Les secrets du dividende: les clés de la performance boursière

Publié le 11/04/2024 à 07:32

Les secrets du dividende: les clés de la performance boursière

Publié le 11/04/2024 à 07:32

Par Courrier des lecteurs
Un graphique qui montre de la croissance.

Mettre trop d’emphase sur le taux de rendement du dividende pourrait s'avérer être une erreur coûteuse. (Photo: 123RF)

Un texte de Mathieu Bouthillier**

COURRIER DES LECTEURS. Le dividende est un concept largement répandu et apprécié par les investisseurs, tout en étant l'objet d'études approfondies par les chercheurs du monde entier. La contribution du dividende au rendement-risque d’un portefeuille est appréciable. Plusieurs y voient aussi un gage de stabilité et de maturité de l’entreprise.

Cependant, mettre trop d’emphase sur le taux de rendement du dividende pourrait s'avérer être une erreur coûteuse. Nous avons réalisé une étude qui examine les questions suivantes: Faut-il privilégier les entreprises offrant un dividende élevé, ou au contraire celles qui n'en distribuent pas du tout ou très peu? Quelles variables devraient être prises en compte dans cette décision? Cette analyse aide les investisseurs à élaborer leur stratégie d'investissement. Notre recherche complète est disponible ici et les principales conclusions sont présentées ci-dessous.

Éclairés par la littérature la plus récente sur le sujet, nous proposons un cadre microéconomique novateur pour analyser le signal émis par les décisions de distribution de dividendes prises par la direction d'une entreprise. Il faut retenir que l’opportunité de croissance (investissement interne à la firme, acquisition) est un coût d’opportunité au dividende.

Cette variable importante varie immanquablement entre les différents secteurs d’activité. Ainsi, le signal émis par la politique de dividende ne résonne pas également à travers les types et profils de firme. Pour une industrie donnée à faible croissance, les entreprises plus profitables choisiront de se démarquer de leurs pairs moins rentables via une politique de dividende plus généreuse. Les entreprises de croissance de grande qualité (marge de profit élevées, grandes opportunités d’investissement corporatif) présentent déjà clairement des attributs distinctifs supérieurs et n’ont pas à signaler leur différenciation par l’établissement d’un dividende.

Dans ce cas précis, il importe d’incorporer dans sa recherche de titres des attributs qualitatifs comme l’avantage compétitif et l’innovation. Toutefois, plusieurs de ces entreprises de qualité convoitées auraient pris la décision d’établir une politique de dividende, peu onéreuse selon la capacité financière à le débourser et le plus souvent en croissance rapide.

Notre recherche démontre que pour maximiser le rendement total long terme de l'investisseur, il convient de scruter le dividende futur, celui que l’entreprise peut se permettre. Une entreprise dotée de marges élevées et en croissance tend à offrir un rendement sur capitaux propres solide et bien défendu. Le maintien d'une partie importante des bénéfices permet à l'entreprise de financer de nouvelles opportunités d'investissement, maximisant son potentiel de croissance. L’amalgame de ces deux considérations est central au concept de croissance durable (dénotée g*). Il est également essentiel de souligner l'importance croissante des rachats d'actions effectués directement par les entreprises pour annuler celles-ci. Il est donc indispensable de prendre en compte la distribution totale versée au bénéfice direct de l'investisseur et non pas uniquement les dividendes.

 

Les principales conclusions pour les investisseurs sont les suivantes :

 

1. Le futur est plus important que le passé

a) La valeur présente est égale aux flux de trésorerie estimés actualisés

i) La distribution aux actionnaires est une source de rendement réel idiosyncratique, détachée des fluctuations boursières.

b) La croissance durable est un bon baromètre du potentiel de croissance et un déterminant significatif du rendement boursier

i) Le taux de rendement des capitaux propres (« ROE ») ainsi que la croissance de ce dernier sont des variables financières importantes à incorporer.

c) La croissance historique du dividende, bien que tournée vers le passé, demeure prisée

i) Il faut viser haut et éviter les coupures de dividende.

 

2. La distribution totale aux actionnaires communique davantage d’information

a) La distribution totale inclut le rachat d’actions (additionné au dividende)

i. Les rachats d’actions sont plus fréquents et plus importants que les dividendes pour le marché américain (S&P 500);

ii. L’analyse empirique des rendements boursiers ressort favorable envers le taux de rachat d’actions;

iii. Les rachats d’actions sont plus volatils: la moyenne 10 ans de la distribution totale (ainsi ajustée au cycle) procure un meilleur résultat.

b) Le taux de rendement du dividende : conclusions nuancées

i. ll ne faut pas viser un taux de dividende trop élevé : le groupe « extreme » sous-performe le groupe « haut »;

ii. Il ne faut pas viser un dividende trop bas : le groupe « aucun dividende » sous-performe, surtout pour le marché canadien (S&P TSX);

1) Toutefois, pour le marché américain (S&P 500), le groupe « aucun dividende, aucune coupe» surperforme en raison de son profil axé sur l’innovation et l’historique minimum de cinq ans requis. Ici, il faut viser un g* et un avantage concurrentiel élevés.

iii. Au Canada, l’allocation sectorielle explique la relation plus importante entre le rendement boursier et le taux de dividende.

 

Ce processus expose la méthodologie fondamentale qui sous-tend l'élaboration de la politique d'investissement de notre stratégie interne appelée Défensif. Ce mandat à long terme cible des entreprises de grande capitalisation, liquides et versant des dividendes, visant spécifiquement les entreprises de catégorie T1 (ici en référence à notre recherche) présentant un potentiel de croissance robuste, capables de générer de la valeur indéfiniment, cela de manière durable.

Non dirigé par quelconque indices de référence, notre processus de sélection quantitative+ combine des mesures fondamentales avec des évaluations qualitatives, incluant le fossé économique/barrières à l’entrée (dit « economic moat » en anglais). De plus, nous sommes convaincus que l’enlignement de la résilience économique avec la durabilité ESG est fondamental pour la prospérité long terme des investissements.

Depuis le lancement de la stratégie d'investissement Défensif en janvier 2021, notre principe directeur a été la conviction que la croissance des dividendes était un attribut plus porteur que le simple taux de rendement des dividendes, sur des périodes prolongées.

Instinctivement, en priorisant une croissance future durable et robuste, nous capitalisons à la fois sur des attributs de qualité quantitatifs et qualitatifs. En tant que tel, nous le considérons comme l'approche essentielle pour l'investissement à long terme, incarnant une stratégie toutes saisons où les grandes capitalisations excellent dans leur capacité à se développer. Essentiellement, faire ce qu’elles font de mieux : croître.

 

 

*Mise en garde : B-CAP investit dans les entreprises ci-mentionnées, ainsi que dans d’autres titres également en lien avec le thème discuté. Ce texte n’est pas une recherche exhaustive sur le sujet et n’est pas destiné à servir de base à une décision d’investissement. Chaque lecteur doit mener une enquête jugée nécessaire pour parvenir à une évaluation indépendante d'un investissement dans les titres de sociétés mentionnés dans cet article (y compris les mérites et les risques impliqués).

 

**Mathieu Bouthillier est CFA et titulaire d’un BAA profil Finance (HEC Montréal), d’un DESS en produits dérivés (UQÀM en partenariat avec M-X) et d’une Maîtrise en Économie profil Finance (University of Edinburgh). B-CAP a pour mission de générer un rendement compétitif pour les investisseurs, principalement en développant des stratégies innovantes. La société s’intéresse particulièrement aux mandats à rendement absolu, proposant un équilibre entre protection et croissance du capital, ainsi qu’aux occasions de placement atypiques à potentiel de rendement élevé.

 

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