Qubic: des systèmes radars plus précis grâce au quantique

Publié le 16/02/2024 à 15:09

Qubic: des systèmes radars plus précis grâce au quantique

Publié le 16/02/2024 à 15:09

Par Isabelle Delorme

Le contrôle des signaux sur le champ de bataille est crucial pour contrôler l’information dont dispose l’adversaire, explique le PDG, Jérôme Bourassa. (Photo: 123RF)

FOCUS ESTRIE. Lorsque Jérôme Bourassa, cofondateur et PDG de l’entreprise Qubic, a réalisé que les militaires sur le front hésitent à utiliser leur radar par crainte d’être détectés dans la minute, il a eu un choc. « C’est une faille importante des systèmes que nous travaillons à résoudre grâce au quantique. »

Deux fragilités affectent actuellement les performances et la sécurité des radars : les interférences et le bruit. « Il arrive souvent que trop d’appareils partagent le même type d’ondes, qui vont interférer les unes avec les autres, ce qui réduit la performance des systèmes, voire les empêche de fonctionner, décrit l’entrepreneur. » Or, le contrôle des signaux sur le champ de bataille est crucial pour contrôler l’information dont dispose l’adversaire. « On sait par exemple que les Russes ont brouillé les signaux GPS en Ukraine pour empêcher les soldats ukrainiens de se positionner adéquatement, explique Jérôme Bourassa. Le bruit peut aussi contaminer les signaux que l’on essaye de détecter et d’extraire. » 

Fondée en 2018 dans l’écosystème quantique de Sherbrooke, Qubic développe un système à micro-ondes quantiques à partir de circuits supraconducteurs pour réduire cette vulnérabilité d’autant plus gênante que les technologies utilisant des ondes radio sont essentielles pour prendre des décisions cruciales en matière de défense militaire et de sécurité civile, comme dans les aéroports. « Nous pensons que le quantique peut procurer une robustesse et une précision accrue aux systèmes radars existants pour qu’ils donnent des informations plus précises possibles et de manière plus sécuritaire, indique Jérôme Bourassa. Ils permettent de transmettre avec moins de puissance, en utilisant des signaux qui ont une structure plus complexe et sont donc plus difficiles à déceler par les tiers. »

 

Une innovation mondiale 

Les premiers tests du concept en laboratoire ont donné des résultats encourageants avec une détection radar deux fois plus précise et sécuritaire que les systèmes radars conventionnels comparables. « Nous avons donc une première démonstration que cela fonctionne. Nous allons fabriquer en 2024 le tout premier prototype de radar quantique au monde », annonce Jérôme Bourassa. 

L’entreprise de sept personnes compte le ministère de la Défense nationale du Canada et l’équipementier américain Lockheed Martin comme clients. « Ils nous commandent des études qui nous permettent de faire avancer notre technologie et de valider nos revendications. Ce sont nos clients, mais aussi nos partenaires », indique Jérôme Bourassa, qui prévoit passer de 300 000 $ de chiffre d’affaires annuel aujourd’hui à 1 million de dollars (M$) en 2024 grâce à des contrats de recherche et de développement avec des équipementiers et de nouvelles subventions gouvernementales. Lorsque le prototype sera opérationnel, les ventes de l’entreprise devraient atteindre au moins 10 M$ par année, estime l’entrepreneur.

 

Des solutions en défense et en aérospatiale 

Avoir la fibre entrepreneuriale lorsqu’on est chercheur n’est pas toujours évident. Pour Jérôme Bourassa, qui est aussi professeur associé à l’Institut quantique de l’Université de Sherbrooke, « lorsqu’on est persuadé qu’une idée peut vraiment fonctionner et changer quelque chose, et qu’elle perdure pendant des mois, on n’a plus d’autre choix que de la suivre ». Il a cofondé Qubic avec Christopher Wilson, professeur à l’Institute for Quantum Computing (IQC), de l’Université de Waterloo. « La Défense nationale nous avait demandé à chacun d’étudier l’utilisation du quantique pour les systèmes radars, moi sur l’aspect théorique et lui sur l’aspect expérimental », raconte-t-il. 

Résoudre des problèmes concrets est d’ailleurs son cheval de bataille. « On peut promettre beaucoup de choses plus ou moins réalistes pour dans 20 ans ! Notre prétention n’est pas de révolutionner les systèmes de radars existants, mais de résoudre les problèmes de résilience, de précision et de sécurité d’utilisation des dispositifs », explique-t-il. 

Le premier marché visé par la jeune pousse est donc la défense, mais elle a d’autres ambitions dans son viseur, comme les lignes de communication, dont la résilience et la sécurité peuvent être améliorées. « Nous nous intéressons aussi aux technologies à double usage civil et militaire, dans le domaine de l’aérospatiale notamment. Nous pouvons par exemple augmenter les capacités des systèmes terrestres qui acheminent les informations fournies par les satellites », prévoit le chercheur, dont l’un des grands défis est humain. « Pour développer notre technologie, explique-t-il, nous avons besoin de recruter à des postes clés des personnes dont l’expertise unique est rare et très demandée. »

 

Cet article a initialement été publié dans l'édition papier du journal Les Affaires du 11 octobre 2023.

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