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Que nous apprennent les budgets sur les orientations politique?

Mia Homsy|Édition de la mi‑mai 2019

EXPERTE INVITÉE. Au-delà de la pluie de chiffres que nous présentent les budgets gouvernementaux, ces documents ...

EXPERTE INVITÉE. Au-delà de la pluie de chiffres que nous présentent les budgets gouvernementaux, ces documents sont essentiels pour comprendre la vision et le positionnement politiques des différentes formations. Malheureusement, la durée de vie médiatique des budgets est désormais réduite à environ 48 heures. Leur importance mérite toutefois qu’on s’y attarde davantage.

À la fin mars, deux budgets ont été déposés à deux jours d’intervalle, dans des contextes politiques et économiques radicalement différents. À Ottawa, des déficits, une fin de mandat mouvementée et une certaine urgence de reprendre le contrôle du programme politique. À Québec, des surplus, une lune de miel qui se poursuit et la nécessité de prouver que les promesses électorales seront tenues.

Déficits, fin de mandat et classe moyenne

À Ottawa, Bill Morneau a déposé son quatrième budget. Ce dernier représentait une occasion en or pour les libéraux de Justin Trudeau de faire oublier l’affaire SNC-Lavalin et d’imposer leurs propres thèmes avant la prochaine campagne électorale.

Mesures pour faciliter l’accès au logement pour les premiers acheteurs, annonce des premiers jalons d’un système d’assurance médicaments pancanadien pour accroître l’accessibilité aux médicaments, programme innovant pour encourager la formation continue des travailleurs : ce budget a mis le paquet pour positionner le gouvernement comme celui de la classe moyenne, une stratégie qui s’est révélée payante pour les libéraux lors des dernières élections. Le choix délibéré de verser la totalité des sommes à des groupes ciblés, de laisser en plan les entreprises et de persister sur la voie des déficits donne le ton à la prochaine campagne électorale.

Alors qu’ils ont pris le pouvoir dans un contexte d’équilibre budgétaire, les libéraux, une fois au gouvernement, ont enregistré des déficits de l’ordre de 19 milliards de dollars par année, une situation qui prendra encore un certain temps à se résorber. Selon plusieurs économistes, cette décision de multiplier les déficits est tout à fait acceptable dans la mesure où le poids de la dette fédérale en pourcentage du PIB continue de décroître année après année et qu’il demeure plus faible que celui de plusieurs pays du G7.

Il ne faut toutefois pas négliger la grogne croissante à l’égard de cette décision du gouvernement de perpétuer les déficits en contexte de croissance économique soutenue. Plus la marge de manoeuvre est utilisée quand l’économie se porte bien, moins il en restera pour réellement soutenir les travailleurs et stimuler l’économie en période de ralentissement économique, quand les besoins seront encore plus pressants.

Surplus, continuité et interventionnisme

Pendant ce temps, à Québec, la situation est complètement différente. Le gouvernement caquiste est en début de mandat et bénéficie d’une situation budgétaire très favorable. C’est la première fois depuis longtemps qu’un gouvernement du Québec nouvellement élu ne dénonce pas l’état des finances publiques que lui a légué son prédécesseur. C’est aussi la première fois qu’un gouvernement nouvellement élu essaie de minimiser les surplus dont il dispose.

Alors que le simulateur budgétaire développé par l’Institut du Québec prévoit que, avant l’annonce des nouvelles initiatives du budget, le surplus pour l’année 2018-2019 serait entre 3,4 G$ et 4,6 G$ après les versements au Fonds des générations, le gouvernement baisse les attentes en parlant d’un surplus d’au plus 2,5 G$. À ces surplus, s’ajoute une réserve budgétaire (un coussin financier théorique) de près de 10 G$.

Pour la CAQ, récemment élue avec un mandat clair et qui fait face à une opposition affaiblie, les astres politiques et budgétaires sont bien alignés. Le défi est ailleurs. Comme les coffres sont bien remplis – grâce au redressement effectué par les libéraux -, ce ne serait pas crédible de blâmer le gouvernement précédent s’il ne réussit pas à livrer ses promesses ambitieuses.

Ce premier budget caquiste de l’histoire du Québec nous a permis de mieux comprendre les priorités gouvernementales. Sur le plan des finances publiques, c’est la continuité avec le plan libéral qui prévaut ; on mise sur l’équilibre budgétaire et la prudence fiscale.

Petite surprise du budget, le gouvernement prend un virage vers la gauche par rapport à son discours électoral. La part du lion des investissements vont à la santé et à l’éducation, bien avant la baisse du fardeau fiscal des contribuables.

Finalement, sur le plan du développement économique, on reste sur notre appétit tout en découvrant les couleurs plus nationalistes et interventionnistes de la CAQ avec une priorité accordée à des mesures comme la capitalisation d’Investissement Québec et des sommes pour la protection des sièges sociaux.

EXPERTE INVITÉE
Mia Homsy est directrice générale de l’Institut du Québec (IDQ) depuis sa fondation en février 2014.