Vous profitez de plusieurs avantages face aux grands gestionnaires de portefeuille

Publié le 22/01/2016 à 16:03

Vous profitez de plusieurs avantages face aux grands gestionnaires de portefeuille

Publié le 22/01/2016 à 16:03

Je considère que l'investisseur autonome, celui que l'on appelle communément «le petit investisseur», possède un grand avantage par rapport aux gestionnaires de portefeuille : il agit davantage comme un investisseur que comme un gestionnaire de portefeuille professionnel. Bien sûr, je fais référence à l'investissement boursier à long terme et non pas à celui de stratégies plus spéculatives ou complexes telles que l'arbitrage ou qui impliquent les options.


De fait, l’impression selon laquelle le gestionnaire d’une grande caisse de retraite jouit d’avantages imposants face au petit investisseur est à mon avis totalement sans fondement. Les gens ne voient pas comment le petit investisseur pourrait faire concurrence à de grands fonds aux ressources financières substantielles, qui ont une armée d'analystes à leur emploi, ont accès aux meilleures bases de données et aux sources les plus branchées sur ce qui se passe dans l’industrie.


Il est vrai qu’en théorie, les investisseurs institutionnels devraient obtenir de meilleurs rendements que les petits investisseurs. Ils ont toutefois un grand désavantage par rapport à ces derniers, celui d’avoir à composer avec la «pression institutionnelle». En effet, la plupart des gestionnaires de portefeuille des grandes institutions sont payés pour battre les marchés à relativement court terme. Alors qu’ils devraient normalement investir sur un horizon de 10, 30, voire 50 ans, ce qui s’aligne mieux avec l’horizon de placement des sociétés d’assurance-vie ou des grandes caisses de retraite, leur rémunération est souvent fondée sur leur performance relative aux indices boursiers année après année.


De plus, comme le proverbial gestionnaire d’entreprise qui ne perdra jamais son poste pour avoir acheté des équipements IBM, les gestionnaires des grandes institutions ont tendance à acheter les mêmes titres que la plupart des autres gestionnaires. Ils visent souvent à limiter le plus possible les écarts de performance du portefeuille qu’ils gèrent par rapport à leurs indices de référence, ce qui les incite à acheter la plupart des titres de cet indice (voir mon blogue qui traite de ce sujet à propos de Valeant). Aussi, ces gestionnaires qui gèrent souvent des centaines de M$ voire des G$ ne peuvent se permettre d’investir dans des sociétés plus petites et se limitent aux plus grandes.


Cette pression institutionnelle ne touche pas l'investisseur autonome. Voici quelques exemples d'avantages dont jouit l'investisseur autonome:


- L’autonomie procure une plus grande flexibilité. Le fait de ne pas se comparer aux indices boursiers est un grand avantage à long terme. De fait, un investisseur devrait comparer sa performance aux indices sur de longues périodes, par exemple 5 ou 10 ans, et non pas sur des trimestres.


- Il peut investir dans de plus petites sociétés. Même si les risques sont plus élevés que dans les grands «blue chips», ces titres offrent souvent plus de potentiel de croissance et sont généralement moins connus.


- Il n’a pas de comptes à rendre. Il peut concentrer son portefeuille dans un nombre relativement restreint de sociétés triées sur le volet, même si une telle stratégie crée une plus grande volatilité à court terme.


- Il ressent moins la nécessité de transiger, d'être actif.


- Il n’est pas restreint dans ses choix de placement par des motifs politiques ou sociaux.


- Il ne ressent pas de pression sur sa performance à court terme. Par exemple, il ne se sent pas incité à prendre des risques élevés pour battre le marché au prochain trimestre.


- Il n'a pas à se soucier de la possibilité que les souscripteurs du fonds qu'il gère retirent massivement leur argent au cours des prochains mois.


- Il n’a pas de boni ou son poste de gestionnaire ne dépend pas du rendement qu’il obtiendra au cours des prochains mois, du prochain trimestre ou de la prochaine année.


En somme, il est à mon avis faux de croire que le petit investisseur ne peut pas se battre contre les gestionnaires de grandes caisses de retraite. La totale liberté d’action qui est la sienne compense en grande partie les moyens de recherche plus limités dont il dispose.


Philippe Le Blanc, CFA, MBA


À propos de ce blogue : Philippe Le Blanc est président et chef des placements chez COTE 100, une boutique de gestion de portefeuilles. Il est également éditeur de la Lettre financière COTE 100, publiée depuis 1988.


 

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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