Le pessimisme ne vous rendra jamais riche

Offert par Les Affaires


Édition du 09 Mars 2016

Le pessimisme ne vous rendra jamais riche

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Édition du 09 Mars 2016

Photo: Shutterstock

S'il y a un seul élément à retenir de l'excellente lettre annuelle que Warren Buffett vient de présenter à ses actionnaires, c'est son optimisme légendaire à l'égard de la Bourse et du monde des affaires. Cet état d'esprit, impopulaire dans la population en général, est un ingrédient essentiel de la recette pour s'enrichir à long terme.


Ceux qui connaissent bien le grand patron de Berkshire Hathaway (NY, BRK.B) savent qu'il affiche depuis longtemps un optimisme inébranlable, mais cela m'a semblé encore plus marquant cette année, alors que le pessimisme règne dans le monde.


M. Buffett a témoigné sa confiance envers la machine économique américaine. «Cela a été une terrible erreur de parier contre l'Amérique depuis 240 ans, et il n'est pas propice de commencer à le faire. La poule aux oeufs d'or de l'innovation et du commerce continuera de pondre des oeufs plus nombreux et plus grands», a notamment dit l'oracle d'Omaha.


Il a aussi rappelé aux investisseurs qu'ils sont certains de s'enrichir, à condition de conserver un portefeuille de placements bien diversifié sur une longue période. «Aux États-Unis, les rendements obtenus grâce aux investissements gagnants ont nettement plus que compensé les pertes occasionnées par les investissements perdants.» Au 20e siècle, a-t-il précisé, l'indice Dow Jones est passé de 66 à 11 497, et les entreprises qui en font partie ont continuellement versé des dividendes croissants.


Cette dose d'optimisme ne pouvait arriver à un meilleur moment. Elle sert en effet d'antidote aux scénarios catastrophes qui nous sont injectés à profusion depuis l'été dernier, parce que la Bourse a brassé un peu plus que dans les dernières années, que le pétrole a chuté et que l'économie chinoise a ralenti. Cette ambiance fait des ravages chez les investisseurs individuels, en les incitant à prendre de coûteuses décisions sous le coup de l'émotion.


Le culte du pessimisme


La plupart des gens accordent davantage d'importance aux commentateurs qui véhiculent des messages pessimistes qu'à ceux dont le ton est positif, comme Warren Buffett.


Tom McClellan, éditeur de The McClellan Market Report, illustrait à la mi-février un intéressant paradoxe. La maison de sondage Gallup demande régulièrement à des Américains s'ils jugent que les conditions économiques s'améliorent ou si elles se détériorent. Pour la majeure partie de la période allant de 1997 à aujourd'hui, l'économie américaine a été en croissance, tout comme la Bourse. Pourtant, la plupart du temps, les personnes sondées se sont dites pessimistes à propos des perspectives économiques.


Pourquoi le pessimisme est-il si dominant ?


Morgan Housel, analyste chez Motley Fool, s'est penché sur ce phénomène. Même s'il y a une foule de choses qui s'améliorent pour une majorité des gens, le pessimisme est non seulement plus répandu que l'optimisme, mais il paraît plus brillant. «On accorde plus d'attention aux pessimistes qu'aux optimistes, qui sont souvent vus comme des naïfs inconscients», écrit M. Housel dans une note.


Il y a plusieurs raisons susceptibles d'expliquer la force du côté obscur. La première réside dans le fait que le tort causé par une perte est deux fois plus important que l'utilité retirée d'un gain de montant équivalent, comme l'a démontré Daniel Kahneman, un spécialiste de la finance comportementale. La manchette évoquant une possible chute de 75 % de la Bourse retient donc bien plus notre attention que celle indiquant que les marchés offriront un rendement décent.


Le pessimisme nous interpelle aussi davantage parce qu'il requiert une action, dit M. Housel. L'optimisme suggère de ne pas s'inquiéter, de maintenir le cap, et que tout finira par rentrer dans l'ordre. Ce qui ne nécessite aucune intervention. C'est le contraire de la voie pessimiste, qui nous force à agir pour fuir le risque. Donc, de vendre des placements.


Des psychologues ont pourtant démontré que les pessimistes surestiment les risques et sous-estiment les occasions.


Le grand succès de Warren Buffett nous enseigne cependant qu'une attitude optimiste est la clé pour s'enrichir. Sans faire fi des risques, l'homme de 85 ans cherche avant tout à profiter des occasions qui se présentent pour acheter des actifs de grande qualité à bon prix, même dans les périodes de grande déprime.


L'attrait de la vente à découvert


Curieusement, pendant que le sage d'Omaha mise sur l'avenir, bien des investisseurs se laissent séduire par la vente à découvert. Trois lecteurs m'ont récemment posé des questions à propos de cette démarche qui consiste à tenter de profiter de la baisse d'un titre pour empocher des gains. Amine, un étudiant, veut notamment connaître mon avis à propos de cette stratégie.


À mes yeux, il est bien plus difficile de faire de l'argent en misant sur la baisse potentielle d'un titre que sur son appréciation à long terme. Même si vous avez raison d'anticiper le recul d'une action, rien ne garantit que votre scénario se concrétisera. Comme l'a déjà dit M. Buffett, vous risquez de vous trouver à court d'argent avant que les promoteurs d'un titre ne soient à court d'idées pour le faire monter.


Parlez-en à Bill Ackman. Trois ans après avoir lancé une campagne soutenant que Herbalife (NY, HLF) était un système de ventes pyramidales, il pourrait devoir bientôt concéder la victoire à l'entreprise. Le pari de 1 milliard de dollars sur la baisse du titre a jusqu'ici été un échec notable pour l'investisseur activiste.


Suivez Yannick Clérouin sur Twitter @Clerouin_Inc

À propos de ce blogue

Yannick Clérouin est chef de publication pour LesAffaires.com et le cahier Investir du journal Les Affaires. Passionné d'investissement, il est également chroniqueur boursier et se donne pour mission d'aider les investisseurs à long terme à s'enrichir. Yannick a été journaliste pour la section Investir dès son arrivée chez Les Affaires, en mai 2002. Il a débuté sa carrière chez Webfin.com, aujourd'hui Argent, où il a notamment lancé la première radio financière québécoise sur Internet. Il a obtenu un baccalauréat en journalisme à l'Université du Québec à Montréal, un diplôme du cours sur les valeurs mobilières au Canada de l'Institut canadien des valeurs mobilières, et a suivi plusieurs cours de finance.

Yannick Clérouin
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