Partez à la chasse au candidat heureux


Édition du 24 Janvier 2024

Partez à la chasse au candidat heureux


Édition du 24 Janvier 2024

«Introduire le virus du bonheur grâce à des candidats porteurs devrait aider à sa propagation.» (Photo: 123RF)

EXPERTE INVITÉE. Au diable 2023! Après une année éprouvante sur fond de guerre, de conflits, d’économie en berne, d’inflation et j’en passe, vous avez possiblement terminé l’année légèrement déprimé.

Et si, comme résolution pour 2024, vous vous donniez l’objectif de partir à la chasse au candidat heureux ?

Le bonheur est contagieux. En recrutant plus de candidats au naturel optimiste et positif, vous pourriez introduire le virus du bonheur dans votre entreprise. Vous-même, vous devriez vous concentrer sur ce qui vous rend heureux: les relations significatives, les leaders empathiques, prendre du temps pour réfléchir et savoir déconnecter du bureau pour mieux performer, par exemple.

Le succès et les apprentissages ne se forgent pas seulement dans la douleur, mais aussi dans le plaisir. De surcroît, la performance augmente quand on ressent du bonheur. Méfiez-vous de certains coachs qui vous culpabilisent ou qui vous poussent à avoir mal pour mieux « vous dépasser ».

Plusieurs études menées par Harvard, en collaboration avec d’autres universités, ont analysé le « bonheur » de 5000 participants sur une période de 20 ans. La conclusion ? La joie et le bonheur peuvent se transmettre ! En effet, le bonheur d’une personne déclenche une réaction en chaîne qui profite à son entourage pendant environ un an.

Par ailleurs, 90 % de notre bonheur à long terme dépend de la façon dont notre cerveau traite le monde. Nous avons le pouvoir d’élever notre niveau d’optimisme et de bonheur, puisque nous pouvons modifier notre perception des événements. Il devient impératif, en ce début 2024, de changer notre état d’esprit.

Au travail, cela fait référence à un sentiment d’épanouissement, sans toutefois se croire au pays des Calinours. Selon Gallup, les équipes plus impliquées ont un taux de roulement de 59 % plus bas et gagnent plus de 21 % en profitabilité. La mobilisation des employés est donc un investissement rentable, même si on se doit de demeurer réaliste sur ce que l’on exige de nos troupes.

Au début des années 2010, Google a créé le rôle de « chief happiness officer ». Vers 2017, le rôle devenait viral. Les entreprises s’empressaient de recruter de « super G.O. » pour diffuser du bonheur par le truchement d’activités de pleine conscience, des concours de sapins de Noël et des partys de muffins. D’accord, je caricature… Mais en 2023, votre party de fin d’année a été annulé, les budgets du bonheur sont au régime sec et on n’a jamais autant parlé des problèmes de santé mentale au travail. Effet postpandémie ? Contexte économique et politique ? Bref, le nombre de dépressions et de consommations d’antidépresseurs augmente.

Selon une étude de l’Université Laval, près de la moitié des employés canadiens des PME vivraient avec au moins une difficulté de santé mentale ou de dépendance. Et pour 7,5 % des employés actifs, la prise d’un congé en raison du stress ou pour des raisons liées à la santé mentale au cours des 12 mois ayant précédé avril 2023 a été nécessaire. Plus du quart des 18-34 ans déclarent avoir des symptômes de dépression ou ressentent une forte anxiété. 

Quel remède pour contrer les statistiques?

Le bonheur au travail réduit le taux de roulement, car non seulement les employés heureux sont moins susceptibles de chercher un emploi ailleurs, en prime, ils agissent comme un champ magnétique pour en attirer d’autres.

Introduire le virus du bonheur grâce à des candidats porteurs devrait aider à sa propagation. Mais comment identifier le « patient zéro » ?

Tout commence avec le processus de sélection et d’évaluation de l’individu. En entrevue, demandez-lui :

  • Parlez-moi de votre garde rapprochée. Comment est-elle composée ?
  • Quand vous êtes aux prises avec une situation difficile au bureau, à qui faites-vous appel pour vous aider à trouver la bonne solution ?
  • Qu’est-ce qui vous rend heureux au travail ?
  • Comment évaluez-vous des relations significatives ?

Avec ces questions, vous pourrez vérifier comment le candidat s’entoure de personnes qui le soutiennent et l’aident à réfléchir pour prendre du recul. Le fait de pouvoir compter sur un réseau personnel est essentiel pour maintenir son niveau d’émotions et d’énergies positives. La solitude et l’isolement sont les deux cancers du bonheur.

Aussi, demandez-lui de réfléchir à une expérience récente difficile au bureau et comment il se déconnecte du travail sur le plan cognitif. A-t-il tendance à ruminer et à cultiver des pensées négatives ? On constate que lorsque les employés et les leaders se détachent de leur journée le soir, ils se sentent plus reposés le lendemain, ce qui les aide à aborder leurs responsabilités de manière plus positive et énergique.

Assurez-vous d’évaluer son niveau d’aptitude sociale, sa résilience, son sens de l’éthique (oui, l’éthique est porteuse du gène du bonheur, car cela vise le bien commun), autant sa capacité à rire de lui que d’être capable de relativiser en faisant preuve d’humour. À cet égard, pourquoi ne pas demander à votre chief happiness officer d’organiser en janvier une séance de « yoga du rire » ?

Pour l’avoir testé avec mes équipes, je peux vous dire que, la sceptique que je suis a été confondue devant l’ambiance d’équipe qui en a résulté.

 

 

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À propos de ce blogue

Nathalie Francisci est présidente exécutive pour le Québec chez Gallagher. Elle oeuvre en recrutement de cadres depuis 25 ans. Entrepreneure, experte en gestion des talents, elle est reconnue comme l’une des références au Québec. Femme d’affaires engagée, elle siège sur plusieurs CA. Conférencière et chroniqueuse, ses interventions font la différence par l’énergie et style direct qui s’en dégagent. Passionnée par nature, elle n’oublie jamais qu’elle travaille avec des gens, pour des gens. Elle partagera avec vous ses réflexions et expériences sur l’univers du recrutement et de la gestion des talents pour faire réfléchir autant les individus que les organisations. Nathalie Francisci a été Finaliste au Concours des Mercuriades en 2001, elle a reçu le Prix «Nouvelle Entrepreneure du Québec» en 2001 et «Entrepreneure – petite entreprise» en 2007 décerné par le RFAQ et elle a remporté le Prix Arista en 2008. Elle porte les titres de CRHA et de IAS.A.

Nathalie Francisci
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