Tempête parfaite pour les fondations

Publié le 21/02/2024 à 13:00

Tempête parfaite pour les fondations

Publié le 21/02/2024 à 13:00

Il est important d’avoir une approche pragmatique à l’investissement responsable, et le portefeuille de la fondation devrait résonner avec les priorités mises de l’avant. (Photo: 123RF)

EXPERT INVITÉ. Un cocktail pour donner bien des maux de tête! Un an après la nouvelle réglementation sur le minimum des versements annuels, les fondations ont dû s’adapter dans la pire période inflationniste des 40 dernières années. Comment les fondations peuvent-elles alors s’assurer de maximiser leur impact dans un tel contexte?

Au 1er janvier 2023, une nouvelle loi hausse le contingent des versements des fondations publiques et privées ainsi que des œuvres de bienfaisance à 5%, si la valeur des biens est supérieure à 1 M$. Nos voisins du sud avaient passé une première loi similaire en 1969, et le dernier ajustement au Canada remontait à 2004, en passant de 4,5% à 3,5%.

Le raisonnement derrière ce changement était d’augmenter les versements des fondations à la collectivité, sans toutefois nuire à leur pérennité. Une bonne nouvelle pour les organismes qui dépendent de ces dons, mais une transition quand même abrupte dans un contexte économique difficile si on n’était pas bien préparé.

 

L'appétit pour l'investissement responsable perdure

Peut-être qu’un contexte économique difficile aurait pu ébranler la demande pour des investissements responsables. Est-ce que la montée du baril de pétrole en 2022 a fait changer d’idée certaines fondations qui avaient décidé de désinvestir des énergies fossiles?

En fait, c’est tout le contraire. Les grandes fondations sont plus vocales que jamais pour que les transitions aient lieu. La crise climatique n’aura évidemment pas pris de pause (bien au contraire!) et l’inflation aura creusé un fossé encore plus grand entre les différents niveaux de richesse. Le sentiment d’agir se fait encore plus ressentir, et c’est en partie grâce à l'appui de ces fondations que les choses bougeront. On dit bien en partie, puisque le fardeau ne revient évidemment pas à elles seules…

Il faut rappeler aussi que l’investissement responsable n’est en aucun cas un synonyme de sous-performance, bien au contraire. La prémisse est d’étudier les externalités qui vont affecter le rendement d’une compagnie à long terme. Il y a une grande différence entre une stratégie d’impact et une stratégie d’investissement responsable ou d’intégration des facteurs ESG (pour un rappel, cliquez ici).

 

Comment positionner le portefeuille?

Une fondation à vocation sociale n’aura pas les mêmes priorités qu’une fondation ayant pour mission de protéger les forêts, et c’est correct ainsi. Il est important d’avoir une approche pragmatique à l’investissement responsable, et le portefeuille devrait résonner avec les priorités mises de l’avant.

Sachant que rien n’est parfait, quels sont alors les éléments sur lesquels nous devrions nous concentrer? Eh bien, la réponse peut très bien être différente d’une fondation à l’autre. L’important est de cibler les éléments directement liés avec sa raison d’être.

Si on a pour mission de protéger des cours d’eau, alors notre portefeuille d’investissement devrait le refléter. On pourrait alors suivre la consommation d’eau totale et par revenu des entreprises en portefeuille. En suivant ces mesures dans le temps, on peut voir si les compagnies évoluent dans la bonne direction et ainsi prendre une décision éclairée sur la suite des choses.

Cependant, il faut se concentrer sur les entreprises dont il s’agit d’un risque matériel à travers leurs activités. L’idée n’est pas de savoir si une compagnie d’assurance demande à ses employés de fermer l’eau du robinet après un passage aux toilettes. C’est plutôt de comprendre comment les compagnies en transformation alimentaire ou industrielle, par exemple, sourcent l’eau requise dans le procédé, recyclent les eaux usées et tentent d’augmenter l’efficacité pour diminuer l’utilisation totale.

 

Conserver «son pouvoir de don»

Bien qu'elles puissent avoir des missions variant de l’une à l’autre, les fondations ont bien souvent un souhait commun : préserver le pouvoir de don dans le temps. Le pouvoir de don est le même concept que le pouvoir d’achat, c’est-à-dire quelles sont les répercussions d’un don de 1$, ou similairement quel est le montant requis pour un même impact à travers le temps.

Si une fondation ne tient pas compte de l’inflation dans son rendement espéré, alors son impact diminue avec le temps. Le rendement espéré doit ainsi tenir compte du contingent des versements, de l’inflation, des frais d’exploitation et de tout autre élément à combler par le portefeuille pour conserver son pouvoir de don.

La bonne nouvelle est qu’avec l’inflation, est venue la montée des taux d’intérêt, donnant ainsi un levier supplémentaire pour faire face à cette nouvelle réalité. Plusieurs stratégies existent (appariement, immunisation, échelonnement, etc.) pour bien gérer le risque de liquidité à court et à moyen terme et aller chercher du rendement additionnel à plus long terme.

Ainsi, avec une construction de portefeuille adéquate, les fondations peuvent être en mesure de remplir leurs obligations fiscales, avoir un portefeuille aligné avec leur mission et leurs valeurs, tout en assurant leur pérennité à long terme.

 

 

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À propos de ce blogue

Mathieu Blais est cofondateur et gestionnaire de portefeuille chez BeeQuest, une firme de gestion d’actifs spécialisée dans la conception de stratégies d’investissement responsable sur mesure autour des valeurs de chaque client. Avant de fonder BeeQuest, il a travaillé pendant plusieurs années chez un gestionnaire d’actifs d’envergure international où il a cumulé plusieurs fonctions, notamment celle de chef de la mise en place et de l’exécution des investissements. Au fil des années, sa vaste expérience lui a permis d’acquérir une forte compréhension des marchés des capitaux ainsi que de la construction de portefeuille. Mathieu Blais est également conférencier-enseignant aux étudiants de deuxième cycle de HEC Montréal sur la gestion de portefeuille responsable. Il détient un baccalauréat en génie de l’École Polytechnique de Montréal, un D.E.S.S. en gestion et une maîtrise en finance de HEC Montréal. Il est également détenteur des désignations Chartered Financial Analyst (CFA) et Chartered Alternative Investment Analyst (CAIA).

Mathieu Blais

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