Pourquoi Apple devrait acheter Disney

Offert par Les Affaires


Édition du 12 Novembre 2016

Pourquoi Apple devrait acheter Disney

Offert par Les Affaires


Édition du 12 Novembre 2016

Ce scénario fait rêver de nombreux financiers de Wall Street depuis plusieurs années, mais il apparaît aujourd'hui plus logique que jamais: et si Apple(AAPL, 108,84 $ US) et Disney (NY., DIS, 92,45 $ US) unissaient leurs destinées?


Un mariage entre deux des marques les plus appréciées des consommateurs constituerait non seulement un happy ending digne des contes de Disney, mais il semblerait également très favorable sur les plans stratégique et financier.


Les arguments en faveur d'une telle transaction sont multiples. Le principal, à mon avis, est la nécessité pour Apple de trouver un nouvel élan de croissance qui ne repose pas sur un énième miracle technologique. La société cofondée par feu Steve Jobs a réussi plusieurs coups de circuit au cours de la dernière décennie, mais sa capacité de rééditer des exploits semblables à ceux de l'iPhone semble désormais plus limitée.


Pour la première fois depuis 2001, Apple a vu ses revenus annuels décliner au cours de l'exercice qui s'est terminé en septembre. Les recettes tirées de la vente de son produit phare, l'iPhone, ont reculé de 13 % au quatrième trimestre. Même si les analystes prévoient que les ventes de ses téléphones devraient renouer avec la croissance au cours du prochain exercice, la progression des revenus à long terme sera inférieure à 5 %, anticipe Brian Colello, de Morningstar.


Dans un contexte où le marché du téléphone intelligent est parvenu à maturité et où Apple peinera à s'imposer de façon aussi magistrale que par le passé avec ses nouveaux produits, la première capitalisation boursière du monde doit envisager une acquisition majeure qui lui permettra de faire croître ses revenus pendant plusieurs années.


De nombreux atomes crochus


Disney ferait une fiancée idéale pour Apple. Les deux entreprises sont complémentaires et partagent une culture similaire. Elles sont déjà intimement liées, puisque Robert Iger, président de Disney, siège au conseil d'administration d'Apple depuis cinq ans.


La relation entre Disney et Apple remonte loin avant cette nomination. Steve Jobs a vendu Pixar à Disney pour 7,4 milliards de dollars américains en 2006. Le cofondateur d'Apple est du coup devenu le principal actionnaire de Disney et a accédé au conseil d'administration de cette dernière. MM. Jobs et Iger ont entretenu une étroite relation et ont contribué au succès mutuel de leurs produits. Disney a, par exemple, été un des premiers grands groupes médiatiques à s'allier à Apple pour offrir des films, des émissions de télé et de la musique sur iTunes.


Vendre Disney à Apple réglerait aussi le problème de relève à la tête du géant du divertissement. M. Iger vise prendre sa retraite en juin 2018. Or, depuis le départ abrupt de son dauphin Tom Staggs en avril, le conseil d'administration de Disney cherche «le» candidat qui saura chausser les grands souliers de son pdg vedette.


Si Apple peut trouver en Disney une nouvelle locomotive de croissance, l'inverse est aussi vrai. Le conglomérat des médias et des parcs d'attractions affronte des vents contraires qui brouillent ses perspectives. La transformation du marché publicitaire mine en effet les revenus de ses chaînes de radio et de télé câblées. Son joyau, la chaîne sportive ESPN, souffre de la migration des abonnés vers des forfaits télé allégés, quand ce n'est pas un désabonnement complet au câble. La firme de recherche Nielsen a d'ailleurs indiqué le 4 novembre qu'ESPN avait perdu 621 000 abonnés en un mois, un chiffre remis en doute par la direction de Disney.


Reste que Disney doit accélérer son offensive sur les nouvelles plateformes. Elle vient de prendre une participation de 33 % dans BAMtech, afin d'avoir accès à la technologie qui lui permettra de diffuser du contenu d'ABC et d'ESPN directement aux consommateurs. Mais en s'alliant avec Apple, Disney ferait un pas de géant pour passer des câblodistributeurs traditionnels vers les plateformes de diffusion en ligne.


Le patron de la maison de Mickey a clairement mentionné lors de sa participation à un événement du Boston College Chief Executives Club le mois dernier que le contenu n'était plus roi, les canaux de distribution étant tout aussi cruciaux. «Disney, ABC, ESPN, Pixar, Marvel, Star Wars et Lucasfilm... c'est bien beau d'avoir tout ça, mais dans le monde actuel, c'est presque insuffisant, sauf si vous avez un accès direct à vos clients», a dit M. Iger. Imaginez aussi à quel point Apple serait heureuse de compter sur les marques emblématiques de Disney pour concrétiser ses ambitions dans le secteur de la télé !


Les doutes à l'égard du potentiel de croissance de Disney rendent par ailleurs son évaluation plus attrayante pour un éventuel acquéreur. Le titre se négocie à 16,7 fois le bénéfice réalisé au cours des 12 derniers mois, un multiple inférieur à celui accordé au marché dans son ensemble (19,4) et à sa moyenne annuelle de 19,3 des quatre dernières années. Selon l'analyste spécialisé dans les médias Anthony DiClemente, de Nomura, l'évaluation accordée à Disney frise un creux historique.


Apple est aussi une des rares entreprises qui disposent du bilan pour absorber Disney. Au terme du plus récent trimestre, ses liquidités s'élevaient à plus de 237 G$ US. En offrant une prime de 20 % par rapport au cours actuel, l'entreprise dirigée par Tim Cook devrait allonger environ 200 G$ US, si on inclut la dette de 20 G$ US de Disney.


Pleins de bonnes raisons... sauf celle de spéculer


Même s'il y a une foule de bonnes raisons d'associer les univers d'Apple et de Disney, le film est loin d'être écrit d'avance. Apple n'a jamais réalisé d'acquisitions d'une telle envergure. Sa plus imposante à ce jour est celle du fabricant d'écouteurs Beat Electronics, pour 3 G$ US, en 2014.


Une telle transaction se heurterait aussi certainement à de nombreuses barrières réglementaires. Les probabilités qu'Apple achète Disney n'ont probablement jamais été aussi élevées, mais il est sage d'éviter toute spéculation, compte tenu des facteurs qui peuvent faire dérailler ce scénario.


L'acquisition proposée de Time Warner par AT & T pourrait lancer une vague de transactions dans les médias


> Les deux entreprises (Apple et Disney) partagent une culture similaire ;


> Robert Iger siège au conseil d'administration d'Apple depuis cinq ans ;


> Laurene Powell Jobs, veuve de Steve Jobs, est le principal actionnaire de Disney, avec une participation de 7,8 %¹.


Mais...


> Apple n'a jamais réalisé d'acquisition majeure ;


> La croissance de Disney ralentit ;


> Les autorités de réglementation pourraient refuser une telle transaction.


¹ Source : ValueLine

À propos de ce blogue

Après près de 16 années passées au journal Les Affaires, dernièrement en tant que chef de publication pour lesaffaires.com, Yannick Clérouin a rejoint en mars 2018 la société de gestion de portefeuilles Medici.

Yannick Clérouin