Comment Roku est passée bien près de court-circuiter la télé câblée

Publié le 25/04/2018 à 09:10

Comment Roku est passée bien près de court-circuiter la télé câblée

Publié le 25/04/2018 à 09:10

Entre les géants du divertissement numérique que sont Amazon, Netflix, Apple et Google se trouve une petite société nouvellement cotée en Bourse qui ne manque pas d’audace.


Pas tout à fait. Je recommence. À l’ombre des gros méchants FANG (GAFAN? FAGAN? En tout cas...) se trouve un gadget appelé Roku, né il y a quelques années déjà du désir de visionner le contenu de Netflix sur un téléviseur, qui s’est toujours positionné comme un leader du phénomène émergent du «cord-cutting», le désabonnement massif des clients du câble qui trouvent ce qu’ils cherchent à meilleur marché sur la Toile plutôt que sur le câble.


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Ce phénomène n’est plus marginal : au Canada, les plus récentes statistiques sur la télédistribution évaluent à 25% le nombre de ménages qui ont abandonné leur coûteux abonnement à la télé câblée, au profit d’un bouquet de services web gratuits ou payants, légitimes ou illégitimes, en anglais ou en français.


En fait, essentiellement en anglais.


Dans ce contexte, Roku, qui fabrique des récepteurs numériques pour la télé ressemblant à peu de choses près à un Apple TV sans l’écosystème fermé d’applications d’Apple, devrait être le gadget de l’heure. L’équivalent pour la prise HDMI de votre téléviseur de salon de ce qu’est Spotify pour vos oreilles.


C’est presque ça.


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Ces jours-ci, Roku mettra en marché une clé HDMI, appelée Roku Streaming Stick+, qui repositionne l’ensemble de ses produits vendus au Canada. Pour se démarquer de l’Apple TV, justement, et rivaliser davantage avec de petits adaptateurs bon marché comme la clé Chromecast, de Google, Roku propose un dispositif qui se vendra tout au plus 90$, plutôt que les 200 à 300 dollars requis pour ses autres produits plus costauds de génération précédente.


Ça ne lui enlève aucune capacité technique : le gadget récupère et affiche du contenu 4K sans effort, est compatible avec les téléviseurs affichant les couleurs améliorées de façon dynamique par le protocole HDR, et peut s’alimenter simplement via le port USB qu’on trouve désormais sur la plupart des téléviseurs pour la maison. Dans ce dernier cas, la mécanique plus performante et un logiciel mieux ficelé assurent un démarrage dans les 20 secondes, plutôt que dans les 100 à 120 secondes de la première moûture de cette clé HDMI nous ramenant quelques années dans le passé.


Avec ce Stick, on a droit à une télécommande à infrarouge simplifiée, permettant de naviguer d’une application à une autre. À l’écran l’interface de Roku est une version à 32, 48 ou 60 pouces de diagonale de l’écran de votre téléphone Android ou iOS favori. On y affiche les applications (et les jeux) de son choix, triés parmi quelques centaines de «chaînes», de «services» et d’autres sources de contenu de qualité variable, et pour la plupart axées lourdement sur le marché anglo-américain (ou canadien, en deuxième plan).


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Cette télécommande intègre un bouton lançant la recherche vocale qui gagne à être connue. Encore là, ça marche un peu mieux du côté anglophone. Si ça pouvait intégrer Tou.TV et quelques autres services en français, ce serait un gros bond en avant.


Pour rendre son Streaming Stick+ plus attrayant, Roku promet de contrôler l’alimentation et le volume de votre téléviseur à même sa télécommande, sans programmation requise de votre part. La clé HDMI reconnaît la marque et le modèle, et la règle pour qu’elle soit automatiquement compatible avec le téléviseur dès le premier allumage.


Ça marche bien, à condition d’avoir un téléviseur (plutôt que, disons, un amplificateur de cinéma maison, ou même un projecteur). Et si on pouvait ajouter une touche pour choisir la bonne entrée auxiliaire, en prime, ce serait encore plus simple. 


À un détail près du débranchement complet


La simplicité est le mot-clé, dans toute cette affaire : les gens de Roku expliquent qu’ils cherchent à rendre l’expérience de la vidéo en ligne le plus accessible possible. Et, dans une certaine mesure, ça marche. Une bonne connexion WiFi (Roku améliore grandement la qualité de la connexion de sa clé HDMI, d’ailleurs), un port HDMI et vous voilà lancés.


Aux États-Unis, les chaînes généralistes et spécialisées proposent à peu près toutes une application pour Roku et Apple TV qui permettent de visionner leur contenu en mode rattrapage sur ces appareils. Dans la plupart des cas, il faut par contre être client d’un service de télé payante pour y accéder.


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Ces derniers mois, Roku, qui est cotée en Bourse et qui doit donc rendre des comptes un peu plus stricts qu’à une autre époque, a lancé une offensive du côté des «applications secrètes» qu’on pouvait installer de façon non-officielle sur ses appareils, contournant ainsi les règles de sa boutique d’applications.


En d’autres mots, Roku ferme de plus en plus sa plateforme, se rapprochant d’Apple, alors qu’il semblerait plus naturel, pour se démarquer de ses rivaux, d’ouvrir davantage sa plateforme, laissant aux utilisateurs le soin d’y diffuser le contenu de leur choix.


Ce n’est toutefois pas ce qui est en train de se produire.


Ce que Roku aurait pu faire, par contre, c’est faciliter l’accès à un autre type de contenu qui, lui, ne coûte rien, et lui assurerait une saveur locale peu importe où, dans le monde, ses dispositifs sont utilisés : une entrée pour le signal capté par une bonne vieille antenne télé.


Car encore en 2018, partout en Amérique du Nord, le meilleur signal télévisuel qu’on puisse afficher à l’écran, c’est celui qui est diffusé par les stations de télé locales. Une image pleine HD sans compression secondée d’un son ambiophonique parfait.


Imaginons un instant une clé Roku combinant les services de webdiffusion vidéo les plus populaires du moment à une telle entrée. Ajoutons-y un peu de mémoire embarquée, et la possibilité d’enregistrer les émissions de son choix captées par cette même antenne.


Qu’est-ce qu’on obtient? La formule idéale pour combler les adeptes du débranchement : du contenu local, en direct ou en différé, et le meilleur de Netflix, de Tou.TV, de la LNH ou de la MLS, et tout le reste.


En d’autres mots, le Streaming Stick+ de Roku passe près, vraiment tout près de court-circuiter la télé câblée. Mais on n’y est pas encore.


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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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