Productivité, innovation et IA : mais qu’attendez-vous?

Publié le 06/03/2023 à 12:00

Productivité, innovation et IA : mais qu’attendez-vous?

Publié le 06/03/2023 à 12:00

Par Hugues Foltz

Notre secteur manufacturier accuse depuis longtemps un retard en termes de productivité par rapport au reste du Canada. (Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Le mois dernier se tenait le WAICF (World AI Cannes Festival) en France, un événement riche en innovation qui regroupe un bassin de chercheurs et d’entreprises spécialisées en intelligence artificielle provenant d’un peu partout dans le monde.

Là-bas, la délégation canadienne a connu un engouement incroyable et nos entreprises se sont rapidement démarquées des autres par leur avant-gardisme, leur ambition et leur esprit d’initiative. Une telle nouvelle est un véritable baume sur mon cœur d’entrepreneur, qui se réjouit de constater que notre talent est reconnu à sa juste valeur.

Malheureusement, notre popularité internationale en IA, acclamée par plusieurs, ne concorde tout simplement pas avec notre réalité et l’application de cette expertise dans nos entreprises. En effet, les taux de croissance de la productivité canadienne ont toujours été historiquement faibles relativement aux normes internationales et aux autres pays membres de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).

Cette lacune s’explique en grande partie par le sous-investissement des entreprises canadiennes dans la recherche et le développement, tout comme dans les technologies numériques. La situation au Québec n’est pas plus rose. Notre secteur manufacturier accuse depuis longtemps un retard en termes de productivité par rapport au reste du Canada. Dans cette foulée, nous agissons en bons derniers, impassible face au retard technologique qui nous glisse bien souvent entre les doigts.

 

Pourquoi donc ?

Je ne me lancerai pas dans une étude poussée des différents secteurs d’exploitation du Canada et du Québec afin de dresser la liste de toutes les entraves à notre efficacité. Je suis également conscient que de nombreux facteurs peuvent impacter un tel résultat et que le climat géopolitique actuel n’aide en rien.

Mais je ne peux pas non plus jeter l’éponge et vous dire qu’il n’y a rien à faire mis à part accepter notre sort. Clairement, notre problème de productivité est largement causé par une mauvaise utilisation des ressources mises à notre disposition, mais surtout d’un manque d’intérêt envers l’innovation qui nous fait traîner de la patte.

Oui, encore et toujours l’innovation. Je ne pensais honnêtement pas avoir à me répéter à ce sujet. Ça fait maintenant des années qu’on vous casse les oreilles avec les mêmes conseils, moi et une pléiade d’autres acteurs importants du monde des technologies : il faut innover ! Il y a 10 ans, l’urgence se faisait déjà sentir, mais en 2023 ? C’est une obligation !

Il faut avouer que beaucoup d’entreprises québécoises sont très frileuses face au changement et aux nouvelles technologies. C’est une mentalité bien insidieuse et lourdement ancrée dans notre société que je m’efforce de démanteler depuis belle lurette, mais particulièrement dans une situation économique aussi précaire qu’en ce moment.

Certes, l’optimisation de tout processus peut demander un investissement de temps, d’énergie et d’argent qui en effraie plus d’un, mais sachez que vous n’avez pas à traverser cette étape seuls.

De l’aide, il y en a. Beaucoup plus que vous pourriez le croire. Même pour les industries les plus nichées, il y a généralement des programmes de subvention qui offrent de généreuses contributions ou des entreprises spécialisées qui viendront vous appuyer dans votre virage numérique. Pas besoin de vous lancer dans un projet pharaonique sur une dizaine d’années, ou dans un programme de recherche laborieux. Parfois, un simple petit «quick win» peut faire toute la différence et vous rapporter des gains rapides pour un minimum d’efforts.

Si vous êtes à la recherche de financement pour former votre main-d’œuvre ou pour lancer un projet d’intelligence artificielle, il existe des organisations comme Scale AI, une supergrappe d’investissement et d’innovation axée sur l’accélération et la commercialisation de l’intelligence artificielle pour les chaînes d’approvisionnement.

Entre autres, Scale AI peut rembourser jusqu’à 50% des dépenses pour vos projets, une somme non négligeable offerte sur un plateau d’argent et qui n’a pourtant pas été utilisée entièrement dans le cadre de la première mouture du programme. C’est un peu désolant, je ne vous mentirai pas.

Si c’est plutôt d’encadrement dont vous avez besoin parce que vous ne savez pas par où commencer, le Québec a la chance de regorger d’organisations de renom et de sommités en matière d’IA, de centres de recherche et d’entreprises compétentes qui peuvent vous accompagner dans toutes les étapes de votre de la preuve de concept, à la conception, en passant par le déploiement et le peaufinage de votre projet.

Il n’y a vraiment plus d’excuse à cet immobilisme. Mon texte vous semble peut-être abrasif, mais c’est parce que je sais qu’il existe actuellement une foule de moyens pour optimiser le rendement, l’efficacité et la valeur de votre entreprise — peu importe sa taille et son domaine d’exploitation — et que ces derniers sont tristement négligés.

Face à l’éternelle pénurie de main-d’œuvre et aux remous d’une pandémie qui commencent tout juste à s’estomper, je peine à comprendre pourquoi le Québec s’attarde à sauter dans le train de l’innovation. Notre province est un terreau fertile d’innovation et pourtant nos propres entreprises ne semblent pas en profiter.

Faisons honneur à notre réputation internationale, qui nous précède amplement !

 

Sur le même sujet

Conduite autonome: c'est bien réel

27/05/2024 | John Plassard

EXPERT INVITÉ. Peu à peu, l’électronique est capable de prendre le contrôle de certaines situations.

L’IA générative pour doper la productivité canadienne

22/05/2024 | Emmanuel Martinez

L’adoption de l’IA générative par les entreprises permettrait de stimuler la productivité au pays.

À la une

OBNL: le sentiment d’imposture bien plus présent chez les femmes que les hommes

Le sentiment d’imposture est plus présent chez les femmes que chez les hommes qui siègent sur les CA d’OBNL québécoises.

Adaptation au climat: les entreprises doivent se préparer au pire

Le Groupe d’experts en adaptation aux changements climatiques (GEA) a publié un rapport crucial pour le Québec.

Climat: le GEA recommande de la «cohérence gouvernementale»

Mis à jour à 14:09 | La Presse Canadienne

Les membres du GEA ont publié une liste de 20 recommandations, soutenues par plus de 90 moyens.