Autre année de surperformance en vue pour la Bourse américaine

Offert par Les Affaires


Édition du 12 Décembre 2015

Autre année de surperformance en vue pour la Bourse américaine

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Édition du 12 Décembre 2015

Photo: Shutterstock

L'élan haussier de la Bourse américaine devrait se prolonger pour une huitième année en 2016, malgré un mur d'inquiétudes à franchir. Contrairement à plusieurs stratèges canadiens, je prévois que la Bourse de Toronto restera à la traîne de New York pour une sixième année consécutive.


D'entrée de jeu, je tiens à préciser que mes attentes au chapitre du rendement sont modestes : l'indice phare américain, le S&P 500, devrait s'apprécier tout au plus de 5 %.


Le spectre d'une hausse des taux


De nombreux observateurs affirment que le marché haussier actuel est «fatigué», qu'il a dépassé la moyenne des autres périodes positives ou qu'il est mûr pour une saine correction. C'est sans compter les financiers, selon qui la Bourse affronte de nombreux obstacles qui risquent de se traduire par un recul des indices américains en 2016.


Jeffrey Hirsch, auteur de la lettre financière «Stock Trader's Almanac», signale par exemple que la huitième année de règne d'un président américain est la pire période de 12 mois pour les Bourses depuis 1920. Le S&P 500 et le Dow Jones ont fléchi en moyenne de 10,9 % et de 13,9 % respectivement lors de ces années.


Il est vrai que de nombreuses épées de Damoclès pendent au-dessus des marchés américains : croissance économique lente, instabilité géopolitique, dollar fort qui nuit aux exportations et, surtout, début du cycle de resserrement des taux d'intérêt...


Brian Belski, stratège de BMO Marchés des capitaux, entrevoit que le S&P 500 reculera l'an prochain pour la première fois depuis 2008, entre autres parce que le début de la hausse des taux aux États-Unis sera difficile à avaler pour les investisseurs. Il anticipe un recul de 6 % pour l'indice phare américain, en fonction de la cible de 2 250 points qu'il a établie pour la fin de 2015.


Credit Suisse a récemment réduit sa cible pour le S&P 500 à 2 150, ce qui se traduirait par un rendement presque nul ou légèrement négatif, notamment à cause du relèvement des taux et de la déflation exportée par la Chine.


Encore plusieurs locomotives


Il est fort probable que tous ces facteurs freinent l'élan des Bourses, mais il y a encore plusieurs locomotives assez puissantes pour tirer les indices en avant.


Même si la Réserve fédérale américaine resserre les conditions de crédit, elle le fera de façon progressive pour éviter de mettre la croissance en péril. Les multinationales américaines devraient également profiter d'une reprise des économies chinoise et européenne, où les autorités mettent en oeuvre des politiques musclées pour soutenir la croissance.


Un autre facteur peu mentionné, mais qui aidera l'économie américaine, est la hausse des salaires. Wal-Mart (NY, WMT), principal employeur aux États-Unis, relèvera pour une deuxième année de suite le salaire minimum de ses employés en 2016.


La croissance des bénéfices devrait atteindre 8 % l'an prochain, selon les calculs réalisés à partir du PIB par Sam Stoval, stratège en chef des actions américaines chez S&P Capital IQ.


Si on se fie à la prévision médiane des analystes sondés par Bloomberg, le S&P 500 se négocie à un peu moins que 17 fois le bénéfice par action de 128 $ US anticipé pour 2016. Il s'agit d'une évaluation supérieure à la moyenne historique.


Attention, les prévisions sont affaiblies par la chute de rentabilité du secteur pétrolier. En excluant ce secteur, l'évaluation paraît plus raisonnable.


Un autre facteur à considérer : la possibilité que les investisseurs accordent aux actions une évaluation plus généreuse. Jonathan Golub, stratège chez RBC Marchés des Capitaux, affirme qu'une augmentation des taux d'intérêt peut se traduire par une hausse des ratios cours/bénéfice.


Gardons aussi à l'esprit que de nombreuses entreprises continueront de surfer sur les rachats d'actions. Ces rachats font bondir le bénéfice par action, même si le bénéfice total reste inchangé. Croulant sous les liquidités et bénéficiant des faibles taux d'emprunt, Apple (Nasdaq, AAPL), Microsoft (Nasdaq, MSFT), Nike (NY, NKE) et d'autres géants américains devraient continuer de réduire à un rythme élevé le nombre de leurs titres en circulation.


En ajoutant à cela le rendement du dividende, qui est de 2,46 % en moyenne pour les sociétés du Dow Jones, cela devrait procurer un rendement décent aux grandes entreprises.


L'«inévitable» rebond des ressources


Plusieurs stratèges parient sur un rebond de la Bourse canadienne en 2016.


Une reprise modeste de l'économie chinoise et une valorisation plus généreuse accordée aux producteurs de matières premières devraient contribuer à revigorer l'économie du pays, dit-on. Oui, un rebond des titres des producteurs de ressources naturelles est possible. Mais atteindrons-nous l'an prochain le fond du baril pour les producteurs d'énergie et de matériaux, qui représentent 28 % du S&P/TSX ? Cela demeure nettement spéculatif.


Le sort de Toronto reste aussi lié au secteur financier. Or, compte tenu de l'état de l'économie canadienne et des perspectives modestes du marché immobilier, on ne peut pas s'attendre à des miracles de ce côté non plus. Le pdg de la Banque Royale (Tor., RY), David McKay, a récemment dit s'attendre à une année difficile en 2016 pour les banques du pays.


L'indice principal de Toronto ne pourra pas non plus compter sur son ancien joueur étoile, Valeant Pharmaceuticals (Tor., VRX), à moins qu'il ne sorte du banc des punitions. J'en doute, car bien des investisseurs ont été échaudés.


Hors des ressources et des financières, on peine à dénicher des aubaines parmi les entreprises les plus rentables. Les détaillants Alimentation Couche-Tard (Tor., ATD.B), Metro (Tor., MRU) et Dollarama (Tor., DOL), par exemple, sont des refuges que les analystes jugent comme bien évalués.


Cela dit, le TSX devrait bénéficier de la vigueur des constructeurs automobiles et de leurs sous-traitants, comme Magna International (Tor., MG). Les firmes d'ingénierie pourraient aussi profiter des programmes d'investissement promis par le gouvernement Trudeau.


Je suis toutefois loin d'être aussi optimiste que certains autres stratèges, dont les cibles vont jusqu'à 15 500 points pour le TSX. Cela équivaut à un rendement de 18 % au moment d'écrire ces lignes.


Tenter de prévoir le rendement du TSX est périlleux étant donné les nombreuses cibles mouvantes, dont le prix du pétrole, fortement secoué en décembre. Mais il me semble probable que le principal indice canadien baisse pour une deuxième année consécutive. Aux fins de l'exercice, je me risque à prédire un recul de 2 % à 5 %.


Bonne année 2016, santé et prospérité à tous mes lecteurs.


Des facteurs favorables et défavorables à la poursuite du marché haussier


Facteurs favorables


> Le marché de l'emploi américain est solide ;


> Des salaires à la hausse aux États-Unis, des consommateurs qui dépensent plus ;


> Accélération de la croissance en Europe ;


> Faible probabilité de récession aux États-Unis ;


> Le marché de la construction américain prend de la vigueur.


Facteurs défavorables


> Resserrement possible des taux d'intérêt ;


> Année présidentielle aux États-Unis ;


> Croissance économique relativement faible ;


> Évaluation des actions assez élevée ;


> Instabilité géopolitique ;


> Le dollar américain fort nuit aux exportations.


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À propos de ce blogue

Après près de 16 années passées au journal Les Affaires, dernièrement en tant que chef de publication pour lesaffaires.com, Yannick Clérouin a rejoint en mars 2018 la société de gestion de portefeuilles Medici.

Yannick Clérouin

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