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Diplomation et formation: les angles morts de la croissance

Mia Homsy|Édition de la mi‑septembre 2019

EXPERTE INVITÉE. Le Québec et sa métropole ont le vent dans les voiles. La croissance économique des dernières années a été solide et le Québec s’est démarqué à l’échelle canadienne pour ses performances en emploi. Même en ce qui a trait à l’innovation, la situation commence enfin à s’améliorer lorsqu’on compare la performance de Montréal à celle des autres métropoles nord-américaines de même envergure. Deux questions se posent toutefois : cette embellie sera-t-elle passagère ou durable ? Et quels sont les principaux freins qui retardent encore le développement du potentiel économique du Québec ?

Après deux années de croissance annuelle du PIB à 2,8 % (2017) et à 2,5 % (2018), le Québec se dirige vers une troisième année consécutive de croissance supérieure à 2 %, soit bien au-delà du potentiel estimé par les prévisionnistes, qui oscille entre 1,1 % et 1,5 %.

Les résultats sont encore plus impressionnants à Montréal : l’économie de la région métropolitaine a crû de 3,7 % en 2017 et de 3,4 % en 2018. Montréal se hisse au troisième rang des 15 villes retenues pour la croissance économique, selon le classement réalisé dans le cadre du rapport «Comparer Montréal».

Les bonnes performances du taux d’emploi, de la création et de la qualité des emplois, du taux de chômage et, plus récemment, de la croissance des salaires sont également encourageantes.

Plusieurs lacunes

Ce portrait favorable, dont il faut évidemment se réjouir, cache toutefois plusieurs lacunes : la croissance de la productivité et la qualification du capital humain demeurent des boulets. Dans un contexte de vieillissement de la population et d’accélération des changements technologiques, ces carences sont préoccupantes, puisque la productivité et le capital humain sont les deux principaux leviers de notre croissance à long terme. Dans la mesure où le capital humain est à la fois un déterminant important de la croissance et de la productivité, c’est là où il faut d’abord concentrer les énergies.

Malgré les améliorations des dernières décennies, c’est au Québec que la diplomation secondaire dans les temps requis demeure la plus faible parmi les provinces canadiennes. La situation est particulièrement critique chez les garçons francophones du réseau public, où seulement un garçon sur deux obtient son diplôme en cinq ans.

Le Québec demeure également à la traîne quant à la proportion des personnes âgées de 25 à 64 ans détenant au moins un diplôme d’études secondaires et ceux détenant un diplôme universitaire.

L’autre angle mort, dont on parle moins, mais qui se révèle de plus en plus névralgique, concerne la formation continue. Dans ce cas-ci, il est difficile de brosser un portrait clair de la situation tant les données sont déficientes.

Selon un rapport récemment publié par le Forum des politiques publiques, moins du tiers des Canadiens reçoivent une éducation non formelle liée à leur emploi. Ceux qui en reçoivent n’ont droit qu’à 49 heures d’enseignement par année, ce qui est en deçà de la moyenne de 58 heures dans les pays membres de l’OCDE. Pire encore, les personnes qui ont le plus besoin de formation supplémentaire sont celles qui ont le plus de mal à en recevoir.

Au-delà de ce manque d’information et des statistiques peu reluisantes de la diplomation au Québec, le risque que le décrochage scolaire augmente et que la formation continue diminue est encore plus important dans un contexte où le marché de l’emploi est favorable aux travailleurs. Il faudra demeurer vigilant pour éviter que l’embellie économique actuelle ne prépare des lendemains pluvieux pour les travailleurs.

EXPERTE INVITÉE
Mia Homsy
est directrice générale de l’Institut du Québec (IDQ) depuis sa fondation en février 2014.