Non, votre employé n’est pas capricieux, il est migraineux

Publié le 06/03/2024 à 07:19, mis à jour le 06/03/2024 à 07:51

Non, votre employé n’est pas capricieux, il est migraineux

Publié le 06/03/2024 à 07:19, mis à jour le 06/03/2024 à 07:51

Par Catherine Charron

«Depuis 15 ans, j’en ai vu des chirurgiens ou des juges qui vomissent entre deux cas, de gens qui ont dû changer de job ou qui ont perdu leur emploi, mais tout ça avec peu de reconnaissance, rapporte la neurologue Elizabeth Leroux. (Photo: 123RF)

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RHÉVEIL-MATIN. Bien plus qu’un gros mal de tête, la migraine est une maladie neurologique parfois débilitante qui peut grandement nuire à la productivité et au développement de carrière des personnes qui en souffre. Cependant, cette condition est rarement prise au sérieux par les entreprises qui ont pourtant un rôle crucial à jouer dans le parcours de guérison de leur employé.

«C’est reconnu par l’OMS comme la première cause d’invalidité chez les moins de 50 ans. […] Comme c’est invisible, on s’en remet à la description de la personne, et il n’y a rien de plus facile que d’assumer qu’elle n’a rien et qu’elle souhaite simplement prendre une journée de congé», observe Elizabeth Leroux, neurologue spécialisée dans les céphalées - soit les maux de tête-, et les migraines.

Au contraire, les migraineux qui passent par sa clinique tentent tant bien que mal de continuer à travailler malgré leurs symptômes, rapporte celle qui participera au panel «Migraine, maux de tête et céphalées : une affaire de femmes?» organisé par la Fédération des médecins spécialistes du Québec le 8 mars 2024.

«Depuis 15 ans, j’en ai vu des chirurgiens ou des juges qui vomissent entre deux cas, de gens qui ont dû changer de job ou qui ont perdu leur emploi, mais tout ça avec peu de reconnaissance, rapporte-t-elle. J’ai un patient qui m’a déjà dit qu’il s’ennuyait de son cancer, car au moins à l’époque il était pris en charge.»

Initier ce changement de perception surtout auprès de la communauté d’affaires est l’un des chevaux de bataille de celle qui s’intéresse  à ce mal qui touche plus d’un Canadien sur 10, et trois fois plus de femmes que d’hommes.

«Chaque jour, j’entends des histoires d’horreur de patients qui attendent de voir des neurologues pendant deux ans et qui espèrent être simplement crus», ajoute la fondatrice de l’organisme Migraine Québec.

Encore peu encadré par le système de santé québécois, déplore-t-elle, ce mal invisible a d’importantes conséquences économiques. En effet, chaque année, le coût de la migraine chronique s’élève à 25 669$ par personnes en traitement et en perte de productivité, selon une étude canadienne parue en 2022.

 

Symptômes débilitants

Contrairement à un simple mal de tête, la migraine cause des céphalées fréquentes qui s’accompagnent de symptômes neurologiques comme une intolérance sensorielle, des nausées et des vomissements, ou encore des pertes visuelles, explique celle qui pratique à la Clinique Neurologique de Montréal.

On parle de migraine chronique lorsque ces épisodes surviennent plus de 15 jours par mois. D’après une étude menée en 2021 auprès de 1119 Canadiens migraineux, plus de la moitié des répondants tombaient dans cette catégorie.

«C’est un continuum de sévérité. Plus tu es atteint, plus ça aura un impact fonctionnel sur ta vie personnelle et professionnelle», indique Elizabeth Leroux.

Dans le milieu de travail, plusieurs facteurs peuvent contribuer au déclenchement d’une telle crise. L’éclairage à la D.E.L., certains stores aux fenêtres, des environnements visuellement chargés ou encore trop chauds, ou même l’odeur de parfum trop prononcé d’un collègue peuvent tous servir de bougie d’allumage à une migraine.

Idem pour les milieux de travail stressant ou émotionnellement exigeant.

«Une enseignante ne pouvait trop boire d’eau, car elle ne pouvait s’absenter et laisser sa classe seule. La déshydratation déclenchait des migraines. Les migraineux sont parfois vus comme capricieux. Pourtant, on ne dirait pas à un asthmatique qu’il l’est parce qu’il ne peut s’exposer à des pollens.»

C’est pourquoi la neurologue appelle à davantage d’éducation au sein des organisations et des responsables des ressources humaines. Non seulement cela permettra de reconnaitre et comprendre cette maladie neurologique, mais aussi d'apporter les accommodements nécessaires pour augmenter la productivité des personnes qui en souffrent.

L’employeur doit aussi offrir des régimes d’assurance qui couvrent ces traitements pour alléger ce fardeau financier, mais aussi donner accès à des soins difficiles à obtenir surtout pour les plus jeunes patients autrement en santé.

«Si vous avez des employés migraineux, il faut les encourager à consulter [ des professionnels de la santé …] et des ressources disponibles comme Migraine Québec, ajoute-t-elle. Au-delà des accommodations, on veut qu’ils guérissent. J’ai des patients qui ont des résultats de 50% à 75% avec les traitements, qui retournent sur le marché du travail ou à temps plein.»

Cette prise en charge est une évidence en pleine pénurie de main-d’œuvre, martèle-t-elle.

 

 

Télétravailler ou ne pas télétravailler, telle est la question qui cause des émois dans bien des entreprises.

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