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Et si l’entrepreneuriat rendait fou?

Dominic Gagnon|Mis à jour le 13 juin 2024

Et si l’entrepreneuriat rendait fou?

(Photo: Towfiqu Barbhuiya pour Unsplash.com)

EXPERT INVITÉ. Et si l’entrepreneuriat rendait fou? Cette question, je me la suis posée plus d’une fois. Comme bien des entrepreneurs, je me suis surpris à plusieurs reprises à fermer les yeux et à m’imaginer en train de réaliser un emploi beaucoup plus simple comme «flipper des boulettes» et me demandant pourquoi je m’infligeais toute cette pression.

Et comme une majorité, je me suis ouvert les yeux et me suis dit que de toute manière ce serait impossible pour moi. Que je ne sache rien faire d’autre qu’entreprendre que c’était simplement en moi. Est-ce que cela venait du fait que j’ai toujours eu l’impression d’être différent? Probablement! Mais dans les dernières années, j’ai aussi réalisé à quel point le fait d’être entrepreneur m’avait confronté à des défis auxquels je ne pensais jamais faire face et dont personne ne parlait vraiment dans l’écosystème.

 

Faut-il être fou pour entreprendre?

Très souvent, en conférence, je m’amuse à blaguer qu’il faut clairement être «fou» pour devenir entrepreneur et que les gens sains d’esprit vont plutôt choisir un emploi stable et bien rémunéré.

Depuis toujours, l’entrepreneuriat a été le terrain de jeu des visionnaires et des rebelles de ceux qui en créant leurs projets trouvaient des solutions aux problèmes existants, mais aussi osons le dire des fous. Dans le mot «fou» nous percevons souvent du négatif, mais cette folie est le carburant de l’innovation. Les idées vraiment révolutionnaires ne viennent pas d’une pensée conventionnelle, mais de la capacité à briser les moules, à défier les statu quo et à prendre des risques que d’autres qualifieraient d’insensés.

La folie est aussi souvent synonyme de passion irrépressible. Quand vous êtes passionné, votre énergie devient contagieuse: elle attire les talents, les investisseurs et les clients qui croient en votre vision nouvelle et veulent en faire partie.

 

La genèse d’un livre

Au début de la pandémie, les revenus de Connect&GO fondaient comme de la neige à plus de 30 degrés. Notre participation aux Jeux olympiques annulée, notre participation à la PGA annulée, tous les efforts des dernières années anéantis.

J’alignais les mises à pied sur Zoom à raison de cinq à dix par jour. À ce moment, j’étais convaincu que nous allions tout perdre et ce serait la seconde fois pour moi. J’ai vu noir: le type de noirceur qui fait peur. Si vous avez déjà vécu ce sentiment, c’est cette noirceur qui ne donne plus envie d’ouvrir les yeux.

Pendant longtemps, je me suis senti isolé, persuadé que j’étais seul à affronter tous ces défis avec ma santé mentale. Mais quand j’ai finalement osé partager ma réalité au grand jour, j’ai été frappé de découvrir à quel point d’autres entrepreneurs traversaient des épreuves similaires. À chaque parution de mon histoire dans un média, j’ai reçu des dizaines, voire parfois plus de cent messages d’entrepreneurs me partageant leur sollicitude et leurs enjeux de santé mentale, un peu comme si le fait que j’acceptais d’en parler ouvertement leur donnait enfin une porte pour se confier. Et pourtant on en parle si peu… En effet, nombreux sont ceux qui souffrent en silence, emprisonnés par une culture qui paradoxalement célèbre la résilience tout en ignorant les enjeux de santé mentale.

J’ai donc décidé d’écrire un livre sur le sujet. C’est un peu ça être entrepreneur, non? Trouver un problème et vouloir créer une solution pour le régler! Je n’ai pas l’audace de dire que mon livre règlera le problème, mais j’ai la sincère conviction que c’est un premier pas dans la bonne direction.

 

Des statistiques troublantes

Lorsque j’ai commencé l’écriture du livre, j’étais pleinement conscient que la situation n’était pas rose, mais jamais je n’aurais pu imaginer que c’était aussi troublant.

Selon l’Université de Californie à Berkeley, 72% des entrepreneurs seraient directement ou indirectement touchés par des problèmes de santé mentale comparativement à 48% chez les non-entrepreneurs. De plus, si on compare les entrepreneurs à la population générale, ceux-ci auraient 10 fois plus de troubles bipolaires, 6 fois plus de TDAH, 3 fois plus d’abus de substances comme les drogues et l’alcool et 2 fois plus de dépression et de pensées suicidaires.

Pas surprenant que, selon plusieurs études, le suicide serait la deuxième cause de mortalité chez les entrepreneurs, avant même le cancer. La première: les maladies cardiovasculaires. Disons qu’il est facile d’en tirer des conclusions.

Pourtant j’ai l’impression qu’encore certaines personnes dans l’écosystème préféreraient qu’on n’en parle pas… «Ça va décourager des gens à entreprendre», m’a-t-on dit. Peut-être qu’en parler plus sauvera quelques vies? C’est du moins mon impression!

Dans le livre, vous découvrirez des entrepreneur(e)s qui, pour plusieurs, se confient publiquement pour la première fois sur leurs enjeux de santé mentale. Pour certains, leurs employés, familles et proches ne savaient pas jusqu’à la parution de ce livre les difficultés auxquelles ils ont fait face. Il leur a fallu un courage immense pour choisir de parler et de se confier à ma partenaire d’écriture Isabelle Naessens.

 

Lorsqu’être différent devient un avantage

À plus d’une reprise, j’ai entendu des entrepreneurs dire qu’ils s’étaient lancés en affaires non pas par choix, mais par obligation. Ils se sentaient différents, incapables de fonctionner dans un cadre rigide et avaient un besoin insatiable d’accomplir de grandes choses. C’est aussi ce que soutiennent deux études publiées dans Biological Psychiatry et Journal of Abnormal Psychology, lesquelles soutiennent que l’entrepreneuriat est un choix de carrière qui s’impose souvent pour les personnes «différentes» ayant des problèmes ou des troubles de santé mentale.

J’ai pour ma part souvent mis en lumière dans ce blogue plusieurs avantages de la neurodiversité en entrepreneuriat. C’est aussi le constat que dresse le livre: être différent est un avantage indéniable, mais il existe aussi un autre côté de la médaille qu’il m’était important de présenter.

 

Des solutions concrètes!

Le constat est clair: les entrepreneurs souffrent plus que la population générale. En prendre conscience et l’accepter est la première étape. Maintenant, il est temps de réfléchir aux différentes solutions, mais aussi à comment l’écosystème entrepreneurial et l’entourage de l’entrepreneur peuvent contribuer à améliorer la situation. Tout cela passe par la recherche de soutien ainsi que par la mise en place de limites saines et de l’équilibre entre le travail et la vie personnelle.

Ce livre se veut aussi un appel à réflexion chez tous les acteurs de l’écosystème entrepreneurial dans la promotion de la santé mentale des fondateurs. Il est temps de créer un environnement où la réussite professionnelle ne se mesure pas seulement sur le plan des chiffres, mais aussi en fonction du bien-être de ceux qui osent entreprendre.

Le livre est disponible en précommande sur www.foliedentreprendre.ca et partout à compter du 20 mars. Les profits du livre vont au programme Persévérance entrepreneuriale.