WattByWatt: la révolution énergétique d’une start-up de Laval

Publié le 14/10/2022 à 16:40

WattByWatt: la révolution énergétique d’une start-up de Laval

Publié le 14/10/2022 à 16:40

Par Emmanuel Martinez

«C’est un minipanneau qui transfère l’énergie lumineuse en électricité. La magie c’est que cela marche à l’intérieur», explique Pierre Des Lierres, directeur du développement des affaires de WattByWatt. (Photo: Courtoisie)

Imaginez un futur dans lequel votre cellulaire se recharge simplement grâce à la lumière du jour ou d’une banale ampoule? Fini les piles ou les câbles de chargement pour les télécommandes, les détecteurs de fumée, les casques d’écoutes ou pour d’autres petits appareils électriques.

Ce futur est bien plus près que vous ne le pensez, selon la start-up WattByWatt de Laval qui y aménage une modeste installation de production, ainsi qu’un laboratoire de recherche et développement de 5000 pieds carrés.

Cette jeune pousse a mis sur pied des minicellules photovoltaïques de moins d’un centimètre carré qui génèrent jusqu’à 2 volts d’électricité en étant seulement placées dans un endroit éclairé.

«C’est un minipanneau qui transfère l’énergie lumineuse en électricité, explique en entrevue téléphonique Pierre Des Lierres, directeur du développement des affaires de WattByWatt. La magie c’est que cela marche à l’intérieur ou à l’extérieur par temps nuageux. Plus besoin du soleil.»

Les bénéfices de cette technologie qui «fonctionne très bien» sont immenses en matière environnementale.

«Cela évite de consommer de l’électricité, souligne-t-il. Si un portable bouffe 2 kilowattheures par année en chargement et qu’on multiplie cela par plus de 6 milliards d’appareils dans le monde, la réduction énergétique est significative.»

«Cela te permet de te débarrasser de tous les câbles pour les petits appareils et d’éliminer ou de réduire considérablement les piles ou les batteries de ces appareils», ajoute-t-il.

Et cette technologie pourrait par exemple être incluse dans tous les capteurs servant à l’internet des objets ou pour l’affichage électronique des prix dans les supermarchés.

Avantage concurrentiel

Pour développer ces cellules photovoltaïques, WattByWatt a réussi à créer une forme synthétique d’un minéral, la pérovskite. Sa technologie brevetée s’appelle «Perovton».

«On n’est pas les seuls au monde à avoir synthétisé de la pérovskite, mais on est capable de l’élaborer à une température ambiante dans un laboratoire ordinaire, déclare le porte-parole. Pas besoin de salle blanche qui coûte cher. Nos coûts de production sont donc beaucoup plus bas.»

Ce produit peut s’appliquer sur du plastique ou du verre pour créer les cellules qui transformeront la lumière en électricité.

La jeune pousse cogne à la porte de multinationales qui fabriquent des portables ou d’autres appareils électroniques pour qu’ils adoptent leur technologie. Les installations de Laval serviront ainsi de vitrine pour convaincre les Apple ou Sony de ce monde de la facilité de fabrication de ces cellules qui seraient très discrètes sur les appareils.

«On en fabriquera à Laval à petite échelle pour montrer comment cela pourrait être fait à grande échelle, mentionne Pierre Des Lierres. On n’a pas les capacités ni l’expertise pour en fournir des millions ou des milliards. On voudrait signer des contrats sous licence ou conclure un autre genre de partenariat avec de gros joueurs pour que notre technologie se répande.»

La PME se rendra ainsi au Consumer Electronic Show à Las Vegas en janvier et à Intersolar en Californie en février, afin de se faire connaître.

D’autres projets

WattByWatt vise aussi le créneau des panneaux solaires. Elle croit pouvoir mélanger la pérovskite synthétique avec du silicium pour les gros panneaux.

«Ce sera beaucoup moins polluant à produire que ceux seulement en silicone qui entrent dans la composition de 90% des panneaux solaires aujourd’hui, affirme-t-il. Ils seraient recyclables et pourraient fonctionner même lorsque c’est nuageux.»

Fondée en 2020 par quatre scientifiques de l’INRS et de l’École de technologie supérieure, la start-up développe aussi en parallèle des piles zinc-air qui pourraient supplanter celles en lithium, plus dommageables pour l’environnement.

Appuyée par l’OSBL Mitacs, cette jeune pousse a déjà récolté 4,5 millions de dollars en financement, mais elle désire en amasser 25M$ pour l’ensemble de ses projets à venir. «Les autres dans le monde ont plus de moyens que nous, mais l’aide à la recherche de Mitacs nous a permis d’avancer vite», précise Pierre Des Lierres.

Comptant sur une dizaine d’employés, elle doublera ses effectifs d’ici l’été avec la mise en service de son usine à Laval.

«On était que deux il y a un an, fait-il remarquer. On est vraiment devenu une entreprise et cela pourrait se transformer en filière. On est capable de développer une autre expertise au Québec qui n’est pas dans l’hydroélectricité.»

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