Est-il possible de se construire un portefeuille «innovant»?


Édition du 12 Avril 2023

Est-il possible de se construire un portefeuille «innovant»?


Édition du 12 Avril 2023

(Photo: 123RF)

EXPERT INVITÉ. La période qui a suivi le marché baissier causé par la COVID-19 a vu l’explosion de la popularité des stratégies dites «innovantes» avec, en tête, Cathie Wood et sa firme ARK Invest. Son vaisseau amiral, le fonds négocié en Bourse (FNB) ARK Innovation (ARKK, 39,10 $US), a enregistré une performance exceptionnelle de 152,52 % en 2020 qui, combinée à une stratégie de mise en marché redoutable, a contribué à en faire pendant quelques mois le plus important FNB géré activement au monde.

La suite de l’histoire est bien connue, avec un éclatement prévisible de cette bulle et des performances de-23,36 % et de-66,99 % respectivement en 2021 et 2022. À la surprise de plusieurs, ARK toutefois a affiché des entrées nettes positives de 1,8 milliard de dollars en 2022, ce qui démontre un intérêt soutenu de plusieurs investisseurs envers le message de Cathie Wood:le rythme de l’innovation s’accélère et le monde du placement risque d’être fort différent dans cinq ou dix ans.

Après une correction des titres technologiques causée par le resserrement monétaire le plus rapide en 40 ans et à l’aube d’un possible ralentissement ou d’une récession, devrait-on encore considérer l’achat de titres innovants, mais chers ? En regardant la performance de la plupart des stratégies étiquetées «innovantes»ou «perturbatrices»souvent loin derrière l’indice Nasdaq, est-il possible de se construire un portefeuille innovant, mais performant ?

Partha Mohanram, titulaire de la chaire John H. Watson des placements axés sur la valeur à l’Université de Toronto, a peut-être la réponse. Son article de recherche intitulé «Separating Winners from Losers among Low Book-toMarket Stocks using Financial Statement Analysis»(Séparer les gagnants des perdants parmi les titres possédant un faible ratio valeur comptable/cours en utilisant l’analyse financière) passe en revue les critères utilisés pour distinguer les actions de croissance qui ont tendance à poursuivre leur trajectoire ascendante de celles qui stagnent. Ces facteurs sont les suivants:

1. Le rendement de l’actif du plus récent exercice est supérieur à la moyenne du secteur;

2. Les flux de trésorerie d’exploitation par rapport à l’actif surpassent la moyenne du secteur;

3. Les flux de trésorerie d’exploitation par rapport à l’actif sont supérieurs au rendement de l’actif;

4. L’écart du rendement de l’actif est inférieur à la moyenne du secteur;

5. L’écart des ventes est inférieur à la moyenne du secteur;

6. Les dépenses publicitaires par rapport à l’actif sont supérieures à la moyenne du secteur;

7. Les dépenses en capital par rapport à l’actif sont supérieures à la moyenne du secteur;

8. Les dépenses en recherche et développement par rapport à l’actif sont supérieures à la moyenne du secteur.

Il s’agit donc de déterminer, parmi les sociétés les plus chères, celles qui ont des flux de trésorerie suffisants pour poursuivre leur croissance, qui réinvestissent ces sommes en dépenses de capital, en recherche et développement et en marketing, et qui affichent une croissance forte, mais stable.

 

Quels sont les résultats ?

En sélectionnant dix titres répondant à ces huit critères et en les réévaluant sur une base mensuelle, la stratégie a produit un rendement annualisé moyen de 13,9%, loin devant les 6,8 % de l’indice S&P 500 depuis 2006. Sur une base cumulative durant la même période, le portefeuille a affiché une croissance de 811,5%, soit 606,7% de mieux que l’indice de S&P 500, et 165,6% de mieux que «l’indice innovant»Nasdaq.

 

Quelques exemples de titres

Bien que la stratégie ne détienne pas de titres comme Tesla (TSLA, 191,68 $US), Zoom (ZM, 73,25$US) et Roku (ROKU, 65,75 $US), qui ont fait les choux gras et les malheurs d’ARK, on retrouve évidemment des titres technologiques, dont Dexcom (DXCM, 115,96 $US), DocuSign (DOCU, 56,85 $US), Hubspot (HUBS, 426,79$US), Palo Alto Network (PANW, 197,30 $US), ServiceNow (NOW, 477 $US), Shutterstock (SSTK, 73,08 $US) et Staar Surgical (STAA, 62,3 $US) et, de façon plus surprenante, des titres issus de secteurs plus conventionnels, notamment Clorox (CLX, 156,29 $US), Pepsico (PEP, 181,85 $US) et Proctor & Gamble (PG, 150,55$US). Il faut se rappeler que le Nasdaq est composé à 50 % d’autres secteurs que la technologie, notamment les services de communication (16 %) et la consommation discrétionnaire (14 %).

 

 

Avantages

  • Résultats supérieurs non seulement au S&P 500, mais aussi au Nasdaq et à la plupart des stratégies dites innovantes;
  • Transparence totale; 
  • Stratégie basée sur la recherche universitaire récente;
  • Utilisation de critères purement quantitatifs sans intervention humaine ni émotion.

 

 

Risques

  • Les titres de croissance souffrent davantage des hausses de taux d’intérêt; 
  • La stratégie a tendance à créer des écarts sectoriels importants et un risque de concentration notable avec seulement dix titres. Elle se positionne peut-être davantage comme un complément à un portefeuille diversifié que comme une stratégie centrale.

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