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Nécessaire aquaculture

Marina Soubirou|Mis à jour le 16 avril 2024

Nécessaire aquaculture

«L'aquaculture représente enfin une occasion favorable majeure de développement pour les communautés. Les investissements dans ce secteur en Norvège ont permis la création de plus de 4000 emplois entre 2010 et 2020.» (Photo: 123RF)

EXPERTE INVITÉE. L’aquaculture est un secteur économique en croissance qui pourrait nous permettre de contribuer efficacement à l’atteinte des objectifs de développement durable tels que définis par l’ONU. C’est également un atout clef dans l’incontournable période d’adaptation aux changements globaux qui s’amorce pour notre société.

 

Il est temps d’embarquer!

Le secteur aquacole a du vent dans les voiles depuis deux décennies. En 2022, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) soulignait ce constat dans son portrait de la situation mondiale des pêches et de l’aquaculture. La production aquacole mondiale a ainsi plus que doublé depuis le début du siècle. Élevage de poissons et de crustacés, production d’algues et de coquillages : les produits et les visages de l’aquaculture sont nombreux.

Selon la FAO, la production aquacole mondiale a atteint plus de 120 millions de tonnes, représentant près de 50% de la production totale de poissons destinée à la consommation humaine. En comparaison, en 2021 la production du Québec était estimée par Pêches et Océans Canada à 1425 tonnes. Notre marge de progression est considérable.

De l’autre côté de l’Atlantique, la Norvège est un champion mondial du secteur avec des productions annuelles avoisinant 1,5 million de tonnes, illustrant la viabilité économique de l’aquaculture à grande échelle. Au Canada, la Colombie-Britannique se distingue avec une production de plus de 96 000 tonnes en 2021, suivie par le Nouveau-Brunswick avec une production de près de 30 000 tonnes.

 

Une solution à de nombreux défis de durabilité

Les techniques aquacoles sont multiples. Les poissons peuvent ainsi être élevés en étang (poissons d’eau douce), dans des parcs en mer ou encore dans des bassins à terre. Toutes ces techniques ne se valent cependant pas du point de vue de leur durabilité. Les scandales liés à la pollution des eaux par des traitements vétérinaires donnés aux poissons élevés en parcs en mer ou encore les risques causés par les évasions de poissons d’élevage de ces parcs ont plusieurs fois fait les manchettes.

L’aquaculture en étangs ou en bassins terrestres permet de réduire ces risques. Ce sont ces techniques qui ont connu la croissance la plus forte ces dernières décennies et c’est une excellente nouvelle. Le risque de fuite de poisson y est virtuellement nul. Celui de contamination des eaux naturelles fortement affaibli, voire réduit à néant lorsque des systèmes de recirculation d’eau sont utilisés.

Tandis que les changements climatiques s’accélèrent, ils font peser une menace de plus en plus sérieuse sur notre souveraineté alimentaire. Selon la FAO, l’adaptation à cette nouvelle réalité passe par une transformation bleue de notre alimentation. L’aquaculture fournit une source stable et efficiente de protéines nutritives.

Dans un contexte local d’affaiblissement de certains stocks naturels tels que ceux de la crevette nordique ou du turbot, l’aquaculture est également une avenue de choix afin de pouvoir continuer à consommer des produits de la mer du Québec. Elle pourrait également permettre de pallier la pénurie d’appât, qui est une problématique majeure pour notre industrie des pêches.

Mieux encore, en faisant les bons choix, l’aquaculture peut avoir un impact positif significatif en matière climatique. L’algoculture peut ainsi jouer un rôle clé dans la purification de l’eau, la capture du carbone et la production de biomasse, contribuant ainsi à la durabilité de notre société.

L’aquaculture représente enfin une occasion favorable majeure de développement pour les communautés. Les investissements dans ce secteur en Norvège ont permis la création de plus de 4000 emplois entre 2010 et 2020.

 

Des occasions favorables pour le Québec

Au Québec, il reste beaucoup à faire. Nous avons toutefois certains atouts sur lesquels nous pouvons nous appuyer. Nos centres de recherches et nos institutions de formation ont par exemple déjà une expertise et des parcours dédiés au secteur, à l’image de la technique en aquaculture offerte à l’ÉPAQ en Gaspésie.

En outre, des expériences d’aquaculture terrestre existent, démontrant la possibilité de développer ces technologies durables sur notre territoire. Pour maximiser l’impact positif de l’aquaculture au Québec, il est en effet crucial de prioriser certaines espèces et techniques. L’aquaculture en bassins à terre offre ainsi des avantages environnementaux, réduisant les risques de pollution et de contamination.

Cette filière est une occasion de plus pour le Québec de renforcer son économie, sa résilience alimentaire et son développement. Devenir un fer de lance d’une économie bleue durable et prospère ne pourra se faire sans elle.

 

 

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