Une industrie qui se réinvente

Offert par Les Affaires


Édition du 14 Avril 2021

Une industrie qui se réinvente

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Édition du 14 Avril 2021

Jean-Philippe Vermette, directeur de l’intervention et des politiques publiques du Laboratoire d’agriculture urbaine. (Photo: courtoisie)

AGRICULTURE ET AGROALIMENTAIRE. Pour augmenter considérablement la production serricole au Québec, les maraîchers devront développer des approches innovantes. D’ailleurs, les projets de ce genre abondent dans l’industrie.

Le grand défi à relever concerne le climat hivernal. «On doit remplacer mère Nature», résume Yves Daoust, fondateur de Ferme d’hiver, qui veut créer un pôle industriel en agriculture verticale. Les producteurs doivent chauffer la serre, réguler l’humidité et l’irrigation, en plus d’ajuster l’éclairage, puisque la luminosité réduite de la saison froide ne suffit pas à alimenter le processus de photosynthèse.

En misant sur l’agriculture verticale, Ferme d’hiver densifie les cultures dans un même espace, ce qui en augmente la rentabilité. Son environnement entièrement fermé et contrôlé permet de produire tout l’hiver. La chaleur générée par ce système vertical peut être récupérée et utilisée pour chauffer des serres traditionnelles.

«Nous ne voulons pas concurrencer les maraîchers, mais les aider à produire», souligne Alain Brisebois, président et chef de la direction. Un premier module de Ferme d’hiver est en construction à Vaudreuil-Dorion. L’entreprise a aussi une entente avec les marchands IGA afin d’y vendre les fraises d’hiver cultivées dans ses locaux de Brossard. En avril dernier, Investissement Québec y a investi 1,3 million de dollars (M$).

 

Agriculture intelligente

Inno-3B développe quant à elle des systèmes de culture verticale automatisés pour produire des légumes-feuilles et des micropousses à Saint-Pacôme, dans le Bas-Saint-Laurent. Ses clients sont issus de l’alimentation et de la biopharmacie. La plupart se trouvent à l’extérieur du Québec, notamment à Dubaï et aux États-Unis.

«Notre système réplique en continu les caractéristiques climatiques du meilleur jour de l’année pour un plant», explique le PDG, Martin Brault. La technologie permet même de modifier les attributs d’un plant — comme son format, son goût ou son arôme — en jouant sur la luminosité ou l’irrigation. «Si on coupe l’irrigation d’un plant de basilic pendant 24 heures entre les jours 12 et 14 de la production, la plante croit qu’elle est en danger et produit certaines hormones qui changent son goût», illustre-t-il.

L’approche d’Inno-3B mise également sur une manutention automatisée des produits. Les plateaux superposés s’imbriquent ainsi pour former un genre de train. Un ascenseur peut donc aller chercher plusieurs «wagons» et les ramener à la base de la serre. Le module livre donc lui-même des plateaux de culture au producteur ou les achemine vers d’autres installations robotisées.

 

D’une pierre deux coups

L’industrie serricole peut aussi compter sur l’apport du Laboratoire d’agriculture urbaine (AU/LAB), créé à l’Université du Québec à Montréal en 2008 et devenu un organisme à but non lucratif en 2014. «Nous étions spécialisés en agriculture citoyenne et communautaire, puis nous avons élargi nos activités de recherche, de formation et d’accompagnement à l’agriculture urbaine commerciale», explique Jean-Philippe Vermette, son directeur de l’intervention et des politiques publiques.

L’AU/LAB possède notamment une ferme expérimentale sur le toit du Palais des congrès de Montréal. Il travaille sur l’élevage des poules en ville, sur l’écopâturage (avec 10 moutons en résidence au Jardin botanique de Montréal) en plus d’accompagner diverses entreprises et des municipalités.

L’organisme planche actuellement sur l’ouverture d’un complexe de serres de 50 000 pieds carrés dans l’arrondissement Rivière-des-Prairies–Pointeaux-Trembles, en collaboration avec l’Institut de recherche en biologie végétale (IRBV). Le projet produira annuellement 350 tonnes de légumes et mise sur deux sources d’énergie originales.

La décontamination de 15 hectares de sols grâce à la phytoremédiation (la décontamination par les plantes) générera 250 tonnes de biomasse. «Nous les ajouterons à 750 tonnes de biomasses provenant des arbres coupés en raison de l’agrile du frêne, explique Jean-Philippe Vermette. Cette biomasse chauffera le complexe de serres.»L’investissement, qui prévoit l’implantation et trois années d’opérations, est évalué à 7 M$.

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