur d’une entreprise, observe la présidente. Geneviève Dumas, de sept24, fait un constat similaire.

D’après Charlie Fernandez, cette transition est aussi le fruit de la numérisation du processus d’embauche. Dorénavant, les personnes responsables du recrutement doivent devenir des as de la gestion des bases de données.

En effet, le contenu organique et publicitaire diffusé sur les réseaux sociaux permet d’atteindre un plus large bassin de recrues potentielles que les offres d’emplois traditionnelles. Maîtriser la gestion de base de données permet donc de tirer profit du plus grand nombre de candidatures que ces plateformes peuvent générer, et ce, même si la qualité peut en pâtir.

Pour chaque candidature intéressante que Mabko Construction reçoit grâce à TikTok ou à Meta, cinq laissent plutôt à désirer.

Même s’il demeure convaincu des vertus des réseaux sociaux, le créateur de contenu Émile Pinel abonde dans le même sens. « Les gens lisent parfois vite la description ; on reçoit des candidatures des États-Unis ou de corps de métiers qu’on ne cherchait pas.»

Ainsi, pour chaque candidature intéressante que Mabko Construction reçoit grâce à TikTok ou à Meta, cinq laissent plutôt à désirer.

Celles-là ne sont pas perdues pour autant : le jour où l’entreprise développera l’expertise en question, il passera un coup de fil aux candidats qui lui auront déjà mentionné qu’ils souhaitaient se joindre à l’équipe. 

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