Retraites mal préparées, compromis à l'horizon


Édition de Mars 2024

Retraites mal préparées, compromis à l'horizon


Édition de Mars 2024

En sondant 4000 ménages canadiens de 55 à 64 ans, Deloitte s’est aperçue que 55 % des ménages proches de la retraite devront faire des compromis sur le plan de leur mode de vie pour éviter de survivre à leurs économies financières. (Photo: 123RF)

Les membres de trois millions de ménages canadiens s’apprêtent à prendre leur retraite d’ici dix ans, selon des calculs de Deloitte. Si certains s’y sont bien préparés, d’autres ne peuvent pas en dire autant. Pour ces derniers, si rien n’est fait, les chiffres compilés par la firme laissent entrevoir des défis à l’horizon pour les futurs retraités.

Selon le rapport « Manquer de temps : il est urgent de consolider le système de retraite privé », publié par Deloitte avant les fêtes, ce n’est rien de moins qu’une crise qui se profile dans un avenir proche.

En sondant 4000 ménages canadiens de 55 à 64 ans, Deloitte s’est aperçue que 55 % des ménages proches de la retraite devront faire des compromis sur le plan de leur mode de vie pour éviter de survivre à leurs économies financières.

De quel genre de compromis parle-t-on ?

« Les premières choses que l’on coupe, ce n’est pas le loyer, mais souvent les extras, comme les voyages, les sorties, les restaurants. C’est dommage puisque la retraite est une période au cours de laquelle on devrait profiter de la vie, des loisirs », illustre Sophie Klimos, de Deloitte Canada.

La directrice principale du conseil en stratégie explique que certains devront toutefois aller plus loin et réduire par exemple la taille de leur domicile.

Le rapport fait un certain nombre d’autres constats inquiétants : 44 % des travailleurs canadiens, par exemple, puisent dans leur épargne-retraite pour payer des dépenses courantes, alors que 72 % des répondants estiment qu’ils n’épargnent pas suffisamment pour la retraite. Pis encore, 31 % des Canadiens estiment qu’ils devront s’appuyer uniquement sur les régimes de retraite gouvernementaux pour survivre.

 

Des solutions

Sophie Klimos recense trois causes principales à ce manque de préparation à la retraite.

D’abord, les employeurs ont de plus en plus recours aux régimes de retraite à cotisations déterminées, ce qui remet la responsabilité d’épargner dans les mains des travailleurs : le pourcentage de Canadiens salariés inscrits à des régimes à prestations déterminées a diminué de 7,7 % depuis l’an 2000.

Ensuite, les Canadiens n’épargnent pas suffisamment. En 2000, 6,3 millions de Canadiens ont cotisé à leur REER, avec une valeur médiane de cotisation de 2700 $. En 2019, 5,9 millions de personnes ont fait de telles contributions, pour une valeur médiane ajustée de 2298 $, en dollars de 2000.

Enfin, les épargnants vivent plus longtemps que ne le prévoyaient leurs plans de retraite.

Si Sophie Klimos reconnaît que les constats dégagés dans le rapport ne constituent pas une bonne nouvelle pour les futurs retraités, elle préfère focaliser sur les solutions potentielles.

« Ce n’est pas tout le monde qui a accès à un conseiller financier. Il faut parfois avoir un minimum d’actif. Il faut donc mieux démocratiser l’accès à la planification financière en développant des outils numériques pour rejoindre tout le monde », dit-elle. Une option consisterait à offrir des conseils en planification financière par l’entremise des régimes de retraite des employeurs.

 

Encore du temps

Pour sa part, l’actuaire en chef du Régime de rentes du Québec (RRQ), Jean-François Therrien, se fait optimiste.

Très conscient qu’une part de la population a encore du travail à faire pour se préparer à la retraite, il veut toutefois éviter de décourager les épargnants en lançant un message alarmiste. Il souligne que beaucoup peut être accompli en dix ans de travail.

« On peut augmenter notre taux d’épargne, par exemple, mais rien ne nous empêche de nous trouver un petit emploi à la retraite pour avoir un revenu d’appoint, dit-il. Oui, certains devront faire des compromis, mais pour beaucoup, il s’agira de petits compromis, pas de changements importants. »

Il note également que plusieurs ménages ont une richesse immobilière importante, et que si celle-ci n’est pas liquide, des outils comme les hypothèques inversées et les marges de crédit hypothécaire risquent de se développer dans les années qui viennent.

Jean-François Therrien conseille par ailleurs à ceux qui n’ont pas encore réalisé de planification financière d’utiliser l’outil SimulRetraite, offert sur le site web du RRQ. Pour y accéder, une connexion est requise dans clicSÉQUR puisque l’outil extrait certaines informations de vos dossiers gouvernementaux pour mieux calculer vos revenus à la retraite.

« On parle ici d’une analyse assez approfondie, mais c’est un excellent exercice à faire avant de rencontrer un professionnel parce que ça donne une idée approximative de notre niveau de préparation », dit Jean-François Therrien.

C’est à son avis un bon premier geste à poser pour maintenir son niveau de vie à la retraite.

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