Loi 101: aidons les PME à mieux intégrer les immigrants

Publié le 10/04/2021 à 08:56

Loi 101: aidons les PME à mieux intégrer les immigrants

Publié le 10/04/2021 à 08:56

Le nerf de la guerre, c’est avant tout la francisation et l’intégration des immigrants, et non pas leur pays d’origine. (Photo: 123RF)

ANALYSE ÉCONOMIQUE — Deux études de l’Office québécois de la langue française (OQLF) confirment que le français est en déclin au Québec. Le gouvernement Legault doit donc frapper fort pour renverser cette tendance lourde en renforçant la loi 101. Et il a tout intérêt à s’appuyer en partie sur les PME, car elles peuvent jouer un rôle plus important pour franciser et intégrer les immigrants en régions.

Le 29 mars, l’OQLF a publié Scénarios de projection de certaines caractéristiques linguistiques de la population du Québec (2011 – 2026) et Langues utilisées dans diverses situations de travail au Québec en 2018.

L’OQLF a publié ces études, alors que le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, se prépare à présenter prochainement une réforme de la Charte de la langue française (dite loi 101).

Ottawa n’est pas en reste.

En février, le gouvernement Trudeau a présenté un projet pour remodeler la loi sur les langues officielles, en s’inspirant de certaines dispositions la loi 101. Les libéraux veulent par exemple que les entreprises de compétence fédérale qui emploient plus de 50 personnes respectent les droits de leurs employés francophones.

L’heure est grave, et les derniers « linguistosceptiques » ne peuvent plus nier l’évidence à la lumière des principaux constats des deux études de l’OQLF.

 

La première étude :

• La proportion de francophones de langue maternelle passerait de 79 % en 2011 à une proportion se situant entre 70 % et 72 % en 2036.

• Pour sa part, sur la même période, la proportion de francophones selon la langue parlée le plus souvent à la maison passerait de 82 % à une proportion se situant entre 74 % et 76 %.

La seconde étude :

• En 2018, près de la moitié des francophones du Québec (49,0 %) et plus du deux tiers des francophones qui travaillaient sur l’île de Montréal (68,3 %) utilisaient régulièrement l’anglais ou une autre langue que le français au travail. 72,8 % des allophones, et 86,8 % des anglophones déclaraient utiliser régulièrement l'anglais ou une autre langue que le français.

 

Nul besoin d’être un grand devin pour comprendre le sort réservé au français à long terme (sur un horizon de 25 ans, 50 ans, voire 100 ans) si cette tendance se maintient: le français sera marginalisé — même au Québec — et la région métropolitaine deviendra majoritairement anglophone.

La paix sociale et la stabilité politique du Québec pourraient aussi être menacées.

Dans l’histoire, peu de peuples ont accepté de se laisser marginaliser sur leur propre territoire sans réagir par une poussée ultranationaliste.

Personne ne souhaite un tel scénario pour le Québec.

C’est pourquoi le gouvernement Legault s’apprête à renforcer la loi 101.

Le temps des demi-mesures est terminé, affirment des observateurs.

 

Étendre la loi 101 aux PME de 25 à 49 employés

Pour certains, la loi 101 doit s’étendre aux cégeps (alors que de jeunes francophones fréquentent de plus en plus les cégeps anglophones) et aux PME de moins de 50 employés.

Pour d’autres, il faut réduire les seuils d’immigration et sélectionner uniquement des immigrants francophones.

Chose certaine, réduire de manière importante les seuils d’immigration va à l’encontre des intérêts de la plupart des entreprises qui pâtissent d’une pénurie de main-d’œuvre, un phénomène que la pandémie de COVID-19 a exacerbé.

Le Québec a besoin d’oxygène, même si les entreprises doivent continuer bien entendu à automatiser et à numériser davantage leurs procédés.

 

Selon l'OQLF, le poids des francophones de langue maternelle et celui des personnes dont le français est la langue parlée le plus souvent à la maison diminueront d’ici 2036. (Photo: 123RF)

Miser sur une immigration francophone peut être envisageable, mais cela ne sera jamais une panacée. Cela limiterait par exemple l’arrivée de travailleurs asiatiques, sud-américains ou originaires d’Europe orientale.

Aussi, le nerf de la guerre, c’est avant tout la francisation et l’intégration des immigrants, et non pas leur pays d’origine.

Et ce processus doit passer davantage par les entreprises.

Bonne nouvelle: le patronat est prêt à mettre l’épaule à la roue dans la mesure où cela ne complique pas leur vie.

«Le renforcement de la loi 101 ne doit pas alourdir le processus administratif des PME de 25 à 49 employés», insiste Diane Arseneau, la directrice générale du Groupement des chefs d’entreprise (GCE), en entrevue à Les Affaires.

Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) a sensiblement la même position.

Outre la pénurie de main-d’œuvre, Diane Arseneau rappelle que les PME pâtissent aussi d’un manque de liquidités et d’une crise majeure des approvisionnements, qui se traduit par une explosion du prix des intrants, sans parler de la difficulté à les trouver.

Le ministre Simon Jolin-Barrette doit en tenir compte dans sa réflexion.

Au niveau de la francisation, le gouvernement québécois offre déjà des cours de français dans les entreprises ou dans des centres de formation. Québec doit en faire plus afin que les immigrants apprennent plus rapidement et facilement le français.

Si le gouvernement veut stopper le déclin du français, il doit donc accroître le budget et les ressources humaines pour aider les entreprises dans ce processus.

Il y a aussi beaucoup à faire au chapitre de l’intégration, surtout en régions.

 

Comment mieux intégrer les immigrants

Parallèlement au processus de francisation, les entreprises, les municipalités et les milieux communautaires doivent collaborer davantage afin de mieux intégrer les immigrants dans leur milieu de vie, et ce, de la Gaspésie à l’Abitibi-Témiscamingue.

Or, on a tendance à sous-estimer cet enjeu.

Si un travailleur brésilien s’établit à Gaspé ou à Val-d’Or avec sa famille, mais qu’il n’arrive pas à devenir un membre de la communauté locale à part entière, il risque de déménager ses pénates à Montréal.

Et, une fois dans la métropole, il pourrait bien choisir d’intégrer la communauté anglophone, même s’il parle un peu français. Après tout, l’anglais est la langue dominante en Amérique du Nord.

Il n’y a pas recette miracle pour intégrer un immigrant.

En revanche, cela passe assurément par les réseaux de collègues, d'ami(e)s et d'entraide, sans parler d'activités socioculturelles et parascolaires, dans le cas des enfants d'immigrants.

La communauté et l'entreprise qui accueillent un immigrant doivent lui faire sentir qu'il est le bienvenu afin qu'il ait envie de faire sa vie dans cette municipalité. Bien entendu, des entreprises et des communautés le font déjà.

Par exemple, à l’hiver 2020 (avant la pandémie de COVI-19), une entreprise agroalimentaire avait mis sur pied un programme pour les employés venant de l'étranger, et ce, pour aller les chercher à la maison afin qu'ils ne conduisent pas dans la neige.

C’est une belle attention, sans nul doute très appréciée.

Il faut toutefois en faire plus.

L’intégration des immigrants doit devenir une « obsession nationale ».

On pourrait créer par exemple des postes dédiés à cette tâche importante dans les entreprises et les municipalités en régions, qui seraient financés par le gouvernement du Québec.

L’argent pourrait être versé directement aux entreprises, et elles auraient la responsabilité d’embaucher un « intégrateur ». Cette personne viendrait appuyer les RH ou jouer le rôle d’un département de RH dans les PME qui n’ont pas cette fonction administrative.

Le déclin du français au Québec n’est pas une fatalité.

À bien des égards, il y a certaines similitudes entre la lutte pour renverser son déclin et la lutte pour limiter les changements climatiques dans le monde.

C’est avant tout une question de volonté politique.

Et de gros sous.

 

 

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse bimensuelle Zoom sur le Québec, François Normand traite des enjeux auxquels font face les entrepreneurs aux quatre coins du Québec, et ce, de la productivité à la pénurie de la main-d’œuvre en passant par la 4e révolution industrielle et les politiques de développement économique. Journaliste à Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en ressources naturelles, en énergie, en commerce international et dans le manufacturier 4.0. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il fait un MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. François connaît bien le Québec. Il a grandi en Gaspésie. Il a étudié pendant 9 ans à Québec (incluant une incursion d’un an à Trois-Rivières). Il a été journaliste à Granby durant trois mois au quotidien à La Voix de l’Est. Il a vécu 5 ans sur le Plateau Mont-Royal. Et, depuis 2002, il habite sur la Rive-Sud de Montréal.

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