Logo - Les Affaires
Logo - Les Affaires

Recharger les batteries de l’industrie du lithium au Québec

François Normand|Édition de février 2020

Recharger les batteries de l’industrie du lithium au Québec

Pour répondre à la demande attendue, l'industrie aura besoin d'investir pas moins de 30 milliards de dollars américains. (Photo: Getty Images)

L’industrie du lithium piétine depuis deux ans, au Québec, dans la foulée de la baisse des prix, surtout ceux du concentré de spodumène. Par contre, le secteur pourrait redémarrer grâce à la hausse de la demande mondiale et aux projections attendues dans la décennie 2020.

Les prix du lithium avaient diminué à partir de 2018, minant la rentabilité de plusieurs projets. « Les cours ont chuté parce que l’offre était supérieure à la demande », souligne la PDG de l’Association minière du Québec, Josée Méthot.

Depuis quelques mois, les prix semblent vouloir repartir à la hausse, tirés par la demande pour les carbonates et les hydroxydes de lithium, utilisés dans les batteries de lithium-ion pour les véhicules électriques.

Pour répondre à la demande attendue, l’industrie aura besoin d’investir pas moins de 30 milliards de dollars américains en nouvelles capacités de production dans la décennie 2020, selon Canaccord Genuity.

Le Québec compte cinq acteurs dans le lithium : Galaxy Resources, Sayona Québec, Corporation Lithium Éléments Critiques, Nemaska Lithium et Lithium Amérique du Nord (anciennement Québec Lithium). Aucun d’eux ne produit du lithium actuellement.

Nemaska Lithium et Lithium Amérique du Nord sont sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, la première depuis décembre, la seconde depuis mai. Quant aux trois autres minières, elles ont des projets à long terme au Québec, mais elles n’ont jamais produit de lithium à ce jour.

Nemaska Lithium affirme en avoir produit « plus d’une centaine de tonnes » jusqu’en décembre à sa mine Whabouchi, à la Baie-James, et à son usine pilote, à Shawinigan.

La minière a besoin d’argent frais pour exécuter des travaux et redémarrer ses opérations, souligne son président et chef de la direction Guy Bourassa. « On cherche des partenaires qui pourraient investir de 500 à 600 millions de dollars canadiens. »

Si tout se passe bien, Nemaska lithium produira du minerai sur une base commerciale à sa mine à la fin de 2021, tandis qu’elle commencera à produire des hydroxydes de lithium dans une usine de transformation Shawinigan à la fin de 2023.

2020 ou 2021 ?

En fait, la minière qui est susceptible de produire rapidement du lithium au Québec est Lithium Amérique du Nord, affirme une source de l’industrie qui requiert l’anonymat. Sa mine La Corne, située en Abitibi-Témiscamingue, en a déjà produit 180 000 tonnes de concentrés entre août 2017 et février 2019.

Lithium Amérique du Nord est actuellement contrôlée par le manufacturier chinois de batteries CALT et Investissement Québec (IQ). La minière est à la recherche d’un investisseur pour prendre la place de la chinoise Jien International Investment, qui avait racheté Québec Lithium avec IQ, mais qui a depuis fait faillite en Chine.

« Nous cherchons un partenaire pour redémarrer la mine », dit Jean-Paul Jiang, directeur général administratif de la mine. Elle pourrait produire uniquement du minerai, mais elle envisage aussi de produire des carbonates ou des hydroxydes de lithium. Selon nos informations, environ cinq entreprises ont visité le site de La Corne, dont l’australienne Galaxy Resources et Sayona Québec, une autre filière d’une société australienne, Sayona Mining.

Trois projets, mais loin d’une mise en service

« Galaxy n’a aucun intérêt dans les actifs de Lithium Amérique du Nord », affirme dans un courriel Denis Couture, directeur général de la filiale canadienne de Galaxy Resources. La minière a décliné notre demande d’entretien pour expliquer sa stratégie afin d’exploiter un jour une mine de lithium à la Baie-James.

Sayona Québec travaille quant à elle sur le projet Authier, en Abitibi-Témiscamingue. À la fin janvier, elle s’apprêtait toutefois à faire une offre pour tenter d’entrer dans le capital de Lithium Amérique du Nord.

Le projet Authier suit son cours. Si tout se passe comme prévu, la mine pourrait commencer l’exploitation à la fin de 2022. La minière est seule dans ce projet pour l’instant. « On discute avec des partenaires potentiels », souligne Brett Lynch, directeur général de Sayona Mining.

Quant à la minière canadienne Corporation Lithium Éléments Critiques, son projet Rose (lithium tantale), à la Baie-James avance bien, selon son PDG Jean-Sébastien Lavallée. « On travaille sur le financement », dit-il.

Ce projet comprend deux étapes : la mise en service d’une mine en 2021 et la mise en service d’une usine de deuxième transformation en 2023 afin de produire les carbonates et les hydroxydes de lithium.

Même si les conditions de marché semblent favorables, l’épidémie de coronavirus en Chine pourrait changer la donne. Au moment d’écrire ces lignes, la propagation du virus n’était pas encore sous contrôle, et la deuxième économie mondiale en pâtissait.

Si l’économie chinoise ralentit, la demande pour les véhicules électriques pourrait aussi diminuer et tirer vers le bas les prix du lithium.