Les applications de courtage «ludifiées» encouragent le risque

Publié le 25/01/2022 à 16:06

Les applications de courtage «ludifiées» encouragent le risque

Publié le 25/01/2022 à 16:06

Par La Presse Canadienne

Des éléments de ludification se retrouvent dans certaines applications canadiennes. (Photo: 123RF)

Toronto — Le phénomène des «actions virales» du début de 2021, qui a vu les investisseurs sur les réseaux sociaux se rebeller contre Wall Street en se ruant sur des actions comme celles de GameStop et de BlackBerry, a donné une idée à Marius Zoican. 

Comme l’application de courtage mobile Robinhood était la plateforme de choix pour le mouvement des actions virales, le professeur adjoint de finance à l’Université de Toronto s’est demandé quel rôle les applications «ludifiées» jouaient dans le comportement à risque chez les investisseurs au détail. 

Ainsi, M. Zoican, avec ses collègues chercheurs Philipp Chapkovski et Mariana Khapko, a mené une étude comparant le comportement des investisseurs sur les applications ludifiées, qui comportent des éléments de conception de jeux, par rapport aux applications de courtage habituelles. 

Les participants ont été affectés soit à une simple application de courtage, soit à une application ludifiée, qui imitait les fonctionnalités trouvées sur d’autres plateformes existantes, comme des bourrasques de confettis après une transaction, des animations et d’autres éléments légers, a expliqué M. Zoican.

Les participants avaient en moyenne 31 ou 32 ans, ce qui correspond à la population qui utilise généralement les applications de courtage sans commission, at-il ajouté. 

L’étude, publiée en décembre, a découvert que les investisseurs utilisant des applications de courtage ludiques prenaient plus de risques, en particulier lorsqu’ils négociaient des actifs à forte volatilité. 

«Ils sont plus susceptibles de jouer leur argent et cet effet est encore plus fort si nous leur donnons des titres plus risqués à négocier», a expliqué M. Zoican.

Bien que Robinhood ne soit pas disponible au Canada, des éléments de ludification se retrouvent dans certaines applications canadiennes, a souligné le chercheur. 

Par exemple, Wealthsimple offre une prime d’une action gratuite, dont la valeur peut aller de 5 $ à 4500 $ à ses nouveaux membres canadiens, a noté M. Zoican. 

«À mon avis, ce n’est pas l’état d’esprit dans lequel on devrait mettre les jeunes investisseurs. C’est comme si c’était un casino et si vous avez de la chance, vous pouvez obtenir (des actions) Amazon. Cela renforce vraiment en quelque sorte l’idée que vous entrez dans un univers où il est acceptable de parier.» 

Syd Morgan, une agente de communication de 24 ans de Sudbury, en Ontario, a indiqué que la prime gratuite, en plus du fait que Wealthsimple Trade n’exige pas de minimum pour investir, est ce qui l’a motivée à s’inscrire à la plateforme. 

Elle a reçu deux actions gratuites d’une valeur de 8,23 $ et 6,21 $, respectivement. L’une a été gagnée à l’aide d’un code de parrainage et l’autre était une surprise. 

«Les actions gratuites m’ont incité à utiliser l’application en raison de l’effet de surprise. Par exemple, quelle action vais-je obtenir et combien celle-ci vaudra-t-elle ?» a-t-elle expliqué. 

«J’avais un peu l’impression de gagner quand j’ai obtenu la première action, parce que je ne m’y attendais pas.» 

Cependant, elle ne pense pas que cela l’a incitée à prendre plus de risques tout en investissant.

Wealthsimple n’a pas répondu à de multiples demandes de commentaires. 

La loterie d’action gratuite est une forme plus douce de ludification, car elle ne s’applique qu’aux nouveaux négociateurs plutôt qu’aux activités quotidiennes, a précisé M. Zoican. 

Il a ajouté qu’en raison de réglementations plus strictes, les applications de courtage au Canada n’ont pas d’éléments incitant les investisseurs à effectuer des transactions fréquentes. 

Plus ludique sur un appareil mobile ? 

Les applications proposées uniquement sur mobile peuvent également affecter le comportement des investisseurs, a observé M. Zoican. 

«Lorsque les gens prennent des décisions sur leur téléphone, ils sont susceptibles d’y penser de manière beaucoup plus décontractée. Ils ne se disent pas vraiment qu’ils font des affaires sérieuses (par rapport à l’utilisation de leur ordinateur de bureau).» 

M. Zoican a indiqué qu’il était heureux de voir Wealthsimple, qui a commencé comme une plateforme uniquement mobile, créer finalement une version de bureau. 

Cependant, toutes les applications de courtage ne prévoient pas d’offrir les deux versions. 

La Banque TD a lancé lundi une nouvelle application de négociation d’actions appelée NégociTitres TD, qui ne sera disponible que sur les appareils mobiles. 

Tony Ierullo, vice-président aux nouveaux investisseurs et aux solutions pour les investisseurs émergents chez Placements directs TD, a indiqué qu’il ne craignait pas que cela puisse encourager une attitude plus décontractée chez les investisseurs. 

«Nous avons développé NégociTitres TD en nous appuyant sur les commentaires des clients pour attirer une clientèle émergente et en croissance rapide qui souhaite investir par l’entremise de leur appareil mobile», a-t-il expliqué. 

«Plusieurs de ces clients sont plus jeunes et ont grandi dans un monde numérique, dans un état d’esprit numérique, et lorsqu’il s’agit d’investir, ils recherchent une solution facile à utiliser, simplifiée et en langage clair — et quelque chose qu’ils peuvent faire dans le creux de leur main.» 

Pour contrer les effets négatifs de la ludification, l’amélioration de la littératie financière semble être la solution. 

Dans l’étude de M. Zoican, les participants ont été invités à répondre à un questionnaire sur la littératie financière après l’expérience. Les résultats ont montré que plus une personne avait de connaissances financières, moins elle était influencée par la ludification. 

«Lorsque les gens ont plus de connaissances financières et connaissent quelque chose sur le monde de l’investissement, la ludification ne les influence pas beaucoup. L’effet est réduit de plus de moitié», a souligné M. Zoican. 

Le chercheur conseille aux nouveaux investisseurs de commencer par des classes d’actifs à faible coût et à faible risque, telles que les fonds négociés en Bourse (FNB) — ou d’utiliser un robot-conseiller — puis de prendre progressivement plus de risques une fois qu’ils sont plus familiers et à l’aise avec les investissements et les actifs complexes. 

«Certains investisseurs pourraient décider que les fonds indiciels et les produits de robot-conseiller leur conviennent et c’est parfaitement bien aussi», a-t-il noté.

 

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