Bombardier: un départ «difficile» pour Laurent Beaudoin

Publié le 21/08/2018 à 11:23

Bombardier: un départ «difficile» pour Laurent Beaudoin

Publié le 21/08/2018 à 11:23

Laurent Beaudoin. (Photo: Les Affaires)

Voici le premier blogue de Karl Moore, professeur agrégé à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill. Chaque semaine, il s’entretiendra avec des dirigeants d’entreprises de calibre mondial au sujet de leur parcours, des dernières tendances dans le monde des affaires et de l’équilibre travail-famille, notamment.




BLOGUE INVITÉ. En quittant le conseil d’administration de Bombardier en mai dernier, Laurent Beaudoin met fin à une prestigieuse carrière de 55 ans au sein de l’entreprise à Valcourt. Président et chef de la direction pendant de nombreuses années, il a été témoin de l’évolution de l’entreprise qui, d’un petit fabricant de motoneiges, est devenue une force dans le secteur de l’aérospatiale et des transports. Bien qu’inévitable, son départ a été difficile.


«Après avoir mis l’entreprise sur pied et réalisé toutes ces acquisitions, c’est très difficile de s’en séparer, avoue-t-il. À un certain moment, on sent que notre agilité n’est plus la même. Les jeunes et ceux qui jettent un nouveau regard sur les choses peuvent apporter des idées novatrices, et je considérais qu’il était temps pour moi de partir.»


M. Beaudoin s’est joint à la firme par l’entremise du fondateur de l’entreprise, Joseph-Armand Bombardier, qui était aussi son beau-père. Il le décrit comme une personne qui savait non seulement fabriquer un produit, mais aussi gérer une entreprise:


«Tout en développant le produit, il réfléchissait au coût, au prix de vente, et à tout le reste.»


Malheureusement, M. Bombardier a reçu un diagnostic de cancer à peine trois mois après l’arrivée de M. Beaudoin dans la firme en 1963, ce qui a laissé peu de temps à ce dernier pour se familiariser avec les activités de l’entreprise.


«J’ai eu à toucher à tout. J’ai commencé à m’intéresser aux activités, à la production, à la gestion du personnel, à la commercialisation, aux ventes... Je devais tout apprendre au fur et à mesure.»


Lorsque l’entreprise est devenue active dans le secteur des transports en commun et, plus tard, dans le secteur de l’aérospatiale, le style de gestion de M. Beaudoin a dû évoluer.


«J’ai dû revoir ma façon de faire. Auparavant, je gérais tout moi-même, jusqu’à ce que j’aie à me déplacer au siège social, raconte-t-il. À ce moment-là, j’avais à ma charge la personne responsable des produits récréatifs, celle des transports en commun et finalement celle du secteur de l’aérospatiale. Je ne pouvais pas donner les ordres directement aux travailleurs. J’ai vraiment dû revoir mon style de gestion et me concentrer davantage sur la stratégie.»


M. Beaudoin, qui en est venu à travailler pour l’entreprise grâce à la génération précédente, a fait appel, à son tour, à la nouvelle génération. Son fils, Pierre, a connu de nombreux succès au sein de la firme et est devenu président et chef de la direction en 2008. Tout en assumant ce rôle à la suite de la crise financière, il a supervisé l’un des projets de Bombardier qui, jusqu’à ce jour, a été l’un des plus importants du 21e siècle.


«Malheureusement, Pierre est devenu président et chef de la direction de l’entreprise à un mauvais moment, mais nous devions prendre une décision concernant la C Series, explique M. Beaudoin. Ce n’est jamais le bon moment pour le faire, et nous nous étions penchés sur la question à de nombreuses reprises, mais nos réacteurs ne nous avaient jamais permis de construire un avion offrant un avantage considérable par rapport à ceux sur le marché. Lorsque Pratt a conçu de nouveaux réacteurs, nous avons pensé que c’était une excellente occasion de construire un nouvel avion.»


Actuellement président et chef de la direction, Alain Bellemare, qui s’est joint à l’entreprise grâce à Pierre Beaudoin, affichait un curriculum vitae impressionnant: vétéran dans l’industrie, il avait occupé un poste pendant trois ans à UTC Aerospace Systems. M. Beaudoin se dit enthousiaste de la capacité de M. Bellemare à apporter une nouvelle dimension à Bombardier.


Le départ de Laurent Beaudoin a été officialisé le 3 mai dernier, tout juste avant qu’Airbus ne détienne 50,01 % du programme de la C Series de Bombardier. Ce programme a connu certaines difficultés, mais M. Beaudoin reste convaincu que Airbus pourra contribuer à son succès.


«Malheureusement, les choses ne se sont pas entièrement déroulées comme nous l’avions envisagé. Mais c’est parfois ce qui se produit, et lorsque vous êtes dans ce genre de programme, au troisième trimestre, vous ne pouvez plus arrêter et tout annuler, ajoute-t-il. Par ailleurs, je crois que nous avons créé un avion très performant, ce qui compte avant tout puisque dans le cas contraire, il n’y aurait aucun avenir.»


M. Beaudoin croit que l’avenir de la branche aéronautique de Bombardier est prometteur. Bien que le marché des avions de transport régional comme le Dash 8 ne soit pas aussi florissant, il croit que le marché des avions d’affaires de l’entreprise pourrait atteindre 10 milliards de dollars.


En outre, il se montre confiant quant à l’avenir des entreprises québécoises.


«Avant Bombardier, je dirais qu’il n’y avait aucune grande entreprise au Québec, analyse M. Beaudoin. De nos jours, elles sont nombreuses. Prenez par exemple Couche-Tard, CGI... Toutes ces entreprises ont vu le jour au cours des 20 dernières années. Je pense que les gens sont très créatifs au Québec, et vous pouvez le voir à Montréal, avec tous ceux qui travaillent sur les logiciels et l’intelligence artificielle. Montréal devient une plaque tournante.»


Même s’il a quitté ses fonctions, M. Beaudoin continuera de participer aux affaires de BPR, autrefois la division des produits récréatifs de Bombardier. Il prévoit aussi de rester actif auprès d’autres types d’entreprises par l’entremise de la société familiale.


Lien vers le podcast (en anglais seulement)


• Cette entrevue est une version abrégée et transcrite de l’émission The CEO Series présentée à CJAD et animée par Karl Moore, professeur agrégé à l’Université McGill. Cet article a été rédigé par Dan Schechner, étudiant au B. Comm. à McGill. Vous pouvez écouter l’entrevue complète en balados sur iTunes (en anglais seulement).


 

À propos de ce blogue

Chaque semaine, Karl Moore, professeur agrégé à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill, s’entretient avec des dirigeants d’entreprise de calibre mondiale au sujet de leur parcours, les dernières tendances dans le monde des affaires et l’équilibre travail-famille, notamment.

Karl Moore

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