Les avantages d'une faible croissance économique

Offert par Les Affaires


Édition du 03 Mai 2014

Les avantages d'une faible croissance économique

Offert par Les Affaires


Édition du 03 Mai 2014

Photo: Bloomberg

On a écrit bien des choses sur le rythme décevant de la reprise économique américaine depuis le creux de 2009. Cependant, la faire durer très longtemps pourrait avoir un effet fort positif.


La récession aux États-Unis s'est terminée en juin 2009, selon le National Bureau of Economic Research. Depuis ce temps, le produit intérieur brut (PIB) a crû à un rythme annuel de seulement 1,8 %, soit la moitié de celui observé lors des trois reprises précédentes. Le taux de chômage, à 6,7 %, reste de plus très élevé à ce stade de la reprise.


Pourquoi la croissance est-elle inférieure aux autres cycles ? Les facteurs sont très nombreux, mais au premier plan, il y a le choc provoqué par la crise financière de 2008.


Confiance disparue


Ce choc, qui a traumatisé consommateurs et entreprises, a anéanti la confiance. Les consommateurs ont freiné leurs dépenses pendant que les dirigeants d'entreprises en faisaient autant avec leurs projets d'investissements.


Dans un tel contexte où l'économie a lentement progressé, il n'est pas surprenant que la croissance ait déçu. En plus d'être de faible amplitude, la reprise a longtemps été fragile. Cela a servi à contenir les élans des principaux intervenants économiques.


Insistons sur un point : une croissance de moins de 2 % est décevante seulement si vous avez des attentes de plus de 3 % ou 4 %. Et ces attentes émergent surtout des comparaisons avec le passé. Je ne dis pas que croître moins rapidement est une bonne chose, bien au contraire. Toutefois, pour une économie mature comme celle des États-Unis, une croissance d'environ 2 % est loin d'être un désastre.


Ce rythme modéré d'expansion recèle un grand avantage : il augmente les chances que la reprise dure longtemps, diminuant ainsi les risques de retomber en récession. Selon moi, cet atout est le grand oublié tant des gens d'affaires que des investisseurs.


La plupart des intervenants souhaitent une forte croissance. Ce n'est pas surprenant, car celle-ci signifie moins de chômeurs, plus de revenus pour l'État et plus de richesse. Mais sommes-nous plus avancés si on croît à un rythme annuel de 7 % pendant deux ans pour retomber en récession après ?


La réponse est simple : non. Retomber en récession rapidement après la crise de 2008 aurait représenté une autre catastrophe.


Le scénario idéal est la poursuite d'une croissance modérée, mais pendant de nombreuses années. C'est ce qui semble se produire.


En effet, si vous regardez de nombreux indicateurs, les probabilités de récession sont minces, voire nulles. Par exemple, les bénéfices des sociétés ont tendance à atteindre leur sommet des années avant les récessions. Ils ont ainsi atteint leur sommet en 1997 et ont baissé pendant plus de trois ans avant la récession de 2001-2002. Pourtant, les bénéfices continuent de croître, ce qui repousse le spectre de la récession loin dans le futur.


De plus, les hausses salariales prennent un essor vers la fin des cycles d'expansion, contribuant ainsi à la baisse de rentabilité des entreprises. En raison de la création d'emplois décevante depuis 2009, ce facteur est loin d'être un problème. Le taux de chômage a chuté sous les 5 % lors des cycles des années 1990 et 2000. On doute qu'il baisse autant dans le cycle actuel, mais il peut s'améliorer pendant de nombreux mois avant de causer des problèmes.


La faible croissance a contribué à diminuer les risques inflationnistes, l'indice des prix à la consommation restant très bas (1,5 % en mars, sur une base annuelle, aux États-Unis).


Enfin, les entreprises ont longtemps hésité à investir pour augmenter leur capacité de production, ce qui semble vouloir changer. En mars, la production industrielle aux États-Unis a surpris et dépassé les attentes les plus optimistes en augmentant de 0,7 %. Le taux d'utilisation des usines est ainsi passé à 79,2 %.


Pas d'excès


C'est le taux d'utilisation le plus élevé depuis la récession de 2008 ; le creux atteint avoisinait les 67 %, en 2009. Il a augmenté de 2,2 % depuis un an et s'approche de la moyenne à long terme, qui est de 80,1 %. À partir de ce niveau, les économistes s'entendent pour dire que les entreprises n'auront d'autre choix que d'augmenter leurs investissements en immobilisations.


Tout cela démontre que la faible croissance a généré un climat où les abus et les excès, toujours précurseurs de récession ou de bien pire, sont absents. Ce qui est une très bonne nouvelle.


Un tel contexte est idéal pour les investisseurs à long terme. En effet, si la croissance des bénéfices des sociétés est souvent dépeinte comme peu élevée, ce fait est compensé par les faibles risques qu'ils fondent au soleil... ce qui arriverait advenant une récession.


Il n'y a pas de garantie dans le monde réel. Ainsi, un choc externe, comme un conflit armé majeur, pourrait rapidement faire trembler l'économie. Reste que les perspectives économiques sont positives, sans être glorieuses, et que les probabilités sont bonnes pour quelles le soient encore longtemps.

À propos de ce blogue

Chroniqueur au Journal Les Affaires, Bernard Mooney traite de la Bourse sous toutes ses facettes en s’adressant particulièrement aux investisseurs à long terme. Il est connu pour une vision misant sur le gros bon sens.

Bernard Mooney

Blogues similaires

Apple entrera-t-elle dans l'automobile ?

Édition du 15 Septembre 2018 | François Pouliot

CHRONIQUE. Le prochain axe de croissance d'Apple sera-t-il l'automobile ? La question nous est venue à l'esprit, il ...

Est-ce un mauvais moment pour investir en Bourse?

BLOGUE INVITÉ. Devriez-vous vendre vos titres lorsque les experts prédisent une correction boursière?

Ce que révèle la chute de Dollarama, Transcontinental et Transat

BLOGUE. Parfois le comportement de titres individuels offre un échantillon de l'état d'esprit des investisseurs.