Génie: regarnir les rangs de la profession


Édition du 20 Mars 2024

Génie: regarnir les rangs de la profession


Édition du 20 Mars 2024

La croissance de 40% équivaut à une demande annuelle supplémentaire moyenne de 5198 emplois. (Photo: courtoisie)

MOIS DU GÉNIE. La demande de travailleurs dans l’industrie du génie connaîtra une croissance de 40 % d’ici dix ans, estime l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ), et ce, alors que le domaine est actuellement en pénurie de main-d’œuvre. À quel point la situation est-elle urgente, et quelles réponses l’industrie peut-elle offrir quant à ce défi de ressources humaines ?

En novembre dernier, l’OIQ publiait une grande étude sur l’évolution de la main-d’œuvre dans le secteur entre 2023 et 2033. Réalisée en collaboration avec Aviseo Conseil, elle contenait peu de nouvelles réjouissantes pour les entreprises.

Sur un plan positif, l’étude rapportait un meilleur bilan global par rapport aux dernières prévisions, réalisées en 2021 : la demande devait alors excéder l’offre de 1,6 %, alors que le rapport actuel prévoit plutôt un léger surplus de 1,1%.

Cela dit, si l’écart s’est rétréci, il existe tout de même encore, et l'offre en professionnels (52 556) continuera d’excéder la demande (51 981). Plus largement, en raison notamment des départs à la retraite et des nouveaux besoins générés par la croissance de l’économie, la demande de professionnels en génie passera de 80 958 en 2023 à 113 150 en 2030, une hausse de 40 %. Cela correspond à une demande annuelle supplémentaire moyenne de 5198 emplois.

 

Domaines plus touchés

L’Ordre note que certaines spécialités seront plus touchées que d’autres. La rareté sera particulièrement criante en génie aérospatial, en génie informatique ainsi qu’en génie électrique et électronique.

« L’industrie aérospatiale a connu une reprise rapide depuis la fin de la pandémie et ça crée une forte pression sur la main-d’œuvre », explique Sophie Larivière-Mantha, présidente de l’OIQ.

« En génie électrique, c’est surtout la transition énergétique et l’essor de la filière batterie qui vont alimenter l’offre. Quant au génie informatique, où l’on aura une grande, grande croissance, c’est plutôt lié à l’intelligence artificielle et aux besoins connexes de cybersécurité et de protection des données. »

Face à ce défi de main-d’œuvre qui perdure dans l’industrie depuis maintenant plusieurs années, les firmes interrogées par Les Affaires ont adopté une attitude de résignation : elles ont accepté de devoir composer avec cette rareté de main-d’œuvre pendant encore longtemps.

« J’aimerais avoir un autre propos, mais je ne pense pas que la pénurie va se résorber d’ici dix ans. Honnêtement, en ce moment, c’est difficile de recruter dans toutes les spécialités », confie Sébastien Mousseau, vice-président principal, chef de l’exploitation et des capacités chez AtkinsRéalis.

Anciennement SNC-Lavalin, AtkinsRéalis emploie aujourd’hui 8000 personnes au Canada, dont 6000 qui occupent des emplois techniques liés au génie dans diverses spécialités : nucléaire, civil, environnement, bâtiments, transports.

Comme beaucoup dans l’industrie, elle jongle actuellement avec les effets de la rareté de main-d’œuvre. En février dernier, par exemple, la firme avait 1200 postes en génie à pourvoir, notamment 400 postes d’ingénieurs, et la tâche n’était pas mince.

« Trouver des gens, c’est un défi quotidien. Et je pense que c’est le cas de nos compétiteurs aussi parce que le marché est très chaud », raconte Sébastien Mousseau.

 

Des solutions à développer

Les tendances économiques et sociales à la source de cette rareté sont nombreuses. L’Ordre en détermine un peu plus d’une dizaine dans son rapport, dont cinq qui ont gagné en importance depuis la pandémie.

Le maintien et la bonification des infrastructures publiques, par exemple, est une des tendances que bon nombre de firmes ont sur leur radar : les dépenses prévues dans le Plan québécois des infrastructures seront en hausse dans les années qui viennent. Ces investissements permettront d’entretenir le parc d’infrastructures publiques de la province, qui souffre d’un déficit d’entretien.

Le vieillissement de la population et la transition énergétique sont deux autres tendances importantes. Alors que la première engendrera nombre de départs à la retraite, la seconde s’accompagnera de nouveaux projets à réaliser, qu’il s’agisse de barrages électriques ou d’usines de batteries.

Pour renouveler et regarnir les rangs de la profession, différents joueurs de l’industrie ont recours à différentes pratiques.

À l’OIQ, Sophie Larivière-Mantha a de bons mots pour l’initiative des bourses Perspective Québec. Lancées pour l’année scolaire 2022‑2023, celles-ci sont offertes aux étudiants collégiaux et universitaires de certains domaines fortement touchés par la pénurie de main-d’œuvre, comme le génie. « Ça semble avoir déjà un impact positif sur les inscriptions. On pense que ça va beaucoup aider », dit la présidente. Elle se réjouit également du soutien continu de Québec, annoncé en 2021, pour l’embauche de 500 professeurs en génie.

« Quant à l’immigration, le deuxième moyen d’augmenter l’offre, le processus de recrutement a été simplifié dans les dernières années. En 2018, devenir candidat à la profession prenait 18 mois. Aujourd’hui, ça en prend six. »

Sébastien Mousseau, pour sa part, explique qu’AtkinsRéalis travaille davantage sur le plan de la rémunération, des avantages sociaux et des conditions de travail. « Aujourd’hui, les gens veulent aussi une mission, une raison d’être, dit-il. On va donc à la rencontre des jeunes étudiants dans les universités, on les invite dans nos bureaux et on leur explique comment notre profession répond aux enjeux d’aujourd’hui et de demain. »

Selon lui, l’industrie doit travailler fort pour valoriser la profession. « Il faut le faire, il faut promouvoir les formations techniques parce que sinon, on aura de la difficulté à livrer nos projets de société, qu’on parle de transition énergétique ou d’entretien des infrastructures. »

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