IA au travail: «Sortons de ce déterminisme technologique»

Publié le 01/03/2024 à 07:14, mis à jour le 01/03/2024 à 08:56

IA au travail: «Sortons de ce déterminisme technologique»

Publié le 01/03/2024 à 07:14, mis à jour le 01/03/2024 à 08:56

Par Catherine Charron

Au cours de cet événement organisé par le Centre d’innovation en IA de SKEMA Canada où une cinquantaine de personnes du monde des affaires étaient conviées, la professeure titulaire à l'École de relations industrielles de l'Université de Montréal, Tania Saba a rappelé que l’organisation du travail peine à suivre l’évolution technologique. (Photo: courtoisie)

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RHÉVEIL-MATIN«On doit se sortir de ce déterminisme technologique. La technologie se crée, et ensuite on adapte les milieux de travail. Or, c’est là qu’on encaisse les biais, les effets sur la santé et la sécurité au travail. On doit avoir une approche beaucoup plus volontariste à leur élaboration.»

C’est l’un des principaux appels aux employeurs que Tania Saba, chercheuse et titulaire de la Chaire BMO en diversité et gouvernance, a fait lors d'une conférence sur l’intelligence artificielle (IA) et la pénurie de main-d’œuvre le 29 février 2024.

Au cours de cet événement organisé par le Centre d’innovation en IA de SKEMA Canada — un des bureaux satellites de l’école de gestion française — où une cinquantaine de personnes du monde des affaires étaient conviées, la professeure titulaire à l'École de relations industrielles de l'Université de Montréal a rappelé que l’organisation du travail peine à suivre l’évolution technologique.

«On a expérimenté pendant deux ans le télétravail. Au lieu d’apprendre de cette situation et de se demander comment on pouvait adapter nos processus de travail de demain, d'améliorer les systèmes sociaux et techniques, on s’est uniquement attardé aux horaires de présence», fait-elle remarquer.

La logique est la même avec l’IA. Et pour ce faire, les entreprises doivent prendre à bras le corps le chantier de l’expérimentation, faire des tests, lancer des projets de pilote. Le hic, constate Tania Saba, c’est que les organisations nord-américaines qu’elle étudie «détestent l’incertitude».

Ces transformations technologiques vont inévitablement muer, du moins en partie, les tâches accomplies par les employés, ce que les dirigeants doivent anticiper, notamment en adaptant leur manière d’évaluer leur performance.

Ces changements transformeront la nature de leur travail, et rares sont ceux qui en apprécient l’ampleur, outre les professionnels de la technologie, a-t-elle constaté dans une étude réalisée avec le Centre des compétences futures.

«Tant qu’on ne sait pas à quel point notre emploi va changer, il est difficile de s’investir pour aller chercher ces nouvelles compétences. Il y a tout un éveil qui doit se faire», dit-elle.

Toutefois, met-elle en garde, la culture de formation au Québec et au Canada est très en retard. «Les employeurs, surtout dans les petites organisations, se retrouvent devant un dilemme: même s’ils veulent investir de l’argent pour les former, ils ne savent pas sur quoi le faire, car ils n’ont pas fait de diagnostic sur la manière que les systèmes de travail vont évoluer.»

 

Réglementation nécessaire

Pour éviter les dérapes de la technologie, Tania Saba comme le président et chef de la direction du Conseil du patronat du Québec, Karl Blackburn, appellent à davantage d’encadrement.

«Il faut absolument s’inscrire dans le processus de changement de nos organisations. Sinon, on risque de passer à côté, soutient Karl Blackburn. L’encadrement législatif et réglementaire de l’IA mis en place par les gouvernements est essentiel, mais on doit se demander de quelle façon les employeurs peuvent sensibiliser à l’égard de ces éléments-là.»

Or, son adoption est déjà bien plus implantée en entreprise que semblent le croire les patrons, rapporte la directrice de SKEMA Canada, Madeleine Martins. Tandis que les dirigeants se demandent encore pour la plupart par quel bout prendre ce chantier, plus de 50% des employés expérimentent l’IA d’après une étude faite par KPMG pour son compte.

«De telles lois, c’est pour demain. Aujourd’hui, c’est aux employeurs de s’assurer que l’utilisation de l’IA est faite de manière éthique», dit-elle.

 

Télétravailler ou ne pas télétravailler, telle est la question qui cause des émois dans bien des entreprises.

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