C2 Montréal: l'atelier où j'ai cocréé une course ultra en Haïti

Publié le 24/05/2018 à 13:02

C2 Montréal: l'atelier où j'ai cocréé une course ultra en Haïti

Publié le 24/05/2018 à 13:02

Une partie de notre équipe de feu. À droite, notre "crinqué en chef", le comédien Patrick Hivon

Julienne a 35 ans et 5 enfants. Elle réside au village de Baille Tourible, dans la commune de Thomonde, en Haïti. Dans son village, on vit principalement de l’agriculture. Mais on vit difficilement. Pourtant, ce n’est pas faute de projets ni d’idées. Avec un peu d’argent, chaque habitant démarrerait sa micro-entreprise, pour tirer davantage de sa production.

Mais où trouver cet argent? Et comment les habitants de Baille Tourible pourraient-ils se protéger des creux financiers qui reviennent constamment?

C’est ce que j’ai exploré ce matin, avec notre équipe de «crinqués», lors de l’atelier, «Design thinking humanitaire, au service des communautés » , à la conférence C2 Montréal.

Pendant une heure, nous avons cherché des solutions pour permettre à Julienne d’atteindre son potentiel et de voguer vers un avenir durable.

Avant de plonger, pour respecter les principes du design thinking qui est centré sur les besoins de l’utilisateur, nous avons été encadrés par les organisateurs de l’atelier, soit la fondation Kanpe, la firme de transformation numérique Talsom et l’animateur, Neils Billou, spécialiste du design thinking et cofondateur d’Humanos.

Ils ont partagé les témoignages et les observations recueillis au cours de la semaine qu’ils viennent se passer à Haïti. Nos solutions devaient tenir compte des constats suivants :

-La banque la plus proche de Baille Tourible se trouve à six heures de marche, l’accès au crédit est donc impossible;

-Les citoyens n’ont pas de véhicule;

-L’usage des cellulaires est impossible, il n’y a pas de réception;

-Baille Tourible est une communauté isolée;

-Les agriculteurs se trouvent au bas de la pyramide sociale, ils bénéficient de peu de considération. Devenir entrepreneurs changerait leur place dans la société;

-Les citoyens sont très ouverts aux regroupements et aux associations;

-Baille Tourible est située dans la montagne, elle est entourée d’un relief accidenté.

 On a brassé tout cela… et nous avons retenu les deux idées suivantes :

-il faut créer un fonds pour permettre aux habitants de financer leurs projets entrepreneuriaux;

-il faut créer un fonds pour assurer les périodes financières creuses. Une sorte de police d’assurance collective.

La question: comment financer ces deux fonds?

La réponse : en s’inspirant du problème.

La banque se trouve à six heures de route. Et si on en faisait une opportunité d’affaires…. Nous avons donc imaginé une course baptisée la «Haiti Bank Run» qui se déroulerait entre le village et la banque. Dans le style «ultra». Les participants pourront la compléter en vélo de montagne ou à pied. On imagine un public-cible venu du monde entier. Tous les habitués du circuit des courses extrêmes qui écument la planète à la recherche du plus gros rush d’adrénaline!

Ceux qui compléteront la course à vélo pourront faire don de celui-ci, après la compétition, aux citoyens de Baille Tourible.

Évidemment, le commanditaire principal de cette course extrême sera une institution financière ;-)

Les profits tirés de la première «Haiti Bank Run» financeront le démarrage des deux fonds mentionnés plus haut, soit le fonds de démarrage de micro-entreprises et le fonds collectif d’assurance. Comme il s'agit d'un événement récurrent, les profits contriburont chaque année à alimenter les fonds.

Les citoyens seront aussi appelés à contribuer à ces deux fonds individuellement, sur une base mensuelle et à la hauteur de leurs moyens.

Voilà.

Qui aurait cru en me levant ce matin que je contribuerais à inventer une nouvelle course ultra?

Je remercie mon équipe de crinqués, avec le crinqué en chef, le comédien Patrick Hivon, (Rumeurs, L’Échappée, Trauma, Le fils de Jean, Les Affamés, Faits divers).

 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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