Les réfugiés: une solution RH plutôt qu'un enjeu social


Édition du 04 Mai 2019

Les réfugiés: une solution RH plutôt qu'un enjeu social


Édition du 04 Mai 2019

Par Diane Bérard

Théo Scubla, cofondateur, Wintegreat et Wero

AGENT DE CHANGEMENT. Wintegreat et Wero abordent l'enjeu des réfugiés sous l'angle économique. Les réfugiés que Wintegreat accueille et accompagne deviennent les candidats que Wero propose aux directions de RH aux prises avec une pénurie de main-d'oeuvre.

DIANE BÉRARD - Wintegreat et Wero forment un duo. Quelle intention a porté leur création ?

THÉO SCUBLA - Nous comblons le fossé entre le potentiel professionnel des réfugiés et leur situation d'emploi dans le pays d'accueil. La France accueille 47 000 réfugiés par année. Alors que les entreprises peinent à recruter et sont aux prises avec des enjeux de diversité, nombre de ces réfugiés travaillent en deçà de leurs capacités.

D.B. - Pourquoi la situation professionnelle des réfugiés vous préoccupe-t-elle ?

T.S. - Je suis petit-fils d'immigrants italiens. Arrivée en France à 12 ans, ma grand-mère n'a pas poursuivi sa scolarisation, faute d'argent. À maintes reprises, elle m'a confié sa frustration de n'avoir jamais réalisé son plein potentiel.

D.B. - Tout a débuté avec Wintegreat en 2015...

T.S. - J'ai cofondé Wintegreat pendant mes études universitaires. Lors de programmes tremplins de 12 semaines, les réfugiés apprennent à recréer des connexions sociales et d'autres compétences relationnelles, ainsi que le français. Ces programmes sont offerts par notre personnel, mais ils sont donnés dans les universités.

D.B. - Pourquoi était-ce important que vos programmes soient hébergés dans les universités ?

T.S. - L'université est le lieu où l'on construit son avenir. C'est un lieu d'apprentissage et de rencontres où l'on bâtit le vivre-ensemble.

D.B. - Comment Wero complète-t-elle le travail de Wintegreat ?

T.S. - Wintegreat accueille et accompagne les réfugiés, puis les intègre au marché du travail. Elle répond à un enjeu économique (la pénurie de main-d'oeuvre, le manque de diversité, la difficulté à innover) tout en ayant un impact social (casser l'image misérabiliste des réfugiés et la précarité à laquelle ils sont condamnés).

D.B. - La particularité de Wero est de placer les réfugiés dans des postes équivalents à ceux qu'ils occupaient dans leur pays d'origine...

T.S. - Un réfugié qui travaille en deçà de ses capacités et de ses compétences, c'est un gâchis personnel et sociétal. De plus, nous veillons à ce qu'ils reçoivent le même salaire qu'un local qui occupe le même poste.

D.B. - Wero est-elle une banque où pigent les employeurs ?

T.S. - C'est bien une banque, mais son usage est interne. Tous les organismes partenaires de Wintegreat y inscrivent un profil détaillé de chaque réfugié qu'ils accompagnent : éducation, niveau de langue, expérience professionnelle, projet professionnel, etc. Wero fait du démarchage auprès des DRH des entreprises pour connaître les besoins de recrutement qu'elles peinent à combler et, plus encore, leurs objectifs stratégiques : percer un marché, servir une nouvelle clientèle, imaginer des produits ou des services. Nous démontrons aussi comment nos candidats constituent une solution.

D.B. - Comment surmontez- vous les préjugés liés à la reconnaissance des compétences et de l'expertise professionnelle des réfugiés ?

T.S. - Wintergreat est notre arme stratégique. Par sa démarche structurée, une foule d'intervenants entourent les réfugiés. Ils bâtissent leur crédibilité en terre d'accueil et ils s'en portent garants. Ces références, associées à l'historique de nos embauches réussies, font une partie du travail. Wero développe aussi un système d'analogies pour les formations et pour les postes. On peut, par exemple, déterminer quel type d'expérience française en conformité bancaire est équivalente au Soudan ou en Syrie.

D.B. - Votre offre de service se poursuit-elle après l'embauche ?

T.S. - Pendant la période d'essai de trois à huit mois, nous appelons nos clients chaque mois pour nous assurer que tout se passe bien. Si ça coince, nos collègues de Wintegreat forment les gestionnaires au management interculturel. Il s'agit de dédramatiser les blocages. Le candidat étranger n'est pas toujours «formaté» comme son nouveau patron. Nous l'avons fait, entre autres, chez l'Oréal.

D.B. - Quels sont vos principaux défis ?

T.S. - La chaîne de valeur de Wintegreat doit être numérisée - pour enregistrer plus de réfugiés - et ses revenus, diversifiés. Wintegreat repose sur les dons et les subventions. Nous voulons qu'une partie des revenus de Wero soit redistribuée à Wintegreat. D'ailleurs, Wero part en quête d'anges financiers, car il faut construire sa marque. Nous envisageons de créer un label diversité. Nos clients actuels du secteur bancaire, de la grande distribution, des télécoms et du secteur pétrolier seront partenaires de création.

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