Les jeunes, frileux en placement

Offert par Les Affaires


Édition du 16 Août 2014

Les jeunes, frileux en placement

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Édition du 16 Août 2014

Je suis tombé en bas de ma chaise en lisant le rapport «Think you know the Next Gen investor ? Think again1» sur un récent sondage effectué par la firme UBS auprès de 1 000 millenials, ou membres de la génération Y. On parle ici de la génération née entre le début des années 1980 et le début des années 2000. Les personnes visées par le sondage d'UBS ont de 21 à 36 ans.


La réponse à la première question est celle qui m'a le plus étonné. En effet, selon le sondage, le portefeuille des membres de la génération Y sondés par UBS est constitué à 52 % de liquidités. Ce pourcentage est également important chez les autres investisseurs sondés, les «non-millenials», mais il est sensiblement moins élevé que chez les millenials (23 %). En outre, ces derniers n'ont que 28 % de leurs investissements dans le marché boursier par rapport à 46 % pour les autres investisseurs.


Comment est-ce possible ? Les jeunes ne devraient-ils pas être ceux qui sont prêts à prendre le plus de risques, si on prend en considération le fait qu'ils ont de nombreuses années d'investissement devant eux ?


En y réfléchissant, on peut comprendre pourquoi ces jeunes investisseurs sont si prudents dans leurs investissements. En effet, nombre d'entre eux ont connu l'éclatement de la bulle techno du début des années 2000 et, ce qui est encore plus important, la crise financière de 2008. Dans bien des cas, non seulement associent-ils la Bourse au risque de perdre une partie importante de leur capital, mais ils ont l'impression que le système financier et le monde des affaires sont corrompus.


Une grave erreur


J'estime pour ma part que le fait de détenir une si importante partie de son portefeuille en liquidités est une grave erreur pour tout investisseur, mais encore plus pour ceux dont l'horizon de placement est très éloigné. S'il est vrai que l'encaisse ne peut pas perdre de valeur en termes absolus, conserver un niveau de liquidités aussi élevé condamne ni plus ni moins l'investisseur à perdre son pouvoir d'achat à long terme.


Dans le rapport annuel 2011 de Berkshire Hathaway, Warren Buffett propose sa propre définition du risque d'un investissement :


«Le niveau de risque d'un investissement n'est pas mesuré par le coefficient bêta (une mesure de sa volatilité), mais plutôt par la probabilité que cet investissement causera une perte de pouvoir d'achat à son propriétaire au cours de sa période de détention.»


Selon cette définition, les investissements supposément très prudents tels que les liquidités, voire les obligations, deviennent particulièrement dangereux à long terme. Présentement, un compte d'épargne chez Tangerine (l'ancienne ING Direct) procure un rendement de 1,3 %, tandis que le rendement offert par une obligation 10 ans du gouvernement canadien n'est que de 2,5 %. Croyez-vous vraiment que de tels placements vous permettront d'augmenter votre pouvoir d'achat à long terme, quand on sait qu'historiquement le taux d'inflation s'est situé en moyenne à environ 3 % ?


La Bourse, un élément incontournable pour créer de la valeur à long terme


Il est vrai que les marchés boursiers ont connu des années particulièrement volatiles depuis 2000. Il est aussi véridique que le marché boursier n'a pas offert de rendements très intéressants au cours des 14 dernières années - depuis janvier 2000, le S&P 500 a obtenu un rendement annuel composé de 1,7 %. La raison en est que le marché était complètement surévalué en 2000, au moment de la bulle techno. J'estime toutefois qu'il est fort probable que la Bourse procurera des rendements nettement supérieurs à ceux des obligations au cours des 10 ou 20 prochaines années. À tout le moins, elle offre une bien meilleure chance aux investisseurs d'augmenter leur pouvoir d'achat à long terme.


L'histoire nous démontre que la Bourse, en dépit de sa plus grande volatilité, est le meilleur outil pour créer de la valeur à long terme. D'ailleurs, selon la firme Ibbotson, les titres de grandes capitalisations ont généré un rendement annuel composé de 9,8 % de 1926 à 2011, tandis que les titres de petites capitalisations ont procuré un taux annuel composé de 11,9 %. À l'autre bout du spectre, les obligations gouvernementales à long terme ont rapporté annuellement 5,7 %, L'inflation, elle, a été de 3 %. Quelle catégorie d'actif offre la meilleure chance de surpasser l'inflation à long terme ?


1 http://www.ubs.com/content/dam/WealthManagementAmericas/documents/investor-watch-1Q2014-report.pdf

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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