Kim Jong Un prépare-t-il une guerre? Cinq choses à savoir

Publié le 19/01/2024 à 11:20

Kim Jong Un prépare-t-il une guerre? Cinq choses à savoir

Publié le 19/01/2024 à 11:20

Par AFP

Après des années de détérioration de leurs relations, Pyongyang a officialisé sa position mi-janvier en menaçant d’«anéantir» le Sud en cas de guerre. (Photo: Getty Images)

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un a déclaré que la Corée du Sud était son «principal ennemi», a dissous les agences dédiées à la réunification et a menacé d’entrer en guerre pour toute violation territoriale, «ne serait-ce que de 0,001 mm». 

Mais cette rhétorique enflammée est-elle le signe d’un réel changement?

Voici ce que l’on sait:

 

Quelle est la situation? 

Après des années de détérioration de leurs relations, Pyongyang a officialisé sa position mi-janvier en menaçant d’«anéantir» le Sud en cas de guerre.

Il s’agit d’un changement important, car «dans le passé, lorsqu’il y avait un risque de conflit armé, il y avait une voie de secours pour garder le contrôle, mais maintenant il n’y a plus rien de tout cela», observe Hong Min, analyste à l’Institut coréen pour l’unification nationale à Séoul.

La Corée du Nord s’est débarrassée «de tout mécanisme intercoréen visant à empêcher les conflits d’échapper à tout contrôle», ajoute-t-il.

Selon lui, «le fait que le Nord qualifie le Sud de “principal ennemi” n’est pas seulement rhétorique: les mots pourraient se transformer en action».

 

Invasion de la Corée du Sud?

Le numéro un nord-coréen a affirmé qu’il ne déclencherait pas «unilatéralement» un conflit, mais qu’il n’avait «pas non plus l’intention d’éviter une guerre».

Il a dit ne plus reconnaître la frontière maritime de facto entre les deux Corées, dénommée «Ligne de limite du nord» (NLL), et l’armée nord-coréenne a récemment organisé des exercices d’artillerie à balles réelles dans la région.

Cela a créé «une possibilité croissante d’escarmouche militaire entre les deux parties, ce qui pourrait conduire à un conflit plus large», estime encore M. Hong.

En outre, Pyongyang s’est rapproché de Moscou, y compris — selon Washington et Séoul — en lui livrant des missiles utilisés dans ses récentes attaques d’envergure sur l’Ukraine, en échange d’une aide pour son programme de satellites.

Séoul, pour sa part, a menacé de répondre «beaucoup plus fort» à toute provocation, une approche belliciste non dénuée de risques, comme l’a souligné cette semaine un éditorial du journal Hankyoreh.

«Au moment où la Corée du Nord devient de plus en plus imprudente, nous espérons que le gouvernement concentrera ses efforts… sur la gestion de cette situation», a ajouté le journal.

 

Quelle est la prochaine étape?

Selon Choi Gi-il, professeur d’études militaires à l’université de Sangji, les deux Corées ont désormais la «plus forte probabilité d’être entraînées dans un conflit armé».

«Supposons qu’une future provocation du Nord fasse des victimes civiles et militaires. Nous visons le point d’origine avec des obus. Mais allons-nous également les frapper avec des moyens aériens?», s’interroge-t-il.

En 2010, lorsque le Nord a bombardé l’île frontalière sud-coréenne de Yeonpyeong, faisant quatre morts, les avions de combat F-16 de Séoul étaient «en vol, prêts à frapper, mais le président de l’époque, Lee Myung-bak, a annulé l’opération» afin d’éviter une escalade.

«Si nous avions un incident similaire, il n’y a aucune garantie que la puissance aérienne ne sera pas utilisée, compte tenu des appels bellicistes» de l’administration sud-coréenne.

Et la réplique de Pyongyang «pourrait déboucher sur une véritable guerre dans le pire des cas», déclare l’expert.

 

Pas de possibilité de rapprochement?

Les perspectives de réconciliation intercoréenne ont longtemps été sombres.

Mais en qualifiant son voisin d’ennemi numéro 1, M. Kim «n’a pas seulement fermé la porte au rapprochement, il l’a cadenassée pour que les Sud-Coréens sachent clairement quelle est sa position à l’égard de leurs relations», estime Soo Kim de LMI Consulting, une ancienne analyste de la CIA.

Mais, selon elle, la nouvelle rhétorique de Pyongyang ne change pas nécessairement «le calcul de la Corée du Nord».

Pyongyang développe depuis longtemps des armes nucléaires et des missiles et M. Kim attend le moment opportun pour procéder à son septième essai nucléaire.

«Ces armes n’ont pas été développées du jour au lendemain, et les plans du régime de Kim pour les utiliser comme outils de coercition, de menace et de négociation sont leur modus operandi depuis des décennies», souligne l’experte.

 

Quelles sont les motivations de Kim Jong Un?

La récente rhétorique de Kim Jong Un à l’égard du Sud «semble relever d’un ajustement idéologique pour la survie du régime, justifiant l’accent mis par M. Kim sur les missiles nucléaires», estime Leif-Eric Easley, professeur à l’université Ewha de Séoul.

Malgré des années de fermeture des frontières liées au Covid et de contrôles stricts sur la circulation de l’information à l’intérieur du pays, les Nord-Coréens «sont de plus en plus conscients des échecs économiques de leur pays par rapport aux réussites sud-coréennes», selon lui.

«Ainsi, M. Kim redouble de prouesses militaires contre les menaces extérieures pour asseoir sa légitimité intérieure», observe M. Easley.

Le Sud doit organiser des législatives en avril, au cours desquelles le parti conservateur du président Yoon Suk Yeol tentera de reprendre le contrôle du Parlement.

«M. Kim pourrait également essayer de punir politiquement l’administration Yoon pour sa politique à l’égard de Pyongyang avant les élections», ajoute l’analyste.

 

 

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